blues again en-tete
06/21
Chroniques CD du mois Interview: ARCHIE LEE HOOKER Livres & Publications
Portrait: SCRAPPER BLACKWELL Interview: LOUIS MEZZASOMA Dossier: SAVOY BROWN
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUIN 2021

Alain Ortega
L'Ame En Bleu

Genre musical: Blues, chanson française   
Label : MUSIKOVENT
Distributeur :
www.musikovent.com/shop-cd

Depuis maintenant quatre décennies (débuts en 1980 au sein du combo Antidote), Alain Ortéga multiplie les projets tous azimuts, avec un bel éclectisme. Sa route a croisé celle de Charlebois, Bertignac, Thiéfaine, il a participé en 97 à un spectacle consacré à Aragon (avec notamment Philippe Léotard et Sapho), créé des ateliers d'écriture, publié plusieurs albums ou compilations, et s'implique plus que jamais dans la lutte contre la discrimination et le racisme. Un vrai touche-à-tout donc, ce qui peut-être explique la raison pour laquelle on a un peu de mal à saisir le fil conducteur de cet album 7 titres, entre compositions personnelles et reprises pour le moins variées - le point commun c'est sans doute simplement le goût du musicien pour ces dernières... Le début est intriguant : 'Le Nouveau Monde', un titre qu'il cosigne, démarre en slam, appuyé par une guitare slide, avant d'évoluer vers un final plus mélodieux. Première reprise, 'Nights In White Satin' propose une version crépusculaire, dans la lignée de celle publiée jadis par Bashung. Les deux titres suivants sont purement blues, et c'est sans doute là qu'Ortéga est le plus convaincant : une version live de 'You Gotta Move', suivie d'un 'Take Your Modjo (sic), You Gotta Move' en quelque sorte sa vision personnelle de l'affaire. La reprise d''Amsterdam' peine à convaincre, et introduit 'Bleu', une autre plage atmosphérique. Le tout se termine sur une version exotique d'un autre titre du répertoire, la bien connue 'Ballade Irlandaise'.
Marc Jansen

Ali Veejay
Ali Veejay

Genre musical: Hybride soul, folk, reggae
Label : Dora Dorovitch
Distributeur :
InOuïe Distribution     

Qui est cet Ali Veejay, discret chanteur français à la voix chaude, haut perchée, candide, tellement propice à la mélodie ? Est-ce là son premier album ? Son second ? Et venait-il vraiment d’un rock plus affirmé avant de se mettre à souffler cette brise faite d’une soul confidentielle, de folk et de reggae, qui berce l’album de bout en bout en séquences brèves et voluptueuses ? Chœurs vaporeux, cuivres rasants, voix délicates… toute cette fragilité n’est qu’apparente, les étoffes sont richement brodées, et des mélodies sophistiquées comme celles de ‘Running Girl’ ou ‘Intrusion’ requièrent sans doute beaucoup de force et d’assurance. C’est en tout cas l’album qu’il faut écouter en ce moment pour rompre avec ces dîners de sandwichs aux anxiolytiques.
Christian Casoni

Alligator Records
50 Years Of Genuine
Houserockin' Music

Genre musical: Blues from Chicago 
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC    

Tous les amateurs du genre connaissent l’histoire. Il y a 50 ans, en 1971 à Chicago, Bruce Iglauer fondait le label Alligator pour enregistrer un album de son groupe préféré, Hound Dog Taylor & The HouseRockers. Cinq décennies plus tard, le catalogue présente plus de 350 références, parmi lesquelles on trouve beaucoup d’artistes majeurs, reconnus et primés. Et s’il y a le blues, il y a également la soul, le rock, le gospel, la country et le zydeco. Devenue une référence dans son domaine la maison de disques ne dort pas sur ses lauriers et accueille toujours de jeunes et talentueux artistes. Ce coffret du jubilé présente trois CD avec 58 titres (1-18/2-21/3-19) pour presque 4 heures de musique. On écoute des musiciens légendaires comme évidemment Hound Dog Taylor et Koko Taylor, et ceux qui ont fait la notoriété du label tels Son Seals, Albert Collins, Johnny Winter, Professor Longhair, Lonnie Brooks, Luther Allison, Michael Burks, Elvin Bishop, Charlie Musselwhite, Guitar Shorty, Billy Boy Arnold, ou encore Mavis Staples, Shemekia Copeland, Lil 'Ed & The Blues Imperials, Rick Estrin & The Nightcats, Marcia Ball, Billy Branch, JJ Gray & Mofro, Tinsley Ellis, Joe Louis Walker, Tommy Castro & The Painkillers, Curtis Salgado, Roomful Of Blues, Christone ‘Kingfish’ Ingram, Nick Moss, Toronzo Cannon et Selwyn Birchwood… Les commentaires qui accompagnent les CDs, écrits par Bruce Iglauer lui-même, mettent en évidence l’extraordinaire passé d'Alligator, mais également son présent toujours florissant et un avenir dédié à nourrir de nouvelles générations d'artistes et de fans de blues. Et il termine en disant : « Maintenant que le téléchargement illégal a été remplacé par des services de diffusion numérique en continu dans le monde entier, la musique d'Alligator peut être écoutée en Chine, en Inde et à travers l'Afrique, et dans d'autres pays où elle n'a jamais été disponible sous forme physique. Hound Dog Taylor & The HouseRockers seraient étonnés de voir ce qui est arrivé à la petite maison de disques qui a été créée pour apporter leur musique au monde. Ils seraient ravis de savoir que des milliards de personnes peuvent désormais découvrir le joyeux houserockin’ blues qu’ils jouaient tous les dimanches au Florence’s Lounge ».
Gilles Blampain

Clarence Spady
Surrender

Genre musical: Soul-blues
Label : NOLA Blue records
Distributeur :
iTunes, Amazon     

Guitariste et chanteur, Clarence Spady a fait irruption sur la scène blues au milieu des années 90, mais c’est un artiste pour le moins discret. Après un premier album paru en 1996 (Nature Of The Beast) puis un autre en 2008 (Just Between Us) il n’avait en effet rien sorti depuis. Surrender rassemble neuf chansons écrites et enregistrées sur une période de 20 ans dont des compositions et des interprétations d'amis disparus comme Lucky Peterson avec ‘When My Blood Runs Cold’ et une chanson spéciale, ‘K-Man’, dédiée à son fils Khalique, disparu à seulement 25 ans, et trois prestations inédites réalisées en 1999 sur la scène du River Street Jazz Café de Plains, en Pennsylvanie. De sa voix claire et flûtée il interprète avec profondeur et sensibilité un soul-blues feutré de la plus belle expression. Son jeu de guitare fluide et décontracté s’appuie sur une rythmique légèrement funky et un orgue soyeux. Il fait partie de ces artistes dont la présence s’impose immédiatement à l’auditeur. Grâce à une prestation pleine de finesse qui ne manque de feeling, il est difficile de ne pas se laisser emporter par cet album qui distille un groove chaleureux.
Gilles Blampain

Clutch
Songs Of Much Gravity....
1993-2001

Genre musical: Stoner-rock
Label : HNE Recordings
Distributeur :
Cherry Red Records    

Sont gonflés les Cherry Red : Clutch… Hey, c’est pas de l’archive ! Et pourtant si, et le quarantenaire se prend une torgnole salutaire : oui, le premier album de Clutch est sorti en 1991, il y a donc trente ans. Et tous ces albums des années 1990 sont désormais difficiles à trouver, même sortis en CD. Alors il était urgent de les ressortir dans un joli petit coffret, ce qu’a fait Cherry Red. Mais reprenons. Clutch est un groupe de stoner-rock né au pays des pionniers du doom-metal : le Maryland aux Etats-Unis. Clutch, c’est une histoire de copains, toujours ensemble en 2021 : Tim Sult à la guitare, Neil Fallon au chant, Jean-Paul Gaster à la batterie, Dan Maines à la basse. Depuis Earth Rocker en 2013, Clutch est devenu une mini-légende du stoner-rock, attirant un public assez large à ses concerts, comme le faisait les Eagles Of Death-Metal, ou encore les Queens Of The Stone Age. Leur côté décontracté sur scène contrebalance une musique riche et féroce. La figure de proue est assurément Neil Fallon, le physique épais, la barbe tout autant, des tatouages débordant sous les manches de ses tee-shirts de groupes heavy cultes : Pentagram, Black Sabbath, The Obsessed, Black Flag… Fondé en 1990 à Germantown, dans le Maryland donc, Clutch publie un premier album mêlant heavy-metal traditionnel des années 1970 et punk hardcore issu du même secteur (Black Flag, Bad Brains). Le premier album nommé Transnational Speedway League : Anthems, Anecdotes, And Undeniable Truths sort en 1993, et présente cette mixture, toutefois mal aboutie. Elle trouve son premier aboutissement avec le disque suivant : Clutch en 1995. Brutalement, on passe directement à l’album Pure Rock Fury de 2001, mais il y a une explication : Clutch sortit chez Atlantic, tout comme Pure Rock Fury. The Elephant Riders de 1998 fut publié chez Columbia, Jam Room en 2000 chez Spitfire. Il y a donc un trou embêtant dans la raquette, mais la discographie de Clutch est aussi riche que complexe. Un quatrième disque réunit les différents simples et maxis de cette époque, et chaque album est accompagné de la reproduction de son livret CD original. La musique y est encore maladroite par moments, mais leurs intentions sont louables. Les disques à venir sont déjà en germe, et le talent est déjà là.
Julien Deléglise

Dexter Allen
Keep Moving On

Genre musical: Blues soul
Label : Endless Blues records
Distributeur :
Amazon, iTunes    

Aller de l’avant ! Si l’on veut que les choses s’améliorent est le sujet du titre éponyme de cet album ‘Keep Moving On’ qui ouvre la voie aux onze chansons de ce disque. C’est apparemment le cap que s’est fixé cet artiste qui a débuté à l’âge de douze ans en tant que bassiste dans le groupe de gospel de ses parents et qui, bien plus tard, s’est retrouvé en tant que guitariste dans l’orchestre de son ami Bobby Rush. Bien sûr, ne serait ce que ces expériences, vous forgent une structure solide quand vous décidez de voler de vos propres ailes, surtout quand vous êtes équipé d’une voix modulable à souhait et gorgée de feeling (il a reçu un Jackson Award en 2008 pour le chanteur masculin de l’année - année de son premier album). L’homme assure quasiment toutes les parties de guitare et de basse. A noter qu’il touche aussi pas mal aux claviers et qu’il a écrit et produit cet album. La soul est un de ses crédos favoris, sa voix est faîte pour et son toucher de guitare à la BB King agrémente son autre facette, le blues ce qui nous donne au final une œuvre pas franchement blues, mais pas franchement soul non plus. Un très agréable mélange des deux styles savamment dosés pour autoriser l’auditeur à se laisser embarquer sans résistance dans la découverte attentive de la touche Dexter Allen. Si Mick Kolassa l’a pris sur son label, ce ne peut être qu’un gage de qualité.
César

Donna Herula
Bang At The Door

Genre musical: Blues acoustique et varié
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CDBaby
    

Donna Herula est professeur de guitare à la Old Town School of Folk Music de Chicago, où elle enseigne le fingerstyle et la slide guitar. Elle possède donc une réelle maîtrise de la technique. Pour ce troisième album à son actif elle est au chant et à la guitare à résonateur (National Steel Triolian, National Steel Tricone, National ResoRocket), la manière dont elle se sert de son instrument est brillante et sa voix est forte et agréable. Selon les titres elle est accompagnée par FJ Ventre à la contrebasse, Jon Shain à la mandoline, Tony Nardiello à la guitare, Doug Hammer au piano, Dana Thalheimer à la batterie, Tony Pons à la trompette, Bill Newton à l'harmonica et la violoniste Anne Harris ainsi que le pianiste Daryl Davis. L’album enregistré au Good Luck Studio à Chapel Hill, en Caroline du Nord présente onze chansons originales et trois reprises de choix (‘Fixin’ To Die’ de Bukka White, ‘Jackson’ de Lucinda Williams, ‘The Soul Of A Man’ de Blind Willie Johnson). Donna Herula couvre une large variété musicale allant du gospel au jazz en passant par de nombreux styles de blues et ragtime comme on les jouait il y a quelques décennies à New Orleans, dans le Delta, à Chicago, dans le Piedmont ou le Mississippi. Une bien agréable virée sonore.
Gilles Blampain

Ismo Haavisto, Andres Roots, Matias Partanen
Tribute To Elmore

Genre musical: Blues endiablé
Label : Roots Art records
Distributeur : https://andresroots.bandcamp.com/merch
    

Le grand Elmore James est né en 1918 et pour fêter le centenaire de sa naissance, trois vieux complices se sont acoquinés pour donner une série de concerts, c’était donc en 2018 et fort heureusement les types se sont décidés à immortaliser ces rencontres sur un CD qui ne comporte, hélas, que cinq titres d’une intensité rare. Les musiciens donnent tout, comme si leur vie en dépendait. Deux Finnois, Ismo Haavisto au chant, à la guitare et à l’harmonica, Matias Partanen à la batterie et un Estonien en la personne du guitariste et merveilleux slideur Andres Roots. La prise de son (Heino Maripuu) est brute de décoffrage et a une grande importance dans le rendu de la chaleur qui devait régner ce 4 août 2018 lors du Augustibluus festival en Estonie, le millier de spectateurs semblant en transe et c’est ainsi que s’enchaînent ‘Dust My Broom’, ‘Hawaiian Boogie’ le seul des cinq titres qui est instrumental, les autres étant chantés avec une voix puissante et investie ‘One Way Out’, ‘Look On Yonder Wall’ et l’inévitable ‘Shake Your Money Maker’ où le public est en délire. Voilà un CD qui donne envie de bouger, qui regonfle les batteries et qui nous aide à sortir de la torpeur, assurément une très bonne médecine.
César

Jerry T. & The Black Alligators
Where Is The Meat ?

Genre musical: Frenchy blues énergique
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.jerrytandtheblackalligators.com    

Prenez un Jerry T, sa guitare et sa voix en 2014, l’année du Big Bang. Mettez-les au contact de musiciens impétueux et biberonnés au blues-rock des meilleurs jours. Branchez l’ensemble sur des amplis incandescents à la croisée des boulevards, au fond des troquets enfiévrés, puis sur les scènes des festivals d’été. Déglacez les talents et portez l’appareil à feu vif au Studio de la Chine dans le 20ème arrondissement de Paris : à la fin vous obtenez les Black Alligators en forme olympique et une rondelle d’exception qui sort du four début juin 2021, avec treize titres porte-bonheur. On y trouve l’arc-en-ciel complet de la musique qui décape les âmes et ennoblit les cœurs, entre blues pur, parfois dur, rock’n’roll baraqué et chanson americana séraphique à souhait. Attisés par la rythmique intraitable du batteur Fabien Maraget et du bassiste Nico Hostiou, le bien-nommé JP Harmo, le saxophoniste Mr Eric Jemm’s et Jerry T. enchaînent couplets, refrains et solos avec une maestria gargantuesque. Trois invités de marque sont de la fête, Stéphane Avellaneda, Ronan OneManBand et l’incontournable Michaal Benjelloun qui assure la réalisation du disque. Les compositions s’avèrent soignées, précises et colorées, abordant les multiples facettes de nos vies, en langue anglaise mais d’une voix ferme, avec la délicieuse french touch dans le phrasé qui rend encore plus attachant cet album original. Quelques diamants frappent les esprits, comme ‘Lazy Woman’ tout droit sorti de Chicago, nappé d’orgue et vaporisé à chaud par la six-câbles du patron, charnue et solaire à la fois ; ‘Down The Road I Go’ et sa brutalité muselée, en hélicoïdes électriques et lâchers de gros son au lance-flamme ; ‘Where Is The Meat’ et ses teintes saturées, ferreuses, diablement enivrantes. Partout s’entremêlent les instruments avec finesse et virtuosité pour créer sur chaque plage un univers aux tonalités puissantes. Ça s’appelle l’art de la symbiose quel que soit le tempo, morceau à charpente métallique ou complainte langoureuse. Un Bluesagain d’or est décerné à l’étonnante reprise de ‘La Musique Que J’Aime’, la giga-célèbre chanson signée Mallory-Hallyday, traduite mot à mot en langue de Johnny Cash, un sacré pari, qui prend des allures de joyau universel sous la houlette d’un Jerry authentique et renversant de sobriété dans l’interprétation de ce beulouze repeint en splendeur. Les Alligators Noirs se demandent ‘Où Est La Viande ?’ : qu’ils soient rassurés, un festin de ouf les attend dans les bacs !
Max Mercier

Joharpo
Songs From The Roots

Genre musical: Folk
Label :AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.joharpo.com/songs     

Les racines en questions plongent profondément dans la folk music US, approchant le blues, abordant parfois des rivages country. Jonathan Callet est au chant à la guitare, au banjo et à l’harmonica, Eliott Baptiste joue de la guitare et de la basse et Joël Dalla-Vecchia donne le tempo en tapant sur les fûts de sa batterie ou sur une caisse en bois. David Laurent, compagnon de route, est venu donné un coup de main sur 3 titres à la batterie et pour siffler. Les initiés reconnaitront les patronymes des trois musiciens qui se produisaient sous le nom de Texako, unis par 20 ans de scène et d’amitié. Ce changement de nom signale une inflexion du projet musical. Le trio redessinant les contours d’une certaine tradition dans un univers qui lui est propre interprète 13 chansons originales composées par Jonathan Callet dont une en collaboration avec Eliott Baptiste. Des textes inspirés par des tribulations à Chicago, à Austin ou en Arizona. Les trois de Joharpo installent avec brio différentes atmosphères. L’ambiance invite par moments à la nostalgie, mais la tonalité musicale parsemée de petites pastilles de gaité est dans l’ensemble plutôt chaleureuse. Chanteur à la voix profonde et virile Jonathan Callet sait varier les nuances d’un titre à l’autre avec une égale maestria. L’expressivité et la qualité de jeu sont lumineuses. Enregistré en deux jours dans la spontanéité du live l’ensemble possède une réelle vitalité.
Gilles Blampain

Kelly's Lot
Where And When

Genre musical: Blues acoustique
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
COBRASIDE     

L’univers sonore du groupe n’est jamais figé, il va selon les inspirations du moment du blues au folk, des rythmes latinos au rock, des airs cajuns aux mélodies irlandaises. Et nous sommes toujours agréablement surpris. Cette fois-ci le focus est sur le blues. On peut dire que Kelly’s Lot c’est avant tout Kelly Zirbes au chant et Perry Robertson à la guitare piliers indéboulonnables du band. Si de nombreux musiciens se sont succédés au fil des 27 années d’existence de la formation, dans la configuration actuelle on trouve Doug Pettibone à la guitare et David Grover à la contrebasse. L’album présente 11 chansons, 6 sont signées Zirbes-Robertson, les 5 autres sont des reprises de Howlin’ Wolf ‘Somebody In My Home’, ‘Nature’, Lovie Austin ‘Jealous Hearted Blues’, Robert Johnson ‘Stones In My Passway’ et Ma Rainey ‘Black Eye Blues’. L’enregistrement s’est fait à l’ancienne, en cercle et en direct sur bande. Comme toujours le chant de Kelly Zirbes est prenant et plein de ferveur et Perry Robertson et Doug Pettibone aux guitares ne sont pas de simples accompagnateurs, ils ont un jeu où s’entremêlent dextérité, subtilité et dynamisme. La simplicité de la formation et la prestation acoustique mettent en valeur la finesse et le charme de chaque composition.
Gilles Blampain

Margo Corto
Inside

Genre musical: Folk pop 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
https://margocorto.bandcamp.com/releases

Inside, ce sont les débuts de cette autrice-compositrice. Avec cet EP 5 titres, de suite, nous sommes immédiatement séduits par l'intimité qui enveloppe ces chansons. Bien que résidente parisienne, Margo a choisi d'exprimer sa mélancolie en langue anglaise. Margo a la passion du dessin et des arts visuels, et cela s'entend, puisque le noir et blanc, le clair-obscur sont les tons d'un titre comme 'Let You Go', chanté avec Léo Aniaba, l'arrangeur, batteur, flûtiste de ce disque, et qui nous ramène, par ses contrastes, à des duos plus célèbres, Hazlewood-Sinatra ou Lanegan-Campbell, ombres et lumières... Pour la première fois, Fip dernièrement, a diffusé 'Inside'... On reparlera donc très bientôt de Margo Corto.
Juan Marquez-Léon

Maria Muldaur with Tuba Skinny
Let’s Get Happy Together

Genre musical: New Orleans trad 
Label : STONY PLAIN
Distributeur :
AMAZON

Avec son catalogue d’enregistrement long comme le bras et son surnom de ‘The First Lady Of Roots Music’ on ne présente plus Maria Muldaur aux amateurs de folk-blues. Quand elle découvre la musique de Tuba Skinny, elle se dit que ce groupe ne joue pas seulement un superbe répertoire de chansons cools avec habileté et authenticité, mais qu’il canalise d'une manière ou d'une autre l'atmosphère et les vibrations mêmes d’une époque révolue. Tuba Skinny joue depuis 2009 un jazz New Orleans vernaculaire avec tuba, trombone, cornet, banjo ténor, guitares, washboard, clarinette. En janvier 2020, Maria Muldaur demande à Tuba Skinny de collaborer à une performance de démonstration pour la conférence internationale de l'Alliance Folk à la Nouvelle-Orléans. L’accueil est si chaleureux que l’idée d’un album s’impose immédiatement et voilà Let’s Get Happy Together qui tient bien la promesse de son titre de réjouissance partagée. Une douzaine de chansons crées dans les années 1920 et 1930. Des airs joyeux et dansants gravés en leur temps par Duke Ellington, Valaida ‘Queen of the Trumpet’ Snow, les Boswell Sisters, Dorothy Lamour, Frankie Jaxon… Un savoureux flashback d’une centaine d’années.
Gilles Blampain

Michele Biondi
Down By The River

Genre musical: Delta blues, blues-rock
Label :
Il Popolo Del Blues
Distributeur :
Audioglobe     

L’empreinte familiale est souvent un détonateur émotionnel et culturel dans la vie de quiconque, Michele Biondi n’y échappe pas. Ses grands-parents, multi-instrumentistes, l’entrainent très jeune dans cet univers musical. On imagine aisément les repas dominicaux se terminant en concert improvisé. Né dans une Italie traditionnelle, en Toscane non loin de Pise, le blues n’est pas d’une transmission génétique directe. Pourtant Michele franchit le Rubicon et fait ses premières armes à la guitare dès 14 ans. A 19 ans, il entame des études de chant auprès de l’américain Bruce Borrini. S’enchainent rapidement les groupes et la scène qui le mèneront à se rendre aux States, Mississippi, où il fera une rencontre déterminante pour la suite de sa jeune carrière de bluesman. Il est présenté à Ray Cashman, chanteur de blues Texan et à Stan Street, harmoniciste reconnu. S’en suivent une collaboration et une tournée. En 2017 Cotton & Moonshine, son deuxième album, fait une sortie remarquée en Europe et outre-Atlantique pour son approche traditionnelle du blues. Avec ce troisième cercle, Down By The River, sorti en début d’année sous le label italien Il Popolo Del Blues, notre bluesy-cousin signe dix titres, soutenu par Giovanni Grasso à la basse et Antonio Marchesani à la batterie. Les ombres de Muddy Waters et Robert Johnson planent sur cet opus. Doté d’un jeu et d’un touché de cordes délicats, Michele distille une douce émotion. Des morceaux comme ’The Jail’, ‘No Regrets’ et ‘Angel Of The City’ en sont l’illustration. ‘Moving To Texas’ est dans les gènes de SRV, un ternaire au rythme rapide et entrainant. ’Down By The River’ entame avec force cette galette et résonne comme un hymne au blues suivi de ‘Lonely And Lost’ au chant soutenu et puissant. ‘Too Much Weight’, morceau blues-rock, avec une rythmique funky et solo tranchant, se démarque par une note typée nord-américaine/canadienne. On notera au déroulé de l’écoute des touches à la Johnny Winter, par de grands slides, et du BB King et sa redoutable blue note. Il en ressort une certaine élégance à l’italienne, une manière unique de marier les mots aux notes. Michele confirme indéniablement ses talents de songwriter et de guitariste, à l’aise aussi bien à l’électrique qu’à l’acoustique, maniant le Dobro ainsi que le bottleneck avec justesse. Un album réussi et attachant, assemblant les couleurs aux sons, tout en proposant une alternance de blues traditionnel, de country-folk et de blues-rock. Italie… magnifique, surprenante ; Essere in gamba…
Nine Girard  

Missri
Vogue La Galère

Genre musical: Folk, rock...
Label : Juste Une Trace
Distributeur :
SOCADISC    

Il a joué sur de nombreuses scènes avec un grand nombre de musiciens, mais cela a toujours été dans l’ombre du leader ou immergé dans la solidarité d’un groupe. C’est donc la première fois en 30 ans que Stéphane Missri s’approprie un premier rôle. Il chante, joue de la guitare et du banjo. Superbement entouré, il est accompagné par Paul Susen au fiddle ou au violon alto, Christian Poidevin aux guitares et à l’harmonica, Jean-Marie Daviaud à la mandoline, Marten Ingle à la contrebasse et Marty Vickers à la batterie. L’album présente 11 compositions originales signées Missri, navigant entre folk, bluegrass, rock. Jeux de mots, jeux de notes. Sur des rythmes nerveux ou de tranquilles ballades avec des textes bien écrits ça parle de la vie, de l’amour, des potes, de rêves Un enregistrement plein de verve et de sonorités joyeuses. Avec brio et un bon feeling la touche est personnelle, le style est clair et fluide et offre une très belle sonorité. Mélodies et orchestrations font naître des ambiances festives ou mélancoliques auxquelles il est impossible de rester indifférent. S’il n’y avait pas d’antinomie avec l’expression francophone on pourrait définir son style comme Americana. Le résultat est très convaincant. Un enregistrement riche de différentes saveurs qui s’écoute vraiment avec beaucoup de plaisir.
Gilles Blampain

Rob Stone - Elena Kato - Hiroshi Eguchi
Trio In Tokyo

Genre musical: Blues acoustique
Label : Blue Heart records
Distributeur :
iTunes, Amazon     

Rob Stone qui a grandi à Boston a appris des maîtres de Chicago comme Jerry Portnoy, Sleepy LaBeef et Sam Lay. En s’installant à Los Angeles a il combiné la tradition du blues de Chicago avec une rythmique swing West coast. Mais pour cet album il s'est éloigné du blues électrique privilégiant la prestation d'un trio acoustique dépouillé. L’enregistrement s’est fait à Tokyo que Rob Stone connaît bien grâce aux concerts qu’il a donné au Japon au fil d’une douzaine d’années. Ses deux compagnons ne sont pas des novices, Hiroshi Eguchi a passé près de quinze ans à jouer de la basse sur la scène de Chicago, derrière Mavis Staples, Sugar Blue ou Carlos Johnson. La pianiste Elena Kato dirige son propre groupe à Tokyo mais a fait un séjour prolongé à la Nouvelle-Orléans pour élargir ses influences et d'approfondir son amour du jazz, du blues et du rhythm and blues. Un piano, une basse, un harmonica et bien sûr une voix. C’est simple, presque épuré, mais tout est là. Le trio acoustique reprend des airs des années 1940 et 1950, une dizaine de chansons créées par Big Jay McNeely, Amos Milburn, Solomon Burke, Ray Charles, Johnny Ace ou Louis Jordan, ‘No Money’, ‘Got To Get You Off My Mind’, ‘Poison Ivy’, ‘There Is Something On Your Mind’… Un album plein de charme, au style efficace et vraiment plaisant à écouter.
Gilles Blampain

Sam Player Shoot Again
Our King Albert


Genre musical: Soul-blues
Label : FIVE FISHES
Distributeur : SOCADISC

En 2018 leur hommage était pour Freddie King, cette fois c’est à Albert que les gars de Same Player Shoot Again tirent un coup de chapeau. Le band est animé par Romain Roussoulière à la guitare, Max Darmon à la basse, Steve Belmont à la batterie, Vincent Vella au chant et Florian Robin aux claviers, Jérôme Cornelis et Loïc Gayot sont aux saxophones, l’un à l’alto et l’autre au ténor. Inutile de parler de la dextérité et de la distinction des protagonistes, ils sont au top. Ils reprennent 14 titres joués par Albert, à la manière d’Albert, et pas forcément les plus connus mais le géant gaucher est plutôt bien honoré. L’album a été enregistré à Meudon mais on retrouve le son de Memphis. L’ambiance générale renvoie des échos de Stax. Le band fait dans le raffinement musical avec une petite merveille de soul-blues, alliant voix de velours et accompagnement tonique. Un charme unique, un vrai régal ! Une voix chaude et colorée, un beat bien marqué, le velouté de l’orgue et des riffs de guitare énergiques enveloppés dans des envolées de saxophones chaleureuses affirment un feeling d’enfer et envoient de bonnes vibrations. Tout est bordé et la production ne prête pas le flanc à la critique. Un disque séduisant qui s’écoute avec délectation. Un vrai moment de bonheur qui s’étire sur 64 minutes.
Gilles Blampain




The Black Keys
Delta Kream

Genre musical: Blues profond
Label : NONESUCH
Distributeur : WARNER MUSIC

En 1993, nous étions nombreux, enfin c'est mon cas, à découvrir au travers de la compilation Deep Blues de Dave Stewart (oui, celui des Eurythmics !) sur le label Anxious Records, et bande originale du documentaire Deep Blues : A Musical Pilgrimage To The Crossroads (Robert Palmer. Robert Mugge) une forme de blues jusque-là inconnu.  Un blues primitif, au rythme marqué, proche de celui de John Lee Hooker, ou de Fred McDowell, avec en plus une influence amérindienne plus présente, le rendant ainsi plus hypnotique, répétitif, voire dansant. Deux musiciens surtout, retinrent notre attention. Robert Lee Burnside (1926-2005) et David Kimbrough Jr. (1930-1998). On découvrit ainsi qu'à Chulahoma (Renard roux en langue Chickasaw !), Mississippi, il y avait des vieux briscards qui jouaient encore ce type de blues toutes les semaines dans un rade appartenant à Kimbrough, nommé le Junior's Place. Ces concerts attirèrent une foule de curieux, amateurs de blues, jusqu'à U2, The Rolling Stones ou Iggy Pop, tous pressés de découvrir en live cette forme de musique que l'on nomme The North Mississippi Hill Country Blues... et puis il y eu le label Fat Possum Records et les enregistrements de RL Burnside avec le John Spencer Blues Explosion, d'autres musiciens aussi, comme T. Model Ford ou Robert Belfour. Les fans de rockabilly découvrirent même que Junior Kimbrough était un proche de Charlie Feathers, qu'il avait même enregistré avec lui. Ces musiciens entamèrent au soir de leur vie une nouvelle carrière avec un succès certain. Et puis il y eu vers 2001, le duo The Black Keys. Tout aussi fasciné par ce type de blues, Dan Auerbach et Patrick Carney le célébreront jusqu'en 2008, tout en y apportant une touche garage rock, allant même jusqu'à sortir sur Fat Possum en 2006 un mini album nommé Chulahoma, The Songs Of Junior Kimbrough. Et puis vint le succès interplanétaire avec Brothers en 2008, puis l'exploration d'autres territoires, plus proches de la pop, de la soul, ou du psychédélisme. Et enfin, aujourd'hui, Delta Kream, ce retour inattendu vers le blues le plus primitif. Cet album a été enregistré à la va-vite, et sans répétitions aucunes, une prise par titre, parce qu'il restait 2 jours dans le planning des deux invités suite à l'enregistrement du dernier Robert Finley dans le studio Easy Eye Sound de Dan Auerbach. Ces invités, le guitariste Kenny Brown et le bassiste Eric Deaton, tous les deux ayant déjà accompagnés RL Burnside dans le passé, contribuent fortement à la réussite de ce disque. Des reprises de John Lee Hooker, Fred McDowell, Ranie Burnette, Big Joe Williams et surtout de Burnside et Kimbrough constituent le track listing. Certains titres vous feront vous lever irrésistiblement, taper du pied comme un damné. Le son est énorme, ça joue dru et parfois on frôle la transe. Je parie une bouteille de whiskey que cet album fera date. Que ceux qui se lamentaient d'avoir perdu leur Black Keys d’antan, période Rubber Factory (2004), se rassurent, le groupe est revenu à son premier amour : Le Blues.
Juan Marquez-Léon

The Reverend Shawn Amos
The Cause Of It All

Genre musical: Blues dépouillé  
Label : Put Together Music
Distributeur : BANDCAMP

Deux musiciens, pas plus. Le son est lourd, envoûtant, puissant, c’est sobre, élémentaire, presque austère mais vraiment percutant. The Reverend Shaw Amos annonce la couleur : « Je voulais ramener une spontanéité perdue ». En compagnie du guitariste Chris ‘Doctor’ Roberts, il joue un blues brut, débridé, sans fioritures de style pour aller directement à l’essentiel. Ils reprennent avec une évidente simplicité des standards et des titres moins connus, des chefs-d'œuvre de Willie Dixon, Muddy Waters, John Lee Hooker, Howlin’ Wolf et Little Walter :  ‘Spoonful’, ‘Serve Me Right To Suffer’, ‘I’m Ready’, ‘Baby Please Don’t Go’, ‘Hoochie Coochie Man’… Un son de guitare clair ou saturé, un harmonica lancinant, une voix grave, et tout est dit. L’atmosphère est au spleen, les repères s’embrument, on imagine les porches branlants et les arrière-salles enfumées dans lesquelles ces chansons sont nées. Au gré des titres, le chant s’emballe, suffoque, explose puis se pose. L’âme du blues est là, à travers son interprétation Shawn Amos donne une nouvelle dimension à ces titres mille fois entendus et fait naître une certaine intemporalité. L’ensemble ne manque pas de relief et l’album est assez intense. Un hommage ensorceleur aux maîtres un blues.
Gilles Blampain