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11/19
Chroniques CD du mois Interview: NICO CHONA Livres & Publications
Portrait: SUGAR PIE DESANTO Interview: YELLOW DOGS Dossier: ANN ARBOR 1969
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

JUILLET - AOUT 2019

Billy Branch & The Sons Of Blues
Roots And Branches – The Songs Of Little Walter

Genre musical: Grand blues
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC     

Billy Branch, harmoniciste émérite de l’académie de Chicago, décide de rendre hommage à Little Walter en y glissant, selon ses déclarations, des « éléments de soul, de funk, et même une touche gospel ». Il a bien raison. Plus que n’importe quel autre genre, le blues est là pour être remodelé, si ce n’est que la touche gospel manque à l’appel. En revanche la touche jazz, non mentionnée par l’harmoniciste, est bel et bien au rendez-vous. Bon, qu’est-ce qui ne va pas ? Rien, rien, tout va très bien, c’est un excellent disque de blues, maîtrisé, sûr de son fait, sans peur et sans reproches. Arrête, tu as un os coincé dans le gosier. OK. Prenons le premier titre, ‘Nobody But You’. Première surprise : le piano. Le jazz de Walter ne sortait pas d’un bastringue mais, curieusement, d’une prémonition de rock’n’roll. Ensuite, la basse électrique. Elle arrondit beaucoup la dynamique des morceaux, la rend moins brutale et moins famélique. Et puis le grain de la voix. Billy Branch chante mieux que Walter, mais c’est la voix granitée de l’original qu’on a dans l’oreille. L’écho rockabilly que Walter obtenait en tentant de psychédéliser avant l’heure la manière de Chicago, Billy Branch a bien pris garde de s’y frotter. Il a bien fait de ne pas s’emparer d’une empreinte pareille, c’eût été sans doute un peu comme piller un cercueil, comme il a bien fait de prendre quelques tangentes face à des monuments comme ‘My Babe’. Mais personne, fût-ce un type du calibre de Billy Branch, ne peut tenir la comparaison avec Walter, dont même les défauts sont devenus des marques de fabrique. Oublier Walter, laisse tomber. C’est dommage parce que, si on parvient à faire abstraction de cette ombre tutélaire, on se rend compte qu’on écoute un album nickel, servi par la fleur de Chicago, ceux des Sons Of Blues : Sumato Ariyoshi au piano, Giles Corey à la guitare, Marvin Little à la basse, Andrew Thomas à la batterie. Mais ce qui sépare Little Walter de Billy Branch, et ce dernier n’y est pour rien sinon la gageure de s’attaquer à l’œuvre du premier, c’est ce qui sépare la magie de la qualité, c’est comme passer d’un noir et blanc glamour et mystérieux à une palette plus douce, plus rationnelle, dont les couleurs ronronnent un peu.
Christian Casoni

Chicken Shack
Forty Blue Fingers, Freshly Packed And Ready To Serve
OK Ken?
100 Ton Chicken

 

Genre musical: Blues - Rock
Label : Talking Elephant Records
Distributeur : Talking Elephant Records

Le blues anglais a laissé quelques épaves au bord de la route. Si certaines ont cette patine charmante du temps d'autrefois, d'autres nous font regretter que le temps les ait oubliées. Tous les groupes n'avaient pas le niveau des Bluesbreakers avec Eric Clapton, ou du Fleetwood Mac originel avec Peter Green, mais certains d'entre eux étaient de cette trempe. On peut citer Savoy Brown, mais aussi Chicken Shack. Ils ont en commun de poursuivre leur carrière discrètement, allant inlassablement de club en club pour jouer leur blues teigneux. Le guitariste Stan Webb, fondateur de Chicken Shack continue de faire résonner sa Gibson Les Paul en Grande-Bretagne et en Allemagne, coassant ses vieux classiques passés et quelques belles scies blues magnifiquement malaxées. Si la discographie de Chicken Shack fut régulièrement rééditée, il y a bien longtemps que les premiers albums de l'époque Blue Horizon n'ont pas bénéficié d'un petit traitement de faveur. Talking Elephant a réédité les trois premiers, avec une remasterisation magnifique qui met enfin en valeur l'incroyable densité sonore des quatre musiciens. Les livrets sont un peu minces, mais le travail sur les bandes mérite à lui seul l'achat. Je suis parfois passé à côté de ces disques qui me parurent trop scolaires. Je les redécouvre avec toute la force qui était celle des enregistrements d'origine. Les deux premiers albums ont inscrit Chicken Shack dans la petite légende du blues. Le quatuor compte en ses rangs une femme au chant et au piano, la très talentueuse Christine Perfect, parfait alter-ego au fantasque Stan Webb. S’ils comptent plusieurs reprises, le songwriting de Webb et Perfect s'affiche déjà avec des morceaux comme 'When The Train Come Back' ou 'Webbed Feet'. OK Ken ? offre quelques pièces qui vont définir une formule musicale à elle toute seule : le boogie. Status Quo, alors en rupture de psychédélisme, et qui assure la première partie du Shack en 1969, retiendra la leçon. Des morceaux comme 'Tell Me' sont de superbes exemples. Le disque est parcouru par le sens de l'humour irrépressible de Webb. Forty Blue Fingers et OK Ken ? intègrent le Top 10 anglais, et le titre 'I'd Rather Go Blind' devient un simple à succès. Pourtant, Christine Perfect, décide à ce moment-même de quitter le navire pour se consacrer à sa vie d'épouse du bassiste de Fleetwood Mac : John MacVie. Elle en reviendra bien vite, mais pas dans le Shack. Webb embauche Paul Raymond au piano, musicien compétent mais peu prolifique en terme de compositions. 100 Ton Chicken se montre plus rock, s'ouvre à des mélodies pop, mais n'a pas la hargne de ses deux prédécesseurs, à l'exception de quelques morceaux comme 'Weekend Love' ou 'The Way It Is'. Led Zeppelin est passé par là, et a assommé la concurrence. Webb va persévérer, encore et encore, et va produire, très régulièrement, de beaux miracles sonores sur cire dont personne n'a idée.
Julien Deléglise

Flyin' Saucers Gumbo Spécial
Nothin' But

 

Genre musical: Epicé 
Label : QUART DE LUNE
Distributeur : L'AUTRE DISTRIBUTION

Le band continue sur sa lancée et on ne s’en lasse pas. Plus qu’un album conventionnel cette nouvelle production est un cocktail de musiques aux saveurs des plus excitantes. Le genre de truc qui affole les tympans. Une baffe qui laisse l’auditeur étourdi mais heureux. La tonalité générale est à la fête, à la décontraction, c’est une explosion où se mêlent zydeco, blues, rock, swamp, funk, rythmes exotiques. L’originalité est une fois encore au rendez-vous, c’est vibrionnant, joyeux, un vrai kaléidoscope musical qui ne laissera personne indifférent. Rien que la lecture de quelques titres révèle l’ambiance générale : ‘Zydeco Train’, ‘Nothin’ But A Party’, ‘Keep On Hoping’, ‘Gonna Roll’… Les musiciens font tout à la fois preuve de virtuosité, de nuances et de puissance, on sent que le plaisir de jouer est évident, tout est interprété avec aisance et élégance, et c’est peu dire que le résultat est excellent. Les sens sont en éveil, tempos trépidants, gimmicks envoûtants ou riffs hypnotiques font émerger une grande énergie ou distillent une certaine volupté. Le son est clair, il y a du moelleux et du croustillant, l’ambiance est chaleureuse, les voix sont agréables et on se laisse bercer avec plaisir d’un titre à l’autre. Les invités de marque conviés à cette fête se nomment Mathieu Tarot à la trompette et Jean Baptiste Tarot aux saxophones et Benoît Blue Boy à l’harmonica et aux chœurs. En 55 minutes le CD déroule sans temps mort 12 compositions originales et une reprise de Huey Smith ‘High Blood Pressure’. Un enregistrement haut de gamme qui procure une ivresse et une frénésie qui mettent en joie.
Gilles Blampain

Hypnotic Wheels
Muddy Gurdy

 

 

Genre musical: Folk blues 
Label : VizzTone
Distributeur : Amazon, Chantilly Negra, iTunes

Muddy Gurdy (jeu de mot sur « muddy », boueux et « hurdy gurdy », vielle à roue, soit « vielle boueuse ») est sans conteste le projet gonflé de l’année. Quand trois musiciens auvergnats confirmés décident de promouvoir un instrument de musique traditionnelle millénaire, ils ne font pas les choses à moitié et traversent l’Atlantique à la rencontre des fiers descendants des légendes du North Mississippi Hill Country blues, héritiers des légendes du blunk : Cedric Burnside et Cameron Kimbrough en figures de proue, ou  Pat Thomas et Shardé Turner, tous enfants ou petits-enfants de… Enregistré dans des conditions quasi live en différents endroits, porche de maison, cabane en bois poussiéreuse ou au Club Ebony de BB King, Muddy Gurdy établit un pont entre les musiques trad du centre-France, souvent à base d’un accord ou deux et le blues des Hill Country, leur homologue ricain en quelque sorte. Point de lead guitare râpeuse et rugueuse ici, mais la vielle à roue de Gilles Chabenat donc, pour réinterpréter de fameux standards du blues du Mississippi : ‘Goin’Down South’, ‘Shake’em On Down’, ‘Rollin’And Tumblin’ et les autres chansons sortent transfigurées de cet exercice. Les compositions originales sont déplacées vers des territoires plus acoustiques, paisibles. Quand l’Auvergnat rajoute de l’Americana au blues des Hill Country, en quelque sorte. Ce projet à haute prise de risque, comme le confie Gilles Chabenat en introduction de l’excellent documentaire sur sa genèse (à voir sur www.hypnotic-wheels.com), débouche sur un album magnifique, à la fois terrien dans les compositions, enracinées dans la torpeur et l’humidité du Mississippi, et aérien par la grâce des sonorités particulières de la vielle, et du chant de Tia Gouttebel ou Shardé Turner-Thomas sur certains morceaux. Achat immédiat requis. Sorti en 2018 ce disque s’est vu décerner le Coup de Cœur de l’Académie Charles Cros.
Laurent Lacoste

Karim Albert Kook
Il Etait Un Voyage

 

Genre musical: Blues sans frontières
Label : DIXIEFROG
Distributeur : PIAS

Voici un disque assez unique dans le paysage du blues international. Parce que tout d'abord il est chanté en français, ensuite parce qu'il nous emmène d’Hussein Dey (Algérie) à Barbès (Paris) en passant par la Louisiane. Un blues lourd, puissant, à l'instar du chant de Karim, cet 'Inspiration Point', ou parfois aérien, 'Hoggar', ce massif montagneux au cœur du Sahara, et où semble flotter au-dessus, la trompette de Miles Davis (magnifique Patrick Artero). 'Près De Toi' donne l'occasion aux harmonicistes (Xavier Laune et Édouard Bineau) de s'éclater ; et toujours cette trompette qui décroche un superbe solo. 'Trop Tard' est un réquisitoire sur l'impossibilité des Hommes à vivre ensemble et en paix. Karim n'oublie pas ses origines, son lointain pays, puisqu'ici où là on entend souvent le oud (Taoufik Bargoud) et le vent du désert. A mi-chemin du voyage, faire une halte à la Nouvelle Orléans avec 'Karma'. Et puis, c'est l'occasion ici de rappeler l'importance de l'influence des Native Americans dans la lente construction de cette musique qu'on aime tous. Preuve en est donnée dans cet album. C'est flagrant dans 'Nevada's Mood', même si c'est surtout le Maghreb qui y est invité, ce sont bien des chants amérindiens que l'on perçoit sur la fin, ce titre d'ailleurs ouvre et ferme le disque. 'Si J'oublie' est posé sur un rythme typiquement Cheyenne ou Apache, tandis que dans 'Faut Que J'me Tire Ailleurs', ces valeureux guerriers ont décoché les guitares électriques. Sinon ce titre doit rappeler à beaucoup d'entre vous une certaine chanson des 80's... c'est une reprise effectivement du célèbre titre de Bill Deraime, ici présent ! Autre reprise, l'éternel 'Travailler C'est Trop Dur' de Zacchary Richard. Karim Albert Kook installe tranquillement sa personnalité dans le paysage du blues international, il a ouvert pour des gens comme BB King, Albert Collins, Luther Allison, Popa Chubby. C'est son 4ème disque. Celui-ci est dédié à Guy l'Américain du label Dixiefrog. A ranger donc à côté des Benoît Blue Boy, Verbeke, Deraime, Personne, etc... Il faut sauver le blues en français ! 
Juan Marquez Léon

Malted Milk
Love Tears & Guns

 

Genre musical: Soul augmentée 
Label : MOJO HAND
Distributeur : L'AUTRE DISTRIBUTION

Malted Milk, septième. Fradin et sa bande se sont encore surpassés. Le duo initial devenant une armée, ils avaient débordé le blues par la soul. Sont-ils en train de déborder la soul par le reggae ? N’exagérons rien, cette rythmique matte aux chuintements mouillés n’est qu’un élément de sublimation, on n’écoute pas un disque des Wailers... Comme tout est dans tout, il suffit de polir une facette un peu plus fort pour faire voyager la chanson sous un autre ciel, mais on assiste bien au déploiement d’une soul enrichie, funky, pré-disco, tendance Hi Records, qui renvoie aussi à Marvin Gaye si elle doit renvoyer vers quelqu’un, parfois vers les frères Neville, vers Dr John aussi, avec cette habileté qu’il avait pour tailler un diamant dans ce que la variété peut avoir de plus vulgaire, une soul 70’s en train de digérer de la soul 60’s. On trouve aussi, dans cet album, une superbe ballade latino en faux folk (‘Pay Day’), un swamp rock qui s’achève dans un solo apocalyptique, la membrane de l’ampli tapant comme un gong (‘Daddy Has A Gun’), un presque vrai reggae (‘Children Of The World’), un slow arpégé de toute beauté (‘More And More’) et, dans tous les cas, une ambition spectaculaire, une envie de vaincre, des orchestrations somptueuses de chœurs, de cuivres, d’anches, d’archets, sans rien qui soit anodin ou superflu, rien qui pèche, rien qui dépasse, sinon la descente aux enfers de ‘Daddy Has A Gun’ et quelques zèbres funky mis au galop. C’est une extase continue qui se développe d’une plage à l’autre et colle aux tympans. Un disque pareil, on l’emmène au parc, au cinéma, on ne le quitte plus.
Christian Casoni

Michael Lee
Michael Lee

 

Genre musical: Blues-soul-rock  
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Ça frappe fort dès le titre d’ouverture ‘Heart Of Stone’. On n’est pas là pour faire du tricot mais pour s’éclater. On a droit à du blues musclé, du rock tendu, de la soul ardente. Et ça dure 47 minutes. C’est puissant, solide, et ça prend aux tripes. Michael Lee est à la guitare et chante d’une voix intense à la manière d’un soul man, et la passion se ressent dans l’expression. En plus d’une efficace rythmique basse/batterie, il est accompagné par une redoutable section de cuivres et un orgue magistral. Et aucun des musiciens n’est dans la retenue. Pour ce premier album Michael Lee aligne 10 compositions originales et donne une version enflammée très personnelle de ‘The Thrill Is Gone’ de BB King. Il confie : « Étant de Dallas et Fort Worth, je suis fortement influencé par Freddie King et Delbert McClinton. Mais j’apporte aussi mon propre style dans la partie. C’est du rétro-Texas rhythm and blues avec une pointe de rock’n’roll ». Il n’y a rien à ajouter à cette déclaration, tout est dit. Le mec a un style bien à lui, puissant, dynamique, vibrant, qui accroche l’oreille. Une musique énergique de haute volée. C’est du brutal qui fait mouche avec ses riffs de guitare agressifs. La présentation du digipack est sobre mais l’enregistrement est brillant, plein d’énergie et dispense de bonnes vibrations.
Gilles Blampain

Papir
VI

 

Genre musical: Desert-rock instrumental
Label : STICKMAN RECORDS
Distributeur : STICKMAN RECORDS

Palsambleu, desert-rock, voilà bien une création de rock-critic ! Ce n'est pas tout à fait faux, mais ce nom à une origine. Lorsque le stoner-rock était embryonnaire, il servait de bande-son à de grandes fêtes acides dans le désert de Mojave en Californie, les groupes étant alimentés en électricité par des générateurs, ce qui donna le nom de Generator Parties à ces festivals improvisés. Parmi les groupes qui se produisaient, on trouvait Yawning Man, trio toujours en vie constitué de vétérans de cette scène interlope mêlant Black Sabbath, Pink Floyd et Punk Hardcore. Kyuss, autre ressortissant de cette époque, fut bien davantage médiatisé, et donna un autre nom, plus poétique, à ce son, via son second album : Blues For The Red Sun. Le blues du soleil rouge a infusé jusqu'au Danemark, et le label El Paraiso, fondé par le groupe Causa Sui, signa Mythic Sunship ou Kanaan. Papir était l'un d'eux, avant qu'il ne préfère Stickman Records. La formule musicale n'a pourtant pas changé : de grands instrumentaux richement illustrés portant des numéros, et laissant totalement la place à la rêverie intérieure. La musique est virevoltante, lumineuse, pleine de fantaisie et d'inventivité. Les paroles n'ont plus aucune utilité, vous les inventerez au fur et à mesure.
Julien Deléglise

Quintana Dead Blues Experience
Older

 

Genre musical: Blunk
Label : KNT MUSIC
Distributeur :
BELIEVE DIGITAL

Pour nombre d’entre nous, Fun House, le brûlot des Stooges, demeure à tout jamais le blues ultime, inaltérable, définitif. On ignore si c’est l’avis de (Piero) Quintana mais une chose est certaine : son blues est plus proche de l’Iguane que d’un BB King, par exemple. On ne connait pas grand-chose du personnage à vrai dire, si ce n’est qu’il n’a rien à voir avec un grimpeur colombien. Ce n’est pourtant pas le perdreau de l’année, puisqu’il a débuté en 1991 – les formules et l’appellation ayant évolué au fil des ans, avec une certaine cohérence : Quintana Roo, Liga Quintana, Quintana tout court, et donc aujourd’hui QDBE – avec à son actif pas moins de onze albums, plus un Best Of et un double DVD. Le voici en version one man band, une voix, une guitare, une machine (une vieille groovebox Roland MC909 – un appareil qui, en gros, combine les fonctionnalités d’un sampler, d’un synthétiseur et d’un échantillonneur). Avec neuf nouveaux titres anglophones – le grenoblois s’est souvent exprimé en espagnol – neuf titres rudes, convulsifs, souvent construits selon la formule tension/détente chère à Nirvana. ‘Stranger’, riff tellurique, chant mélodieux, allume la mèche et jamais la tension ne faiblit. ‘Older’, ‘Kinda Low’, ‘By My Side’… tous les titres sont recommandables. Le son organique de la guitare épouse parfaitement l’aspect mécanique de la machine, le tout est tendu, radical, explosif, et sonne en fait très actuel. Une belle découverte, comme on dit.
Marc Jansen

Ruf Records 25 Years Anniversary
1 CD + 1 DVD

 

Genre musical: Happy Bluesday
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

En plein cœur de l’Allemagne en 1994 Thomas Ruf fonde son label dans le but de donner la possibilité à Luther Allison de toucher un large public en Europe. Il n’imagine alors pas l’ampleur que va prendre son entreprise. De simple promoteur il va devenir découvreur de talents et son catalogue va continuellement s’enrichir au fil des années. Malheureusement en 1997 Luther Allison nous quitte, une décennie plus tard deux autres artistes majeurs disparaissent, Jeff Healey meurt en 2008 et en 2012 c’est le tour de Louisiana Red, mais l’aventure continue. Ruf nous fait découvrir Big Daddy Wilson, Thorbjørn Risager et signe des valeurs sûres comme Coco Montoya, Omar Dykes, Mike Zito ou Cyril Neville. Il y a aussi les héritiers comme Bernard Allison ou Devon Allman et les anciens, Walter Trout, Jack Bruce, Robin Trower. Thomas Ruf fait également émerger pas mal de jeunes talents comme Ian Parker, Oli Brown ou Laurence Jones et il fait la part belle à beaucoup d’étonnantes jeunes femmes telles Ana Popovic, Dana Fuchs, Samantha Fish, Dani Wilde, Joanne Shaw Taylor, Ina Forsman, Vanja Sky… Ruf records distribue aujourd’hui près d’une soixantaine d’artistes. Espérons que les années à venir nous réserveront toujours autant d’agréables découvertes. Cette production célèbre brillamment ce 25ème anniversaire avec un CD qui déroule 14 chansons piochées dans les parutions récentes du label et un DVD qui dévoile 12 extraits de concerts tirés des séries Song From The Road et Blues Caravan.
Gilles Blampain

Stray Cats
40

Genre musical: Rockabilly
Label : SURFDOG
Distributeur : MASCOT/WAGRAM MUSIC

Les plus jeunes (s’il y en a qui nous lisent !) ne peuvent imaginer la déflagration provoquée par le premier album du trio new-yorkais, en Europe du moins. Un séisme ! Ils n’étaient pas, en 1981, à l’origine du rockabilly revival, mais il leur suffit de quelques mesures pour ridiculiser l’ensemble de la concurrence, proposant avant tout une série de classiques instantanés. Et de fait, ‘Runaway Boys’, ‘Rock This Town’, ‘Rumble In Brighton’, tout cela n’a pas pris une ride. Peu après, les Cramps allaient injecter une autre dose d’électrochoc à un genre supposé moribond. Bien sûr, les adeptes du ‘c’était-mieux-avant’ (ils sévissaient déjà) crurent déceler un retour en arrière, alors qu’il ne s’agissait que de retrouver l’innocence des débuts, le truc original, y injectant une dose d’énergie issue directement du punk. Un second album trop vite mis en boîte, sans titre réellement mémorable, un troisième en 83, excellent à nouveau, puis c’est déjà le split. James McDonnell (alias Slim Jim Phantom, batterie) et Leon Drucker (Lee Rocker, ça sonne un peu mieux !), contrebasse, poursuivront une carrière plutôt anecdotique, tandis que Brian Setzer réunira un big band pour un projet plus convaincant, même si on préfère la version désossée. Quelques reformations entretemps, d’autres albums décevants, puis aujourd’hui ce 40 (les 40 ans du groupe), une réussite inespérée. Si a priori on ne détecte pas de titres du calibre de ‘Stray Cat Strut’ ou ‘(She’s) Sexy &17’, l’ensemble tient parfaitement la route. Et puis, avec le temps, sait-on jamais… Nos chats errants glissent quelques citations, clins d’œil aux connaisseurs, et font plus que jamais preuve d’une parfaite cohésion. Setzer demeurant un chanteur inspiré et surtout un incroyable guitariste – inutile de multiplier les effets de manche pour étaler tout son talent… 
Marc Jansen

Tom Euler
Blues Got My Back

Genre musical: Blues multiforme
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CdBaby, Spotify, Deezer, Amazon

Tom Euler ? Mais de qui parlez-vous ? C’est presque un enfant, une gueule d’ange au sourire ravageur, qui manie sa Gibson SG Standard comme un fusil d’assaut le matin pour la troquer en soirée contre une moulinette à caresses : les dix compositions enregistrées ici nous en font voir de toutes les couleurs, du rock’n’roll presque basique et pêchu à la ballade smoothy en passant par du très bon blues sur tous les tempos, avec même une pointe de jump pour balayer le spectre élargi de la musique outre-Atlantique. Les nombreuses récompenses que le jeune homme a reçues depuis 2014 prouvent qu’il sait y faire lorsqu’il s’agit de taquiner les six cordes, son groupe ayant même atteint les demi-finales de l’International Blues Challenge de Memphis l’an dernier ; ce n’est donc pas un hasard si une jolie prise de vue nocturne de Beale Street est devenue la jaquette de ce premier disque. Les morceaux sont ficelés à l’ancienne, plutôt courts, agrémentés toujours de solos cinglants et inspirés. La voix n’est pas en reste, puissante, un chouia androgyne sur certains couplets, placée pile là où ça fait mouche. Euler s’est entouré en studio de ses fidèles artilleurs, solides grognards de la scène blues-rock américaine, qui apportent à la rythmique un dynamisme herculéen doublé d’une étonnante souplesse dans l’attaque des chorus. Lucy Kilpatrick se laisse aller à de superbes emportements sur ses claviers, quasi-lyriques parfois, Michael Behlmar tient fermement les baguettes et Von José Roberts martèle les cadences à la basse. A l’évidence, ces quatre-là sont liés de passion et les longues tournées qu’ils ont enchaînées ensemble aux quatre coins des Etats-Unis ont forgé des réflexes devenus gages d’excellence. Attention, le disque dure trente-cinq minutes et demie seulement, mais c’est une mignonette de plaisir primitif pour qui aime le blues dans tous ses états, technique à l’envi, émotionnel en diable. Rien à dire, le petit Tom signe avec cette impériale galette son entrée directe dans la cour de Grands.
Max Mercier

Yosta
Hybrid

Genre musical: horizons jazz, blues, funk cool et ambiances menaçantes 
Label : WNTS
Distributeur :
Amazon, Deezer, Spotify

Sans doute peut-on appeler ce genre suave, élégamment funky, sur un balancement parfois tropical, du jazz. Et sortir ce mot fatal qui ne veut certainement rien dire mais permet de remplir un blanc, comme peut l’être le terme americana dans un autre domaine : West Coast. Dans ces moments-là, les orchestrations évoquent Steely Dan ou Santana, ou même les affectations retenues d’un Marvin Gaye. Mais l’album n’est pas qu’une coulée de sucre funky. On a aussi des titres plus âpres et portés sur le blues, où le guitariste Yosta donne à son compère Joe Hanriot, excellent harmoniciste, l’occasion de briller en capiteuses phrases jazzy et scansions rythmiques. On a même des stop-time et des pouls de shuffle sur lesquels Yosta creuse le manche de profonds vibratos. On a des ambiances menaçantes et, dans la seconde partie du disque, des apesanteurs jazz moins hybrides. Les saxophonistes Julien Florens et Jean-Marc Labbé (alto et ténor) donnent une vibration urbaine à certaines plages. On a aussi, probablement, une utilisation éclairée du synthé et de quelques programmes, percus, touches de didgeridoo, de guimbarde et autres jingles sporadiques et effets tournants. C’est un album assez long, parfait pour avaler de l’asphalte : 17 titres instrumentaux assortis de quelques scats et d’un chœur africain, humble, ensoleillé, artisanal, très bien pensé, pesé et arrangé. Yosta enregistre des albums depuis 1986, sous son nom ou au sein de divers groupes. Compositeur, arrangeur, la feuille de présentation indique à son actif « de nombreuses musiques de pubs et de films », et c’est patent dans la facture de cet album riche et coloré. Après, c’est un genre plutôt excentré du pandémonium blues rock, et il faut pouvoir adhérer.
Christian Casoni