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été 20
Chroniques CD du mois Interview: JUNKYARD CREW Livres & Publications
Portrait: BLIND LEMON JEFFERSON Interview: MAINE IN HAVANA Portrait: ROBERT FRIPP
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUIN 2020

Albert Castiglia
Wild and Free

Genre musical: Blues-rock   
Label : Gulf Coast Records
Distributeur :
albertcastiglia.net, Spotify, Deezer

Le moins qu'on puisse en dire, c'est que le bonhomme annonce d'emblée la couleur. Vu qu'il est sur scène (album enregistré en janvier 2020 à Bacon Raton (?!), Floride) il se lâche, et 'Let The Big Dog Eat' un titre d'un certain William Watts Wharton III, débute par un déluge de notes, qui ne faiblira pas jusqu'au terme. Le guitariste s'en donne à nouveau à cœur joie sur 'Hoodoo On Me', composition de Mike Zito, qui produit le tout : on a droit à deux soli, pas moins. Le jeu de la bassiste Justine Tompkins, excellente de bout en bout, impressionne sur l'hendrixien 'I Been Up All Night' de Brian Stoltz. Suivent deux compositions originales de Castiglia, enfin originales entendons-nous : 'Heavy' est l'inévitable slow-blues qui s'étire sur près de dix minutes, et 'Get Your Ass In The Van' est lui aussi on ne peut plus classique. 'Searching The Desert For The Blues', de Graham Wood Drout tâte du funk, mais ne recèle pas plus de surprises, au point qu'on anticipe sans difficulté la suite d'accords, jusque dans le solo. Ça continue gentiment comme ça, avec deux autres titres de Castiglia, et des reprises d'artistes moins obscurs, Johnny Winter ('Too Much Seconal'), Paul Butterfield Blues Band ('Lovin' Cup') et enfin le 'Boogie Funk' de Freddy King. Pas que ce soit mauvais, ça doit même être fort agréable en vrai live, en festival ou en première partie, de quoi passer un bon moment en attendant la tête d'affiche. Mais sur disque, seuls les amateurs du genre devraient vraiment apprécier, pour peu qu'ils soient hermétiques aux réelles découvertes.
Marc Jansen

Bourbon Street
Stop and Listen

Genre musical: Americana au caractère trempé!
Label : AUTORODUCTION
Distributeur :
bourbonstreet@neuf.fr    

Encore un disque qui révèle son caractère à mesure qu’il tourne sous le rayon. Les deux guitaristes des alentours de Limoges, Eric Vacherat et Cyril Menet, commencent, consensuels, par un americana assez convenu, blues, folk, country old-time, on pourrait presque parler de skiffle parfois (‘City Of Lights’). Le chant est pénétrant, les guitares sont acoustiques, elles font la somme de leurs densités et s’épousent, fluides, sans chercher la prouesse, juste chanter avec la voix. L’un slide, l’autre pas. De temps à autre un harmo vient scander les chansons d’une respiration rythmique. A ce stade, l’album est déjà très réussi. On réalise qu’on est passé à un autre genre de folk à mi-chemin : ‘Seven Days’, un boogie plus moite, plus grave, plus hargneux. A partir de là, l’album prend vraiment du corps et du sentiment. Même l’harmo, qui se contentait de témoigner jusque-là, passe soudain en 3D et donne du sentiment aux couleurs qu’il posait. Tiens ? Un violon sur ‘Sittin’ On Top Of The World’. Et ainsi de suite jusqu’à ‘Blue Bird’. La plage craque comme un 78-tours repiqué sur le tard, la voix est lointaine, dématérialisée comme avant la réverbération artificielle. Tout-à-coup la chanson prend des basses et de la profondeur, se gonfle et s’actualise. C’est sur ce retour vers le futur que les deux du Limousin bouclent un sixième album fait de nombreuses reprises, Tampa Red, JB Lenoir, Rory Gallagher, etc. Six en vingt ans, départ en jump et Chicago blues, et développements acoustiques pour les trois derniers. Vingt ans, c’est quelque chose. Combien ont mordu la poussière dans l’intervalle ? Qui racontera la fin de l’histoire ?
Christian Casoni

Elder
Omens

Genre musical: Stoner-metal
Label : Stickman Records
Distributeur :
Elder Bigcartel     

Ce quatrième album studio de Elder est attendu depuis maintenant trois longues années. Le groupe nous avait offert un EP pour patienter l'année précédente : The Gold & Silver Sessions. Elder avait alors prévenu : des changements étaient à prévoir pour le nouveau LP. Omens sort donc en cette année 2020 particulièrement catastrophique, notamment pour tous les musiciens. L'album a été mis en boîte au studio Black Box à Noyant-La Gravoyère, bourgade du Maine-Et-Loire. Le line-up de Elder a changé. Aux côtés de Nick DiSalvo, Jack Donovan et Michael Risberg, on trouve Georg Edert à la batterie en lieu et place de l'historique cogneur Matthew Couto. Fabio Cuomo a ajouté des claviers à ceux de DiSalvo et Risberg. Les climats psychédéliques et romantiques ont pris davantage de place, notamment par l'apport de différents claviers : piano électrique, synthétiseurs, mellotron… Une couleur Pink Floyd se dessine, celui de Wish You Were Here, avec une tonalité plus métallique. Celle qui se distingue parmi toutes est la troisième : ‘Halcyon’, formidable épopée électrique rebondissant sans cesse entre rock progressif torturé et hard-rock sombre. ‘Omens’ qui ouvre l'album perturbe l'auditeur, car c'est de loin le plus maritime de tous les morceaux, balançant au gré du ressac. ‘Embers’ fonctionne d'ailleurs un peu de la même manière. Si un bémol doit être apporté sur ce disque, c'est sur le dernier titre, ‘One Light Retreating’, un peu redondant et qui peine un peu à nous transporter dans le monde qui est le leur. Omens est toutefois un très bon disque, doté de l'ADN et de l'esprit d'Elder. Tout y est, et les changements ont été opérés en douceur sans dénaturer la personnalité profonde du groupe.
Julien Deléglise

Gerald McClendon
Can’t Nobody Stop Me Now

Genre musical: Soul, r'n'b
Label : Delta Roots Records
Distributeur :
Spotify, Deezer     

Il a grandi à Chicago et son amour pour la musique englobe tous les genres, il chante aussi bien le rock, la soul, le blues et la country que les standards du jazz. Il doit cependant son surnom de Soul Keeper à sa voix qui incite à le comparer à Otis Redding, Ben E. King, Marvin Gaye, Z.Z. Hill ou Wilson Pickett. Et en effet Gerald McClendon s’inscrit bien dans la lignée de ses grands prédécesseurs. Can’t Nobody Stop Me Now présente une douzaine de chansons toutes signées par le producteur Twist Turner qui a supervisé l’enregistrement aux Sound Studios au cœur de Chicago et qui a assuré le tempo à la batterie. Art Love est à la basse, trois grands guitaristes, Herb Walker, Joe Burba et Mike Wydra ont participé aux sessions ainsi que trois claviéristes, Roosevelt Purifoy, Sumito Aryioshi et Brian James, Skinny Williams est au saxophone et John ‘Boom’ Brumbach à la trompette. Résultat une soul music de la meilleure veine qui évoque l’amour et le désir, les attractions fatales et les dévotions sincères, avec un feeling qui fait tressaillir le cœur et qui attire les pieds vers la piste de danse. Au gré des chansons qu’il interprète, Gerald McClendon se glisse dans différents registres se montrant tour à tour vulnérable ou enthousiaste mais affichant assurément sa passion pour le R&B traditionnel.
Gilles Blampain

Gomer Pyle
Before I Die I

Genre musical: Stoner-rock
Label : Three Chords Records
Distributeur : The Lab Records

Les Néerlandais de Gomer Pyle ne sont pas du genre pressé. Before I Die I est leur troisième album. Le premier, Eurohappy, date de 1999, et le second, Idiot Savants, de 2008. Voyez le genre. Mais si c'est pour offrir un tel album régulièrement, ma foi, cela vaut peut-être le coup. Before I Die I dure une bonne heure, c'est un double LP d'un stoner-rock lourd et psychédélique. Distinctement se dessinent les influences de Pearl Jam et Soundgarden. Le timbre du guitariste-chanteur Mark Brouwer n'est pas sans rappeler Eddie Vedder et Chris Cornell. Outre Brouwer, le groupe est composé de Kees Haverkamp à la batterie, de Danny Huijgens à la basse et de Mark van Loon. Les racines de Gomer Pyle sont aussi à chercher du côté des Américains de Kyuss et des vétérans allemands de Colour Haze pour ce côté blues halluciné et sale. La scène hollandaise est très portée sur ces sonorités acides entre Black Sabbath et Grand Funk Railroad. Gomer Pyle n'est toutefois pas un groupe de jams. Il construit ses chansons merveilleusement bien, avec de vraies mélodies, et aucun flottement. L'ouverture ‘Remember The Days’ est une fantastique entrée en matière, qui se poursuit au gré des humeurs entre le féroce ‘Scum Trade’ et le planant ‘We Are One’. Before I Die I est une belle réussite, qui n'appelle qu'à une suite, en espérant l'attendre moins longtemps cette fois-ci.
Julien Deléglise

Grant Dermody
My Dony

 

Genre musical: Blues, zydeco, Chicago
Label : Thunder River Records
Distributeur : jhttps://www.grantdermody.com/

Quatrième album du natif de Seattle qui sort ici un blues particulièrement virevoltant, dynamique et enthousiaste. La part belle est faite à des rythmes dignes du zarico. On tape du pied et des mains sur ‘One Step At A Time’ (de Clifton Chenier) ou sur ‘It Hurts To Be In Love’. L’harmoniciste qui a débuté à 18 ans nous emmène dans des échanges musicaux entre son bassiste (Jason Sypher) et son guitariste (Dirk Powell). L’ambiance suinte le bayou et le bouge poisseux de cette bière qui colle au banc ! Sa voix rocailleuse sur la reprise de ‘Springtime Blues’ de Sonny Boy Williamson est un bel hommage du genre. Avec le titre éponyme ‘My Dony’, c’est vers Muddy Waters qu’il faut se tourner pour un grand instant certes standard mais parfaitement exécuté. Ecrit à 4 mains, le titre ‘Corner Strut’ fait partie de ces titres qui transpirent le blues. L’harmonica de Grant répond à l’accordéon de Corey Ledet dans un rythme entêtant mais particulièrement savoureux. On est ici dans un pur album de blues, maîtrisé et réjouissant. Ça évoque le Delta du Mississippi évidemment mais également la ville de Chicago. Tendre ici l’oreille sur ‘Hometown Blues’ ...Et comme pour confirmer ce qu’on vient de dire, lire Dirk Powell au sujet de cet album : « This record is the one wanted to be made ».
Tristan Sicard

J & V
Stairway to Nowhere

 

 

Genre musical: Blues classieux
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Deezer, Spotify, Google Music, iTunes,

Un duo chic et choc. John Hughes chante d’une belle voix claire et joue de la guitare, Vic Peters tient la deuxième guitare (acoustique ou électrique). Avec une teinte originale et très personnelle leur style est plutôt lumineux et leur façon de jouer assez brillante. Tout sonne vraiment bien. Même s’il est toujours hasardeux de faire des comparaisons, on pourrait évoquer à la fois JJ Cale et Mark Knopfler pour tenter de dessiner une filiation. Mais en fait John et Vic ne sont pas seuls, Marc Mézailles est à la basse et Vincent Berne à la batterie. Ils interprètent avec de belles harmonies un folk-blues élégant très actuel mais qui plonge subtilement et profondément dans la tradition. Le duo signe 6 compositions originales de belle facture qui abordent les thèmes éternels du blues, le train, l’errance, l’amour et l’argent, la bonne fortune, les rencontres, la déprime… Le chant est mélodieux, l’interprétation est pleine de finesse et de sensibilité. La vivacité de l'ensemble donne à la fois une impression de liberté et de parfaite maîtrise. Beau travail. La production est nickel et l’ensemble est vif et aérien. J &V ont beaucoup d’atouts dans leur jeu.
Gilles Blampain

Jose Ramirez
Here I Come.

 

Genre musical: Soul blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : jCdBaby, iTunes, Spotify

A 32 ans, Jose Ramirez originaire du Costa Rica a déjà pas mal tourné à travers les USA et l’Europe et a joué avec certains des plus grands noms de l'industrie du blues, notamment Buddy Guy, Janiva Magness, Mark Hummel, Bryan Lee, pour n'en nommer que quelques-uns, et également Anson Funderburgh qui a tenu le rôle de producteur pour cet enregistrement dans les studios d’Austin, Texas. Cette production est une première, et à son propos Jose Ramirez dit : « Je voulais faire un album de blues influencé par des musiciens soul et R&B tels que Ray Charles, Teddy Pendergrass et Al Green, avec également une référence à Johnny Guitar Watson ». Et c’est très réussi. Dans la chanson-titre, ‘Here I Come’, un blues-shuffle mordant, Ramirez cite les héros qui lui ont montré où pourrait être sa place dans ce domaine musical. Jose Ramirez est entouré par Jim Pugh (claviers) Wes Starr (batterie), Nate Rowe (basse) et les cuivres des Texas Horns (Kaz Kazanoff, Al Gomez, John Mills). Et Anson Funderburgh pointe sa guitare sur deux titres : ‘Gasoline And Matches’ et ‘Three Years’.  Jose Ramirez signe 9 compositions et reprend à sa manière ‘I Miss You Baby’ de Freddie Simon gravé en 1953 par T-Bone Walker et ‘Traveling Riverside Blues’ de Robert Johnson. Le style de guitare est enlevé et brillant et le chant est chaleureux. Une réalisation de très belle facture.
Gilles Blampain

Larkin Poe
Self Made Man

 

Genre musical: Blues-rock  
Label : Tricki-Woo Records
Distributeur : BERTUS

Déjà 10 ans que le duo est sur scène en passant par des lieux renommés comme Glastonbury (deux fois), Lollapalooza, Newport Folk Festival et 4 albums enregistrés avant celui-ci. Paru fin 2018 Venom & Faith a remporté le prestigieux le Grammy Award du meilleur album de blues contemporain. Avec cette nouvelle production, les deux sœurs originaires d'Atlanta et installées à Nashville, Rebecca (chant, guitare électrique) et Megan Lovell (chant, lap steel), ancrent toujours leurs compositions dans l'héritage sudiste, rock, blues, gospel, bluegrass et country. Avec ces 10 nouvelles chansons elles entraînent l’auditeur dans des ambiances sombres d’où fusent des riffs puissants ou des airs plus joyeux qui ne manquent jamais de profondeur. « Etre authentiques est très important pour nous », dit Megan « Rebecca et moi sommes très impliquées dans chaque décision qui est prise. Nous sommes des artistes indépendantes et cela se reflète dans tout ce que nous faisons ». Ce nouvel album dégage une réelle énergie à travers une puissance tant musicale que vocale. Il y a de l’agressivité et de la passion. Le frisson passe, l’émotion prend corps avec une interprétation forte, chaleureuse et sensuelle, jamais tiède mais au contraire pleine de feeling. L’ensemble est bien ficelé et agréable à écouter.
Gilles Blampain

Neal Black & The Healers
A Little Boom Boom Boom


Genre musical: Blues-rock et plus
Label : DIXIEFROG
Distributeur : PIAS

Toujours hors des courants ressassés, des plans formatés et des carcans musicaux, Neal Black est de retour avec ce nouvel album enregistré entre la France, l'Allemagne et le Tennessee. L’interprétation est chaleureuse et sensible et qu’il ait entre les mains une guitare acoustique, électrique ou à résonateur son jeu est brillant et ne manque pas de subtilité. Et bien sûr avec cette voix âpre et virile, vraie contre-publicité pour les pastilles miel-citron, mais qui sied si bien à son style musical. On peut dire qu’il impose encore sa marque avec brio. Mike Lattrell est aux claviers (piano, orgue Hammond), Abder Benachour est à la basse et Natan Goessens à la batterie. Une bonne dizaine d’invités de marque ont été conviés aux sessions d'enregistrement, comme Fred Chapellier et Robben Ford venus pour quelques solos de guitare, Nico Wayne Toussaint dont l’harmonica enjolive 6 pistes ou Tommy Schneller qui accroche son saxo sur 4 chansons. A Little Boom Boom Boom dont les sonorités évoquent les nuits chaudes du deep South mêlent blues, rock et même rythmes latinos, et confirme une fois encore les qualités d’auteur-compositeur de Neal Black. Hormis deux reprises ‘Why Do People Act Like This’ de Bobby Charles et ‘All For Business’ de Jimmy Dawkins, il interprète 11 compositions signées de sa main.
Gilles Blampain

Robert Jon & The Wreck
Last Light On The Highway

Genre musical: Rock-blues-soul
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CARGO

Le band, basé dans le comté d'Orange au sud de Los Angeles, pratique avec talent divers courants du rock. ‘Oh Miss Carolina’ est un vrai southern-rock, ‘Work It Out’, avec cuivres et chœurs a un côté plus soul, ‘Can’t Stand It’ et ses guitares à l’unisson est dans la veine californienne, ‘This Time Around’ avec de puissants riffs est assez carré. Il y a également quelques ballades bien senties et cet hymne à la décontraction et au temps présent pour boire un verre avec ceux qu’on aime, ‘Tired Of Drinking Alone’,dont la guitare slide accroche l’auditeur à la première écoute.Quant à ‘Last Light On The Highway’ qui clôt l’album et présentée en deux parties (2’30 et 6’04), c’est une longue composition qui démarre avec une guitare acoustique et un chœur éthéré pour se poursuivre dans de belles envolées avec des solos déchirants et des riffs lourds modulés au gré de ce voyage musical, soulignés par des lignes de basse sourdes, des cordes aériennes et un piano virevoltant. Tout en affichant une influence du passé le quintet possède une réelle fraîcheur et s’inscrit dans la modernité.  Naviguant entre frénésie et délicatesse, Robert Jon Burrisson (guitare et chant), Henry James (guitares), Steve Maggiora (claviers), Warren Murrel (basse) et Andrew Espantman (batterie), exécutent 11 titres au groove irrésistible avec une pêche d’enfer.
Gilles Blampain

The Proven Ones
You Ain't Done

Genre musical: Roots rock
Label : Gulf Coast Records
Distributeur : Amazon, Spotify, Deezer

Produit par Mike Zito de la Royal Southern Brotherhood et Jimi Bott, batteur de TPO, enregistré entre la Louisiane, l'Oregon et le Massachussetts, cet album couvre un large spectre musical ; roots, americana, rhythm and blues, funk, soul, latin rock, pop. Quelques références bien britanniques aussi, avec l'ouverture de l'album, 'Get Love Intro', clin d'œil aux Beatles, dont le chanteur Brian Timpleton (ex-The Radio Kings) se dit très fan. Une composition qui apporte une touche psychédélique avec ses bandes passées à l'envers, un diamant est posé sur un 33 tours et les craquements du microsillon qui l'accompagnent.  'Already Gone' et 'Favorite Dress' (reprise d'un titre du groupe de country alternative The Tonebenders) évoluent en terrain Rolling Stones avec ces riffs de guitares à la Keith Richard. Templeton dans ces moments-là possède la même tessiture vocale que Mick Jagger. On pense aussi à Rod Stewart, et surtout à Steve Marriott sur d'autres morceaux. Pour le reste on est en terrain rock sudiste (‘Get Love’, paroles de Kim Wilson !), pop à la Nirvana avec cuivres tout devant (si, si ça existe ! Ecoutez donc 'Gone To Stay'). 'Milinda' countrysante en mid-tempo pourrait faire penser à un inédit des Eagles première période. 'Nothing Left To Give', latino rock dont le solo de guitare de Kid Ramos, fait penser au Carlos que nous connaissons tous. Passage par la Louisiane également, avec 'I Ain't Good For Nothin'. Autant de styles abordés. Des cuivres rugissent ici ou là, de beaux solos d'orgue (Anthony Geraci) traversent le paysage. Le bassiste, Willie J. Campbell est un ancien des The Fabulous Thunderbirds, et une invitée de marque sur un titre, la chanteuse Ruthie Foster, proche des The Blind Boys of Alabama. Malgré la diversité des genres abordés, on ne s'ennuie pas une seconde.
Juan Marquez Léon 

The Togs
Thirteen


Genre musical: Folk-blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : thetogsgroup.wixsite.com/the-togs

Cet album pose une petite énigme... On ne parle pas du titre, Thirteen n'est pas une treizième livraison, c'est juste qu'elle compte treize morceaux. C'est en fait le second opus pour ces Togs, duo emmené par Peter Callate, un vétéran de la scène punk qui, en 2015, après un hiatus de vingt ans, ressent l'envie de retourner au charbon. Comme les choses sont parfois bien faites, il retrouve un ancien compère du nom de Fred Shortfoot, et ensemble proposent un premier album, Originals début 2019. Le second nommé s'en va explorer de nouveaux horizons, faisant aussitôt place à Stag O'Gagneur, présent donc sur ce Thirteen. Et la formule fait mouche ! L'épreuve du toujours-difficile-deuxième-album est franchie haut la main... Une voix abrasive, passée sans répit au papier émeri sans doute, des compositions dépouillées, des guitares qui sonnent comme des guitares - pas d'auto tune ou de vocoder, on s'en doute ! -, pour des titres essentiellement électro-acoustiques, dépouillés jusqu'à l'os. Tout juste si l'on note au détour d'un morceau l’ajout d’une basse ou d'une electric guitar. Les influences sont manifestes (et assumées) : Johnny Cash, The Pogues, le Dylan de Blonde On Blonde, The Saints dans leurs ébats acoustiques) mais jamais embarassantes. Le fait qu'ils viennent d'horizons différents (Augagneur est plutôt orienté blues) offre une vision complémentaire, et ça fonctionne à plein régime. On est dans le classique, jusque dans les thèmes ('Voodoo Girl', 'Down The Road', 'I Gotta Go Now'), alors pourquoi cela fonctionne-t-il ? La réponse est souvent la même : la conviction, l'authenticité - fusse-t-elle lyonnaise, et puis bien sûr de bonnes compositions.
Marc Jansen


Vol pour Sidney (retour)
Hommage à Sidney Bechet

Genre musical: Jazz
Label : NATO
Distributeur : L'Autre Distribution

En voilà un hommage baroque, que ce Vol Pour Sidney (Retour). « Retour », parce que c’est la deuxième récréation de ce type autour de Sidney Bechet, son œuvre et sa personnalité. La première, l’aller donc, était sortie chez Nato en 1992 et avait été sacrée « disque de l’année » par Libé, Le Monde et Jazz Magazine. L’un des objectifs de ce Retour est de montrer que l’illustre clarinettiste-saxophoniste nourrit encore le jazz, même celui des jeunes. Il y a un monde fou pour s’incliner devant le monument, au moins 25 musiciens français et anglo-saxons, certains connus pour avoir accompagné Prince, Lee Kontiz, Jeff Beck ou Herbie Hancock, la chanteuse Elsa Birgé, le groupe Ursus Minor, le saxophoniste Donald Washington, la flûtiste Sylvaine Hélary, la pianiste Sophia Domancich ou le batteur Simon Goubert. L’album est long (18 plages), mais varié. Presque pas de blues New Orleans, mais l’arc-en-ciel du jazz, swing, be-bop, free, une paire de blues – dont un chanté, avec harmoniciste – quelques rythmes latino ou bossa, des douceurs caribéennes, le rappel constant des inclinations haïtiennes de Bechet, la reprise d’une chanson de Brassens qu’il aimait particulièrement (‘Brave Margot’), les révérences d’une profession qu’il n’a cessé d’intriguer et d’influencer (‘Portrait Of Bechet’ d’Ellington, ‘Blues To Bechet’ de Coltrane) et, bien sûr, la gloire du prophète : ‘Viper Mad’ (quelle version !) ‘Blackstick’ (quelle version !), ‘Blue Horizon’ ou l’inévitable ‘Petite Fleur’ en ouverture. Celle-là, on dirait qu’ils l’ont placée en tête pour mieux l’exécuter, rythme brutal, guitare saturée, embrayages hard, voix flottante, comme pour dire : N’attendez pas qu’on vous serve ce genre de répertoire. D’ailleurs, peu de titres sont interprêtés de manière orthodoxe, les musiciens ayant à l’évidence cherché les angles secrets et les couleurs inattendues. Leur hommage est aussi dynamique et coloré que le livret de l’album, émaillé de témoignages : Duke Ellington, Kenny Clarke, Jacques Brel, Jim McGraw, Miles Davis… En de rares occasions, il vaut mieux aimer le jazz d’initiés et les percus contemplatives (‘Blue Horizon’), mais tout le reste se visite aisément avec un simple visa touristique, le temps de réaliser que l’auteur de ‘Petite Fleur’ était un explorateur, et même un visionnaire, et que sa ‘Petite Fleur’ occultait une longueur de racines que le profane était loin de soupçonner.
Christian Casoni

Witchskull
A Driftwood Cross

Genre musical: Doom metal 
Label : Rise Above Records
Distributeur : Rise Above Records

Witchskull est un trio australien qui porte haut les couleurs d'un doom-metal agressif et vif, aux frontières avec le stoner-metal. Marcus de Pasquale à la guitare et au chant, Tony McMahon à la basse et Joel Green à la batterie en sont à leur troisième album. C'est leur second disque sur le label spécialisé et historique du stoner : Rise Above, crée par Lee Dorrian, chanteur de Cathedral. Il s'agit sans aucun doute pour eux d'avoir l'opportunité de se faire connaître sur le continent européen, riche en festivals et aficionados du genre stoner-doom. Witchskull ne pratique pas un doom lent et plaintif, sépulcral. Leur musique est abrasive, coriace. La voix de De Pasquale, aigue, rappelant par moments Ozzy Osbourne et Ronnie James Dio, survole un tapis de bombes électriques. Sa guitare produit d'impressionnants riffs goudronnés, mais aussi de superbes chorus gorgés de ce blues du bush typique du rock australien. Est-ce que A Driftwood Cross est leur meilleur album à ce jour ? Difficile à dire, car ses deux prédécesseurs, The Vast Electric Dark de 2015 et Coven's Will de 2018, étaient déjà sacrément bons. Mais la quasi-totalité des chansons sont renversantes de brio électrique : ‘Black Cathedrals’, ‘This Silent Place’, ‘Red Altar’, la cavalcade ‘Dresden’… Witchskull a peut-être sorti l'un des meilleurs albums du genre cette année, et la bande-son parfaite d'un monde en déliquescence.
Julien Deléglise