blues again en-tete
12/22
Chroniques CD du mois Interview: ERIC BURDON Livres & Publications
Portrait: JOHN LEE SONNY BOY WILLIAMSON Interview: SOLOMON BURKE Interview: TONY MARLOW
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

MAI 2022

All Them Witches
Live On The Internet

Genre musical: Stoner-blues psychédélique   
Label : New West Records
Distributeur :
PIAS

Les dernières années n’ont pas été faciles pour All Them Witches. Quatuor de Nashville, il sort son premier LP en 2012 sur le label de stoner-rock allemand Elektrohasch, fondé par les Allemands de Colour Haze. All Them Witches joue une musique stoner psychédélique fortement teintée de blues. Il signe ensuite sur un label de Nashville, New West, sur lequel il est toujours. Tout va clairement bien voguer pour All Them Witches durant trois albums d’excellente facture, s’imposant comme une des étoiles les plus prometteuses de la scène, dépassant même clairement le strict cadre stoner pour séduire un public rock plus large. Les prestations scéniques sont un point fort du quatuor, qui publie deux lives incandescents : At The Garage en 2015 et Live In Brussels en 2016. Puis c’est la panade. Le claviériste Allan Van Cleave n’est pas d’accord avec l’évolution du groupe vers un son plus dur, typé stoner-metal, et s’écartant du côté blues qui avait fait l’originalité de leur identité musicale. Il est remplacé par Jonathan Draper pour les concerts à suivre, puis pour l’album ATW en septembre 2018. Draper est d’abord présenté comme membre officiel, avant que le bassiste-chanteur Charles Michael Parks Jr, le guitariste Ben McLeod, et le batteur Robby Staebler annoncent qu’ils continuent en trio. Les fans appréhendent alors la perte d’identité d’All Them Witches avec l’absence de claviers, une évolution vers un son plus classique de stoner-metal. La pandémie va tomber sur le monde, et clore pour un temps le débat. All Them Witches est dans l’inconnu. Les concerts vont-ils reprendre ? Est-ce la fin de la musique live ? Le contexte sombre et inquiétant du confinement sur le monde stérilise complètement l’inspiration du désormais trio. Initialement, ils devaient enregistrer dans le home-studio de Robby Staebler, à Nashville, tranquilles, non loin de chez eux. Mais un seul morceau éclot de ces sessions. Finalement, ils décident que si ce doit être le dernier album, autant faire les choses en grand. Ils partent à Londres, et composent et enregistrent Nothing As The Ideal aux studios Abbey Road, ceux-là mêmes qui ont accueilli les sessions des Beatles et de Pink Floyd. La matière jaillit, et l’album est bouclé en quelques semaines fin mars 2020. Il sort le 4 septembre 2020, et bénéficie d’un bon accueil, notamment grâce à la vidéo de ‘The Children Of Coyote Woman’ sortie le mois précédent.

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Arabella
Acoustic Sessions

Genre musical: Pop indie
Label : KNT
Distributeur : Spotify, Deezer, Amazon Music, Qobuz 
    

Grenoblois, ce quatuor indie rock nous propose un EP reprenant 5 anciens titres déjà enregistrés en 2021 avec un peu moins d'électricité dedans et un peu plus d'acoustique dans les instruments. Le résultat devient une pop où les mélodies d'hier, écrasées par le son, prennent ici leur envol. Un mix parfait qui dévoile la richesse de la mélodie de leurs chansons. On pense parfois à ces groupes anglais d'un récent passé, Prefab Sprout ou même les Pale Fountains. Un album est prévu cette année. Affaire à suivre.
Juan Marquez-Léon

Charles Boniface
My Devil Blues

Genre musical: EP blues néobasique
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Spotify, iTunes, Amazon, Deezer 
    

Charles Boniface est un passionné de Blues du Deep South, sans doute parce que venu du Nord. Natif de la région de Lille, installé depuis peu dans le Jura, ce jeune artiste de vingt-cinq ans joue de la guitare depuis qu’il est enfant. Elevé dans les riffs rock’n’roll de son père, Elvis et Chuck Berry en tête de gondole, allaité simultanément aux hymnes de John Lee Hooker, BB King et Robert Johnson, il a fait ses armes en groupe, tâté de la scène hard country dans les Hauts de France, expérimenté les sonorités sur ses différents instruments, puis a décidé l’hiver dernier d’enregistrer en solo cet EP de quatre titres pour un voyage de vingt minutes en terres américaines, mis en pistes avec grand professionnalisme au studio Armadeus Prod de Tourcoing. N’écoutant que son cœur, il fait ici le pari osé de revenir aux sources primales du genre : la boucle obsessionnelle tournant sur des grilles ultra-classiques et lancinantes, comme si l’on était plongé en un demi-tour de manivelle dans l’arrière-cour du Blue Front Cafe, le plus ancien juke-joint du Mississippi. La Les Paul au verbe lourd assure la cadence immuable, à la manière du marteau-pilon sidérurgique, tandis que les solos espiègles s’enorgueillissent des résonnances claires de la Stratocaster. ‘My Devil Blues’, titre éponyme, met en avant la douze cordes pour une ballade indigo parmi les tribulations de « l’homme avec une guitare ». Les glissades du bottleneck, par petites touches limpides, apportent à l’ensemble des plages de respiration bienvenues. Charles ne crée pas un nouveau style de musique, il se roule juste dans les gammes basiques du diable. L’effet final est hypnotique, un poil déroutant, cousu main d’une voix lointaine, presque feutrée, en léger écho à nos envies d’évasion, scandant de façon surréaliste des vers en anglais qui disent les toupillons de l’amour et le vertige de la route. A coup sûr, fort de l’appui d’un bassiste et d’un vrai batteur à la place des boîtes à rythmes utilisées sur ce court opus, le Devil Blues signé C. Boniface gagnera en envergure pour transcender la sincérité de son propos.
Max Mercier

Dana Fuchs
Borrowed Time

Genre musical: Blues-rock 
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC    

Sans se départir de son exubérance rock, dans son album précédent Love Lives On paru en 2018, elle abordait avec bonheur les rivages de la soul music. Toujours pleine de passion et d’ardeur Dana Fuchs revient cette fois aux racines sudistes d’un rock hargneux et agressif sachant toutefois s’apaiser par moments avec des mesures plus proches de la ballade. Elle signe seule ou en collaboration 12 compositions originales au tempo musclé. Cet enregistrement capture l'intensité, l'urgence, la puissance et la fougue que la jeune femme insuffle à sa musique. Elle chante et joue du tambourin, accompagnée par une belle brochette de musiciens robustes, Jon Diamond aux guitares et à l’harmonica, Kenny Tudrick également aux guitares, Jordan Champion aux claviers, Jack Daley à la basse et Todd Glass à la batterie. Riffs croustillants, rythme trépidant, interprétation, feeling, groove, tout est là. Avec son chant âpre, l’expression de Dana Fuchs est pleine de ferveur et témoigne d’une réelle excitation. Intense et original, l’ensemble est carré, efficace, plein d’énergie et de bonnes vibrations. C’est percutant et abrasif. Enregistré à Croswell, Michigan, Borrowed Time est une production qui rentre dedans avec un beau dynamisme.
Gilles Blampain

Diunna Grennleaf
I Ain't Playin

Genre musical: Blues, soul, gospel 
Label : Little Village
Distributeur :
YouTube Music    

La chanteuse de Houston récompensée par trois Blues Music Awards n’avait rien enregistré depuis 2011. Pour cet album Diunna Greenleaf a signé quatre compositions de son cru et déterré un lot de trésors enfouis dans les répertoires blues, soul, R&B et gospel qui correspondent parfaitement à sa voix puissante et expressive. La dame a du punch et du coffre et elle aborde chaque registre avec un égal talent. Elle permet notamment de se souvenir de quelques titres qui ont marqué la mémoire du Texas, comme le funky ‘I Don't Care’ de Long John Hunter, le blues profond ‘Let Me Cry’ de Johnny Copeland et ‘Damned If I Do’ de Calvin Owens et Joe Medwick. Elle reprend aussi des succès de Koko Taylor ‘Never Trust A Man’, de Mighty Sam McClain ‘If It Wasn't For The Blues’ ou Nina Simone ‘Wish I Knew How It Would Feel To Be Free’. Une set list de13 chansons en tout. Elle est entourée de Kid Andersen à la guitare, Jerry Jemmott à la basse, Jim Pugh aux claviers et Derrick ‘D’mar’ Martin à la batterie. Une très belle section de cuivres et quelques autres musiciens sont venus prêter main forte pour divers passages. Un grand souffle parcourt cette production qui nous entraîne dans une bien agréable virée sonore.
Gilles Blampain

Eliza Neals
Badder To The Bone

Genre musical: Blues, blues-rock     
Label : E-H Records
Distributeur :
http://elizaneals.com/merchandise/      

Il est toujours plaisant de retrouver la voix légèrement éraillée et l’énergie débordante de cette femme inspirée, surtout quand elle a quelques invités triés sur le volet pour sublimer ses compositions. Neuf au total, plus une reprise ‘Can’t Find My Way Home’ (de Steve Winwood) où l’on peut entendre la guitare de Lance Lopez que l’on retrouve sur plusieurs titres dont ‘King Kong’ et ‘Queen Of The Nile’ blues lent sur lequel il nous sert un solo qui s’il n’est d’anthologie est au moins stratosphérique. L’autre guitariste est Michael Puwal qui a le médiator tout aussi affuté et qu’Eliza a pris comme coproducteur sur quelques numéros. Il lui faut au moins des types comme cela pour accompagner sa voix tempétueuse et sensuelle à la fois. A noter que sur les trois morceaux précités, c’est Peter Keys (Lynyrd Skynyrd) qui s’occupe des claviers. Sur deux autres, ‘Heathen’ et ‘Got A Gun c’est John Galvin (Molly Hatchet) qui assure le B3 et le piano. Rien qu’avec ces gens, on saisit que l’affaire est sérieuse et solide. Le blues est toujours présent, des fois en arrière plan, même si la machine a des relents de blues-rock et de Southern rock grâce aux trois batteurs et autant de bassistes appelés pour bien appuyer le propos. La féline Eliza Neals a encore frappé fort !
César

Emma Wilson
Wish Her Well

Genre musical: Blues, soul etc. 
Label : EW Music
Distributeur :
Proper Music    

Originaire du nord-est de l’Angleterre Emma Wilson a subjugué le public lorsqu’elle a fait son apparition sur la scène britannique en 2020. Cette jeune femme qui a été finaliste des British Blues Awards dans la catégorie ‘Emerging Artist Of The Year’ ne manque pas de puissance vocale et d’énergie et n’hésite pas à citer dans ses influences Aretha Franklin, Ann Peebles et Mavis Staples. Mais elle a su intelligemment trouver un mode d’expression personnel sans avoir à copier platement ses modèles. Sur des trames de blues, de soul, de rock ou de pop, son premier album présente 10 chansons originales qu’elle signe seule ou en collaboration. Elle est entourée d’une formation restreinte de musiciens parmi les plus recherchés du Royaume-Uni, Adam Chetwood est aux guitares, Mat Hector à la batterie et aux percusssions et Mark Neary à la basse et aux claviers. L’harmoniciste Alessandro Brunetta est venu prêter son concours pour une très chaleureuse intervention sur un unique titre ‘Not Paying’. Enregistrées dans le Kent, les sessions se sont faites dans les condition du direct pour capter la fusion du groupe qui met bien en valeur la voix d'Emma Wilson.
Gilles Blampain

Gary Cain
Next Stop

Genre musical: Blues-rock musclé 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon    

Chanteur, auteur-compositeur, power trio à lui seul, le Canadien Gary Cain est à la guitare, à la basse et à la batterie. C’est puissant et solide. Il balance sans retenue un blues-rock énergique de haute volée qui émoustille les tympans, envoyant sans retenue des riffs agressifs et brûlants faisant surgir d’un coin de la mémoire les ombres de Stevie Ray Vaughan et Jimi Hendrix. Coup de gueule assumé, il aborde des thèmes d’actualité comme dans ‘Billionaires In Space’ brocardant ces hyper-riches qui s’envoient en l’air pendant que le reste de l’humanité va mal, ‘Crazy’ à propos de ce monde qui devient fou ou ‘House On Fire’… la maison brûle on ne peut plus attendre. La set list aligne 8 titres chantés et deux instrumentaux, ‘Kitchen Sink’ qui met en avant la maîtrise de Cain pour des plans country qui ne baissent toutefois pas d’intensité par rapport au reste de la sélection et ‘A Short, Furious Goodbye’ qui clôt le disque sur lequel apparaît le seul invité, John Lee à l'orgue pour une ouverture lente et mélodique. Cette deuxième production de l’artiste a été écrite et enregistrée à Austin, au Texas. L’ensemble est dense et puissant avec un son qui donne une pêche d’enfer.
Gilles Blampain

Hangman's Chair
A Loner

Genre musical: Doom-metal mélodique 
Label : Nuclear Blast
Distributeur :
Nuclear Blast    

Est-ce que parce que l’on joue une musique lourde et désespérée, on est condamné à ramer sans cesse ? La question se pose avec insistance quand on voit la destinée de Hangman’s Chair, sans aucun doute le groupe de rock français le plus doué et le plus créatif du moment avec Slift et Decasia. En mars 2018, Hangman’s Chair sortait le superbe Banlieue Triste sur son label habituel, Music Fear Satan. Puis ils attirèrent l’attention du label US Spinefarm. C’était sans doute le début d’une belle ascension internationale, d’autant que le quartette chante en anglais, et plutôt bien grâce à la voix superbe de Cédric Toufouti. Mais la belle perspective va se noyer dans le goudron d’un triste merdier administratif qui va plutôt tuer les ambitions du groupe que les porter, le label étant aux USA, et le public du groupe plutôt en France et en Europe. Finalement, l’histoire se finira bien avec la signature du label Nuclear Blast, pilier du metal-rock européen. Toutefois, il y a un petit bémol : Nuclear Blast est en pleine reconversion numérique, et le support physique devient un peu accessoire dans leur nouveau business plan, ce qui n’est pas vraiment pour plaire à nos héros, attachés au disque, le vrai. Toutefois, avec ce nouvel album, Hangman’s Chair a continué à labourer son sillon doom, obscure et mélancolique. Musicalement, on trouve quelques similitudes avec les compagnons de label : Pallbearer. Elles se situent surtout au niveau de cette mélancolie désenchantée, qui s’exprime autant dans la musique que dans les textes. Quelques écoutes démontrent toutefois que A Loner est un disque qui va bien plus loin émotionnellement parlant. La pièce finale ‘A Thousand Miles Away’ de plus de neuf minutes est à la fois un final apocalyptique, et une lumière dans la nuit dans un monde de plus en plus terrifiant où le plus simple des repères humains n’a plus aucun sens.
Julien Deléglise

Hurricane Ruth
Live At 3rd And Lindsey

Genre musical: Blues, blues-rock   
Label : Hurricane Ruth Records
Distributeur :
hurricaneruth.com/store, Spotify, Deezer     

Mais où va-t-elle chercher cette énergie ? Peu importe. Celle que l’on surnomme Hurricane a largement mérité ce qualificatif, avec son look de biker, perfecto, grosses bagouses et sa manière de pousser la chansonnette dans ses retranchements, parfaite dans son rôle de chef de bande. Parlons-en de la bande. Il y a celui avec qui tout marche à la baguette, le batteur producteur Tom Hambridge (qui a mixé et masterisé ce CD). La grosse basse bien ronde est tenue par Calvin Johnson. Il faut au moins deux guitaristes pour accompagner l’ouragan, Scott Holt et Nick Nguyen et un claviériste pour compléter le groupe, Lewis Stephen. A noter, l’invité surprise qui offre sa voix et son harmonica sur ‘As The Years Go Passing By’ Jimmy Hall qui forme un duo détonant avec la patronne sur ce long blues lent. On retrouve son harmonica magique sur ‘Make Love To Me’. Deux morceaux passionnants de plus de sept minutes chacun. Le public ne s’y trompe pas et répond au quart de tour car un courant de haute intensité passe entre les musiciens et la salle. Il faut dire que dès le début du concert, Ruth LaMaster (son vrai nom) et son gang envoient deux rock de la mort qui tue. ‘Roll Little Sister’ et ‘Hard Rockin’ Woman’ qui plantent de suite le décor. Ils terminent leur prestation par un quatorzième titre dédié à la maman de Ruth, un boogie torride ‘Dance, Dance, Norma Jean’ et Ruth semble toujours aussi fraîche malgré son intense prestation. Pour répondre quand même à la question du début, Hurricane Ruth est vraiment née pour chanter et la scène est son territoire de prédilection, sa vie. Petit bout de femme, grande dame, respect.
César

Kenny Neal
Straight From The Heart

Genre musical: Blues variés
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC     

Héritier d’un luxueux patrimoine musical Kenny Neal a longtemps été perçu comme l’ultime légataire. Les années passant, le voilà dans le rôle du patriarche qui passe le relai. La richesse sonore de Louisiane suinte de chaque note, blues, swamp pop, rhythm’n’blues et même quelques touches de jazz. Son jeu de guitare reste clair et fluide et ses interventions à l’harmonica brillantes, sa voix chaude varie toujours entre l’âpreté du soulman et le velouté du crooner. « C'est le premier album que j'enregistre sur mon propre terrain, et il vient vraiment du cœur. C'était comme une réunion de famille »dit Kenny Neal à propos de ces sessions « C'était excellent parce que j'avais tous les musiciens qui ont grandi après moi ici à Baton Rouge. Et il y avait le fait d'être dans mon propre studio, sans me soucier de l'heure ». Parmi une pléiade de zicos de qualité on note quelques invités spéciaux avec lesquels il partage le chant, Christone 'Kingfish' Ingram (‘Mount Up On The Wings Of The King’), Tito Jackson (‘Two Timing’) et Rockin' Dopsie Junior & The Zydeco Twisters (‘Louise Ana’ et ‘Bon Temps Rouler’). On peut noter que le premier titre ‘Blues Keep Chasing Me’ est dédié à son ami disparu Lucky Peterson. Une production pleine de saveurs, de la plus douce à la plus relevée.
Gilles Blampain

Lew Jetton & 61 South
Déjà Hoodoo

Genre musical: Raw blues, blues-rock, Americana
Label : Endless Blues Records
Distributeur :
Spotify, Apple music, You Tube music, Deezer     

Avant de faire ses armes en tant que musicien, Lew Jetton était connu dans son Tennessee natal à la radio et télévision locale comme journaliste et présentateur météo. Il a appris le blues à l’ancienne, dans les champs de coton dans les années 60 et 70. Mais ce n'est qu'en 1994 qu'il se met sérieusement à la musique et intègre le groupe de blues 61 South basé à Paducah, Kentucky, comme guitariste. Suite au départ de Layne Hendrickson, Jetton devient le leader et le chanteur. Lui et ses compagnons se produisent comme orchestre régional dans le Midwest et le Mid-South, en partageant la scène avec des musiciens tels que Luther Allison, Mike Zito, Chuck Berry. En 2007 il quitte définitivement la télévision pour se consacrer à plein temps à son combo. Déjà Hoodoo, cinquième album, dont les seize titres sont tous écrits et composés par Lew, est une plongée d'une trentaine d'années dans les bars, les juke joints, les pubs, festivals et rassemblements motards... Enfin tout ce qui forge une âme à une formation. Dès les premières notes de 'Two Lane Road', la qualité est immédiatement apparente, les solos sont ciselés dans du cristal de Baccara, sans oublier la solide section rythmique d’Erik Eicholtz. 'Mexico' est dans un style très épuré typé ZZ TOP des débuts, couverte de poussière du dessert. Un grand nombre d'invités de choix est venu épauler le patron, comme Fred Hoover et Bob Lohr aux claviers ou encore Miranda Louise aux chœurs qui contraste avec la voix bourrue de Lew. J.D. Wilkes, l'as de l’harmonica du groupe de rockabilly Legendary Shack Shakers, qui est en fait un membre original de 61 South, est de la partie sur une majorité des morceaux, et particulièrement sur 'Homegrown Tomato', 'Move On, Yvonne', 'Betcha' et 'Tattoo Blues'. Le genre change littéralement avec 'Drinking Again' où l'on surfe sur la vague jazzy des années 60. Dans l’ensemble, Déjà Hoodoo crée un grand voyage blues, touchant au vaste catalogue de styles, traversant de multiples lignes de sous-genres que Lew Jetton, soutenu par un band talentueux, maîtrise à la perfection.
Nine Girard                

Michael Rubin
I' Il Worry If I Wanna

Genre musical: Blues variés
Label : Many Hats Records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon    

C’est à l'âge de 15 ans qu’il a su que son avenir serait lié à son harmonica. Dans les années 1990, vivant dans la région de San Francisco, il a pu côtoyer des gens du calibre de Charlie Musselwhite, Norton Buffalo, Mark Hummel ou encore Rick Estrin qui vivaient et jouaient à proximité. Ayant pas mal bourlingué en Europe et à travers les Etats-Unis il a souffler dans son instrument aux côtés de bon nombre d’artistes. Arrivé à la cinquantaine il s’est dit que s'il ne sortait pas sa propre musique maintenant, il serait peut-être trop tard. I'll Worry If I Wanna est donc son premier album sous son nom et sur lequel il signe 9 compositions originales. Il est accompagné par Mike Keller à la guitare, Michael Archer à la basse, Mark Hays à la batterie, Emily Gimble aux claviers, Dr Slick au fiddle et Josh Fulero aux percussions. Comme le laisse entendre la chanson titre (‘Je Me Ferai Du Souci Si J’en Ai Envie’) le bonhomme ne manque pas d’humour. Et il aime bien mélanger la dérision et l’érotisme dans ses textes. Il puise avec bonheur dans des rythmes blues venus de la Côte Ouest ou de New Orleans et dans le country & western. Suprême reconnaissante, Charlie Musselwhite dit de lui : « Avec des tonalités et des phrasés qui tuent, Michael sait vraiment comment jouer de l'harmonica ». Une belle production où tout est finement ciselé.
Gilles Blampain

Neal Black and The Healers
Wherever The Road Takes Me
30 Years Best Of Collection

Genre musical: Blues rock
Label : DIXIEFROG
Distributeur : PIAS
   

Il y a de nombreuses années son terrain de jeu se situait au Texas, à New York et même au Mexique. Puis il est arrivé en Europe avec son talent pour seul viatique et a rencontré un public accueillant et attentif. En 1993 Neal Black a intégré le catalogue Dixiefrog et a même décidé de poser ses valises et ses guitares en France. Trente ans plus tard il est toujours l’un des piliers du label avec à son actif 13 albums pour la maison de disques et assure environ 80 à 100 concerts chaque année à travers le vieux continent. Il fallait bien marquer ces trois décennies de fructueuse collaboration par une production célébrant ce parcours. Voici donc un CD (79 mn) compilant 18 titres enregistrés en studio durant cette longue période, à New York, San Antonio, Austin, Nashville, au Mexique, en Allemagne et en France avec des invités de marque comme Robben Ford, Larry Garner, Popa Chubby, Fred Chapellier, Nico Wayne Toussaint et bien d’autres encore. Il confesse que le choix limité de la sélection a été difficile pour lui et on veut bien le croire. Sur un autre CD (38 mn) on retrouve le Texan face au public avec 8 chansons interprétées lors de concerts captés en Allemagne et en France en 2018 et 2019. Hors des plans formatés et des carcans musicaux Neal Black impose sa propre marque avec une approche musicale très personnelle qui s’appuie sur un jeu brillant qui ne manque pas de délicatesse et une voix rocailleuse reconnaissable entre toutes. Il joue de superbes blues teintés de rock, laisse entendre des échos tex-mex ou néo-orléanais, ne se retient pas avec des boogies incendiaires et se dévoile plus tendre dans de jolies ballades. Une belle rétrospective musicale pour un plaisir d’écoute indéniable !
Gilles Blampain

Richard Pinhas
Live In USA

Genre musical: Rock électronique
Label : Bam Balam Records
Distributeur :
Bam Balam Records    

Je vous avais compté le mois dernier le retour du mythique Heldon, groupe fondé et motorisé par le guitariste-claviériste-compositeur Richard Pinhas, avec le sublime album Antelast. Garçon lettré, véritable orfèvre méconnu des studios et des captations en tous lieux, Pinhas disposent de kilomètres d’archives qu’il distille via le label de son ami JJ Arnould, Bam Balam Records. C’est que la musique de Richard Pinhas, avec ou sans Heldon, est un voyage sonore permanent. Tout est possible, car l’improvisation est instantanée. C’est ce que dévoile ce nouveau live dont les pistes furent captées en 2016 à Detroit et Pittsburgh. Cela reste un mystère d’imaginer un public de l’Amérique profonde se déplacer pour assister à une performance d’un Français à la réputation prestigieuse chez les musiciens, et obscure pour de nombreux publics. Mais il est évident que ce soir-là, les publics américains ont dû vivre un grand moment, à des milliards d’années de la pop mainstream du Top 200 du Billboard. Voir cet étrange ébouriffé aux yeux clairs, la clope éternellement à la bouche (quoique sans doute moins là-bas), pétrir ses cordes, ses pédales d’effets, et ses claviers a dû être un moment unique et intense. Et la musique, totalement improvisée pour l’occasion, est exceptionnelle, successions de rêveries sonores entre lumière et obscurité intérieures de plus de dix minutes. Quelque part, Pinhas a transcendé le concept initial des Frippertronics pour l’emmener au-delà de l’imaginaire.
Julien Deléglise

Seraphin
7665

Genre musical: Rock
Label : SINGLE BEL
Distributeur : SOCADISC
   

Ainsi ce rock mené par Séraphin Morland nous viendrait de Haute-Savoie ? A l'écoute, j'aurais juré que la provenance en était New York. La raison en est-il, peut-être, qu'il définit ce 7665 (jours) comme un carnet de voyage de 8 années durant lesquelles il a traversé des musiques comme Morphine 'Thursday Game' ou celle de Madrugada. Un seul titre 'C'est Juste Une Mélodie' nous apprend que cet excellent groupe est bien de chez nous ; l'alto sax de Lucas Malinaud y fait des merveilles. Malgré la rudesse de ce rock'n’roll racé, il existe sur l'ensemble de ces titres une chaleur certaine apportée par ce saxophone ainsi que le violon de Chloé Zaugg, et surtout le chant baryton de Seraphin. On est subjugué devant des titres tels que 'Aniouchka’, hommage à son arrière-grand-mère, et qui nous ramène au Bowie période Spiders, cette guitare à la Mick Ronson est là pour nous transporter vers ce passé. Arrive ensuite 'It's Just A Melody', comme une confirmation que cette musique désossée et sombre, va nous entraîner vers des territoires entre ombres et lumières. Et je vous assure qu'il y a même aussi sur ce disque un tube potentiel, ‘Carolina Lunch Time', Baxter Dury vient de se trouver un sacré concurrent ! 'Call Me By Her Name', autre point cardinal de ce 7665, nous tire de force en territoire punk, le titre le plus violent de cet album. 'Beyond The Mirror' et les échos caverneux des saxs alto et baryton (Laurent Desbiolles), mêlés à un harmonica (Arthur Guillon) et à des chœurs féminins (Mayeul Giraud) souligne encore plus le désir d'un rock stylé et élégant. Amis lecteurs, parlez-en autour de vous, ce disque est une perle noire.
Juan Marquez-Léon

Stone The Crows
The Live At The BBC

Genre musical: Blues-rock
Label : Repertoire Records 
Distributeur : Repertoire Records

Stone The Crows est l’un des groupes de blues-rock anglais les plus injustement oubliés de l’histoire de la musique. Et pour peu que l’on se souvienne, ce fut surtout pour la mort tragique de son guitariste, Leslie Harvey, électrocuté sur scène en 1972. La formation a toutefois laissé derrière elle quatre superbes albums entre 1969 et 1973. Elle avait aussi une excellente réputation scénique, qui fut généreusement captée sur bandes par la BBC. Il faut dire que Stone The Crows réunissait parmi les meilleurs musiciens de la scène britannique : Maggie Bell, sorte de Rod Stewart féminin et icône du power-blues, Colin Allen, ex-batteur de John Mayall And The Bluesbreakers et futur Chicken Shack, Jim Dewar, bassiste à la voix d’or qui rejoindra le groupe de Robin Trower, et Leslie Harvey. Ce dernier était le frère de Alex, musicien largement connu dans le monde du rock anglais, et qui fondera par la suite le Sensational Alex Harvey Band. Le tout était managé en parallèle de Led Zeppelin par le redoutable Peter Grant. Les sessions à la BBC de Stone The Crows firent l’objet de plusieurs publications chez Strange Fruit, Celebration ou Angel Air, mais tout cela remonte à presque vingt-cinq ans. Et personne ne les avait vraiment compilés avec exactitude. Repertoire Records s’en est chargé avec le soin qu’on lui connaît. Le tout est présenté dans un joli coffret de quatre disques. Stone The Crows dévoile sur ces bandes sa capacité d’improvisation, qui flirte avec le progressif, sans jamais vraiment en être. On pourrait appeler cela du blues-rock progressif sans trop se tromper, car il ne s’agit pas non plus de longues jams sur un thème, mais bien de morceaux structurés, comme ce superbe ‘Freedom Road’, ou la reprise magique de ‘Hollis Brown’ de Bob Dylan. Il y a une permanence chez Stone The Crows, c’est cette étrange ambiance de folk anglais médiéval à la Pentangle qui traîne dans tous les coins de leurs mélodies. Cela renforce leur identité unique. Et puis il y a le brio instrumental de Leslie Harvey, trop sous-estimé. Il faut écouter ‘Love 74’, son incroyable vivacité mélodique, son sens de la dramaturgie dans le riff, véritable contrepoint électrique à l’orgue et au piano de John McGinnis puis de Ronnie Leahy. Si le départ de Jim Dewar sera péniblement mais en grande partie réparée, la mort de Leslie Harvey sera le coup de grâce. Décapité de leur improvisateur en chef et d’un excellent compositeur, Stone The Crows n’aura d’autre choix que d’arrêter. Ce quadruple live dispose de toute la force et de la rage qui animaient ce quintette merveilleux, disparu trop vite, mais dont l’œuvre vient de s’enrichir de l’objet définitif en matière de prestations en direct les concernant.
Julien Deléglise


Stöner
Totally....

Genre musical: Stoner-rock 
Label : Heavy Psych Sounds
Distributeur :
Heavy Psych Sounds    

En plein marasme covidien, Brant Bjork et Nick Oliveri, deux anciens membres de Kyuss et Queens Of The Stone Age, décidèrent de réunir à nouveau leurs forces. Brant Bjork est passé de la batterie (pourtant surpuissante) à la guitare et au chant, et cela depuis la fin des années 1990. Nick Oliveri s’occupe de la basse et du chant, et Ryan Gut a été recruté pour taper sur les caisses. La formation n’a pas chômé en deux ans : l’album Stoners Rule et le Live In The Mojave Desert, tous deux en 2021. Le groupe revient avec un nouvel album studio. Vu le nom du groupe, et la pochette de ce nouvel album, Totally ne va pas révolutionner la formule initiale : jouer du stoner-rock tendance desert-rock à la Kuyss sans aucune prise de tête. Good time, good music, good beer. Stöner pourrait presque être considéré comme une sorte de Status Quo du genre : l’efficacité avant tout pour défouler le speed kid amateur de skate. Totally marche à plein régime dans ce cadre certes à l’aspect primitif et réducteur. Mais il ne fait que rejoindre l’esprit du rock’n’roll pionnier et du boogie hookerien. Cela n’empêche pas Stöner de se lancer dans des épopées plus ou moins longues promptes aux divagations spirituelles plus ou moins lysergiques. C’est le cas de ‘Space Dude & The Burn’ de plus de huit minutes, ou l’incantatoire ‘Great American Sage’, hommage aux hommes originels d’Amérique que l’on qualifia bien trop vite d’Indiens. Quelques missiles vifs et sans concession sont aussi au menu : ‘Party March’, ‘A Million Beers’, ‘Turn It Around Now’, ou le boogie chaloupé nommé ‘Driving Miss Lazy’. Nick Oliveri se montre plus présent au chant, le partage entre Bjork et lui étant beaucoup plus équitable. Totally est un disque solide, sans aucune autre prétention que d’accompagner les bons moments de la vie. Et c’est réussi.
Julien Deléglise

The Blue Chevys
The Night Calls


Genre musical: Modern blues   
Label : Naked records
Distributeur : Deezer, Apple music, Spotify

Depuis 1989, le groupe s’articule autour de trois copains de lycée (Kris Bries (chant, harmonica), Frederic et Philippe Martello (guitare et batterie) à qui on ajoute présentement, le bassiste Jean-Luc Cremens et le guitariste Sven Smekens pour la rythmique. Comme plus on est de fous plus on joue, deux souffleurs sont réquisitionnés, Koen Desloovere (saxophone) et Kim Vandeweyer (trompette, bugle, trombone). Un septet donc, auquel se joint par moments le claviériste Jan Ursi qui vient arrondir les angles pour nous proposer une musique riche et colorée où le blues s’estompe légèrement pour nous offrir des accents au goût d’Americana faits pour nous balader par l’esprit sur les routes poussiéreuses et les highways américains. Vous avez dit Chevy ? Entre Camaro et Silverado, le choix est large mais avec ces Blue Chevys là, on roule les yeux fermés chez l’oncle Sam bien que le groupe soit Belge. Une dizaine de compositions s’enchainent et on se rend compte que le feeling des sixties est bien présent avec un son moderne, bien entendu. Il suffit d’écouter des titres comme ‘Got That Feeling’, ‘Pick You Up’ ou ‘Cool Me Off’. Avec The Night Calls’ on se rapproche des Fabulous Thunderbirds tandis qu’avec ‘Never Gone’ on pense aux Rolling Stones. Quoi qu’il en soit, même après plus de trente ans de routes parcourues ensemble, les types ne sont pas usés et font preuve de fraîcheur.
César




Touch Of Groove
Touch Of Groove

Genre musical: Soul
Label : ABSYLONE
Distributeur : Spotify, iTunes, Deezer

Ils sont modestes car le groove ils en ont un peu plus qu’un peu. Sans tomber dans le piège de la nostalgie le band interprète une soul music comme la laissait entendre les productions Stax et Atlantic records dans les années 60. La meilleure qui fut. La formation est nouvelle mais ses membres ne sont pas des débutants. Sylvain Lansardière aux claviers a œuvré au sein d’Elise & The Sugarsweets, Pascal Guegan a été l’un des deux guitaristes du Blues Power Band quant à Letty M on sait seulement qu’elle a fait vibrer ses cordes vocales sur des scènes lointaines notamment australiennes et néo-zélandaises. Ils se présentent en trio sur le visuel du CD mais leur section rythmique est assurée par Laurent Lombard à la basse et Olivier Ferré à la batterie. L’album présente 8 compositions originales et une reprise d’Aretha franklin ‘(Sweet Sweet Baby) Since You’ve Ben Gone’. C’est un concentré de sensualité et de dynamisme, la maîtrise instrumentale soutient un chant vif et habité. Le feeling déborde de chaque sillon. Cette production est vraiment pleine de saveurs et entraîne l’auditeur dès le premier titre. De la soul high class, robuste et élégante. Un vrai régal pour les amateurs. C’est chaud, puissant et plein de bonnes vibrations.
Gilles Blampain

Vaneese Thomas
Fight The Good Fight

Genre musical: Soul, blues, country…        
Label : Blue Heart Records
Distributeur : iTunes, Bandcamp, Amazon

Elle fait partie de l’aristocratie musicale de Memphis. Benjamine de la famille Thomas, fille de Rufus, dix ans plus jeune que sa sœur Carla, sans oublier l’aîné de la fratrie qui fit les beaux jours du label Stax comme producteur et claviériste. Si elle est peut-être la moins connue de la lignée, Vaneese, n’est cependant pas une débutante. Comme bon sang ne saurait mentir, elle est une chanteuse, compositrice, productrice et actrice appréciée dans l'industrie du spectacle. Elle a sorti son premier enregistrement en 1987 et avec celui-ci, qui a autant de force que de charme, elle en est à son huitième. Dotée d’une voix puissante, sensuelle et chaleureuse, avec cet album, au son de l'harmonica, du violon, de la mandoline, de l’accordéon et de guitares électriques rageuses, elle navigue avec subtilité de la soul à la country music, du blues à l’Americana. Elle signe, seule ou en collaboration, les 12 compositions de ce disque. Entourée d’excellents musiciens, elle livre chaque chanson avec une véritable passion, tout est exécuté avec dextérité et feeling, et ça roule avec aisance d’un titre à l’autre. Les ambiances sont variées, nostalgiques, tristes ou enjouées, mais jamais fades. C’est dynamique et lumineux, l’émotion est là.
Gilles Blampain