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12/19
Chroniques CD du mois Interview: BOOGIE RAMBLERS Livres & Publications
Portrait: JOHNNY FULLER Interview: THE KOKOMO KINGS Portrait: VULCAIN
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

OCTOBRE 2015

American Folk Blues Festival 1962
Live in Paris

Genre musical: Blues de chez Blues
Label : FREMEAUX & ASSOCIES
Distributeur : SOCADISC

Tout-à-coup, on tient la preuve irréfutable que les licornes ont existé ailleurs que sur les tapisseries du musée de Cluny. 19 octobre 1962, une meute de bluesmen débarque à Orly : Willie Dixon, Memphis Slim, John Lee Hooker, T.Bone Walker, Shakey Jake, Helen Humes, Jump Jackson, Sonny Terry & Brownie McGhee, abasourdis par le miracle qu’ils sont en train de vivre. On les reçoit comme des VIP, des autocars confortables les déposent devant des hôtels trois-étoiles, ils jouent dans des théâtres à l’italienne, un public jeune et blanc les acclame à guichets fermés, en Autriche, en Suisse, en Allemagne. Les bookmakers ne misaient pourtant pas une crotte de nez sur le succès de la revue. 20 octobre : deux dates à l’Olympia, 18 heures, minuit et demie. C’est la première tournée de l’American Folk Blues dont on a pensé, 52 ans durant, qu’aucun témoignage live n’en avait conservé l’écho, sinon deux ou trois bootlegs mystérieux, emportés loin du monde par quelque ordre anachorétique. Un jour de 2014 on découvre, dans les archives de Daniel Filipacchi, les bandes des deux concerts parisiens. Les voici dans un coffret trois-CD au son impeccable, dont filtrent bien la candeur et l’étroitesse d’une époque où il n’était pas question de monter sur scène autrement qu’en costume-cravate, où le blues était encore une denrée très exotique et un gig de Terry & McGhee, une sensation culturelle intense, où des amateurs de jazz huaient T.Bone, qui faisait le grand écart et jouait guitare sur la nuque. Ce mois d’octobre 1962… quand le blues cessa d’être le clodo du jazz et devint le mendiant du rock.
Christian Casoni

Archi Deep & The Monkeyshakers
#3

Genre musical: Rock
Label : RAWK' NOT DEAD
Distributeur :
M com' MUSIQUE

L'histoire commence par un slogan sur les trottoirs de Londres: « I Don't Want Your Money, I Want You Like Me On Facebook! » Ainsi s'est fait connaître Arthur Archibald Di Piazza. Autour de lui, s'est formé en 2012, le groupe Archi Deep and The Monkeyshakers ; Martin Leroy, bassiste béton, et Camille 'Kam' Sullet, batteur bucheron. #3 commence par 'Nowhere Man', 3 coups de boutoir vers les cimes du Nirvana d'Aberdeen. Le son y est dru et sec. En direct des Ardent Studios (Alex Chilton & The Cramps!) de Memphis, c'est Adam Hill (The White Stripes) qui, depuis #1 et #2 s'occupe de faire tourner les bandes d'enregistrement. 'I'm On The Run' et son entrée introspective emmène le héros de cette histoire vers la Queen Of The Stone Age. De cette rencontre naît un solo de guitare aux structures inattendues. Folk mélancolique pour 'High Minds', chœurs, claquements de mains et guitare acoustique pour ce qui est un des sommets de ce 6 titres. Un solo de guitare, libre et flamboyant, s'échappe comme un Zeppelin des rafales de riffs de 'I Can See'. Alternance de calme et de violence pour 'Real', cri primal, chœurs angéliques. Structure torturée, feu et ouragan pour 'If Only It Was Sunny', et là c'est carrément  'Vol au-dessus d'un nid de coucou'. Ah oui, pour la petite histoire, ce fameux groupe s'est formé sur l'Ile d'Oléron! Mon avis : s'ils passent par chez vous ne les loupez pas !
Juan Marquez Léon

Bobby Dirninger
Change of season

Genre musical: Blues-folk...
Label : CAP'TAIN PROD
Distributeur :
RUE STENDHAL

Retour aux fondamentaux avec élégance et sobriété pour Bobby Dirninger. Avec ce nouvel enregistrement le voilà revenu à un certain dénuement, une chanson sans fioriture, grattée jusqu’à l’os pour ne garder que l’essentiel, l’émotion. Le style est clair et fluide, une guitare, une voix, avec le soutien discret selon les titres d’un piano, d’un violoncelle, d’un harmonica ou d’une pedal steel guitar. Son interprétation nous met parfois en état d’apesanteur. Pas beaucoup de nouvelles compositions puisque sur 11 titres il en reprend 9 déjà entendues sur ses 3 albums précédents mais auxquels il donne une nouvelle vie, une autre dimension. Ses chansons ont une teinte originale et très personnelle. Evoluant toujours entre blues, folk et rock, de sa voix rauque et traînante Bobby Dirninger nous emmène avec une certaine simplicité et un charme indéniable dans un univers mélancolique mais qui dégage une réelle sérénité. C’est à la fois solide et aérien, grave et léger. Les mélodies sont pleines de délicatesse et de feeling et une certaine grâce émane de ce disque. Ce CD de facture classique et très agréable à écouter s’égrène au fil de 55 minutes. La production est superbe et on se laisse bercer avec plaisir d’un titre à l’autre. Et Bobby Dirninger termine en apothéose en offrant une superbe version de ‘Blowin’ In The Wind’, non inscrite sur la set list.
Gilles Blampain

Dogbowl
Zone of Blues

Genre musical: Rock psychedelique
Label : 62 TV RECORDS
Distributeur :
PIAS

Voici l’OVNI du mois. Dogbowl alias Stephen Tunney. New-yorkais d'origine, cet artiste multiple (peintre, écrivain ; son dernier livre 'Quand On S'embrasse Sur La Lune' chez Albin Michel') a débuté sa carrière de musicien vers 1978, a joué au CBGB en 1985. 15 disques au compteur dont 2 avec le groupe King Missile. 'ZOB'(!) est son premier album depuis 10 ans. Sorte de délire conceptuel. En bref : l'échouage sur la Zone Of Blue de son vaisseau spatial, bricolé dans sa cuisine à partir de matériaux de récupération en décharge. Si j'ai tout bien compris, notre hurluberlu est accompagné pour ce trip par des belges, Poney. Petite monture mais grand décollage. Nous voyageons ici vers des étoiles qui ont pour nom Velvet Underground sous opiacés ('Love Is A Crystal'), Psychedelic Furs en apesanteur ('Lunar Module'), voire des comètes excentriques comme Daniel Johnson, Kim Fowley ('Transistor Sisters'), Kevin Ayers, Syd Barrett, R. Stevie Moore ou, euphémisme, un Kevin Coyne après consultation chez un psy. 'When the train left the station, it had two lights on behind, the blue light was my baby and the red light was my mind' chantait Robert Johnson dans 'Love In Vain' ; la version qu'en fait ici notre 'Gamelle pour chien’ (Dogbowl) semble provenir du fond d'une niche, justement! Rien à voir avec celle des Stones. Rien que pour la guitare (une 12 cordes?) du titre d'ouverture 'Long Island Railroad' et aussi pour les bleus ultramarine, cobalt, indigo, Prusse, turquoise, qui nous entourent et qu'à l'écoute de cette musique, je perçois maintenant en pleine conscience, l'achat de ce disque est obligatoire. Faites l'expérience! Génial.
Juan Marquez Léon

Duke Robillard
The acoustic blues & roots of

Genre musical: Blues roots and more
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
HARMONIA MUNDI

Jazz, blues, ragtime, swing, folk, soul, Duke Robillard connaît tous les styles et joue de la guitare de la plus belle manière qui soit. Avec ce nouveau CD c’est un vrai voyage vers les racines acoustiques de la musique américaine qu’il nous fait faire. Et l’on voit une fois encore la vaste étendue du patrimoine musical de l'Amérique. Vintage ou rétro certainement, has been absolument pas. Robillard capte l'esprit, la beauté et l'âme de la musique d'une époque révolue. Avec des invités comme Maria Muldaur, Jay McShann, Mary Flower et Jerry Portnoy, il reprend les chansons des maîtres de la country music comme Jimmie Rodgers et Hank Williams, de géants du blues comme Big Bill Broonzy, Robert Lockwood Jr, WC Handy, Tampa Red, Sleepy John Estes, et signe aussi quelques titres de sa plume. Il nous promène des Appalaches au Delta, de Nashville à New Orleans, des rues des grandes cités aux porches des maisons campagnardes. Il joue sur différentes guitares acoustiques, dobro, mandoline et ukulélé, et offre à l’auditeur des informations détaillées sur les différents instruments qu'il utilise et sur l’origine de chaque titre interprété (instrumental ou chanté) via trois pages de notes rédigées par ses soins. Son frère Gerald a été mis à contribution pour illustrer le très beau digipack et l'œuvre picturale ajoute à l'ambiance de l'ensemble. Une virée musicale de 61 minutes des plus savoureuses.
Gilles Blampain

Eric Bibb and Jean-Jacques Milteau
Lead Belly's Gold

Genre musical: Live
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
HARMONIA MUNDI

Quel régal ! Quelle actualité ! Entre le livret documenté comme rarement un digipack a pu le proposer et un choix de chansons qui s'emparent à plein rythme, à pleines guitares des succès de Lead Belly, c'est Noël avant l'heure ! Le tout est emballé par Eric Bibb et l'harmoniciste infatigable Jean-Jacques Milteau, comme un pont lancé entre les rives de l'Amérique et les berges de l'Europe. Le cadeau se lance avec un live de ‘Grey Goose’ (qui dénonce l'ostracisme social, thème ô combien d'actualité avec la question des réfugiés/migrants...) sur un rythme enivrant qui fait place au mélancolique ‘When That Train Comes Along’ puis, clin d'œil à la coupe du monde de rugby du moment, sur ‘Swing Low, Swing Chariot’ qui laisse apparaître la voix de Big Daddy Wilson. Huddie Ledbetter (état civil de Lead Belly) avait un œil affûté pour bâtir des liens entre les époques, les cultures. Témoin, son célèbre titre ‘Bourgeois Blues’ qui dénonce les rapports entre Noirs et Blancs. Là encore, on est en plein dans l'actualité. L'entente musicale entre Eric Bibb et Jean-Jacques Milteau est palpable et frissonnante. La voix caverneuse, rocailleuse qu'emploie Eric Bibb se conjugue parfaitement avec l'harmonica langoureux et voluptueux de Jean-Jacques Milteau. Tendre l'oreille sur ‘The House Of The Rising Sun’. Le reste ? A votre tour de vous régaler... Bonne écoute !
Tristan Sicard

Gary Clark Jr.
The story of Sonny Boy Slim

Genre musical: Blues-rock, soul-rock, aren' be-rock
Label : WARNER BROS
Distributeur :
WARNER

Pardon, mais le kid d’Austin n’était pas très bon jusqu’ici, n’ayant ni la voix ni les doigts pour le blues-rock viril dans lequel il s’enferrait. Et puis cet album, son deuxième, décousu et pressant dans ses changements perpétuels de braquet. Gary saillit d’abord une sorte de rock blindé de blues, sur lequel ricoche un marteau hip-hop. Puis le chant s’évapore en voix de tête, prend des maniérismes à la Marvin sur des accords mouillés de funk. S’ouvre alors un tunnel de tempos lents et fiévreux, genre Womack & Womack : débauche de chœurs convulsifs logés dans un arrière-chœur churchy, une ballade à la Stones post-‘Exile’, type ‘Fool To Cry’, pause acoustique, harmo à la Dylan (re-ballade post-‘Exile’). On s’oriente doucement vers ce RnB moderne, si décrié, frappe hip-hop et une évidente volupté pour les rythmiques hypnotiques. Sortie de tunnel sur une grosse houle soul-rock (‘Stay’) et une pièce de boum swinging-londono-garage (‘Shake’). Le dernier mot à cette soul contemplative qu’on avait laissée deux plages derrière (‘Down To Ride’). L’album évolue par attelages de deux titres, comme un recueil de 45-tours. Le vaguement mélodieux en tension lui va comme un gant. Si on avait le sens du drame, on dirait que Gary fait ici ses adieux au blues-rock de ses débuts. Le blues survit dans les torsions de guitare héroïques, qui posent une touche humaine et stylée sur les litanies MTVgènes terminant le tunnel, et jouent l’introspection contre la dance. Du boulot bien conçu et bien envoyé, plein d’instruments en dur. Mais qui est Sonny Boy Slim ? Sans doute un kid qui débute dans le blues-rock et finit dans le RnB.
Christian Casoni

Guy Davis
Kokomo Kidd

Genre musical: Folk enrichi
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
HARMONIA MUNDI

Le « chef de file du blues acoustique new-yorkais », comme l’appelle Dixiefrog, était sorti des radars. On conservait de lui le souvenir injuste, erroné de toute façon, du bluesman monobloc qui joue du folk dans les bibliothèques, pour quelques vieux profanes venus en couple comme on se rend à une conférence. Or, à réentendre ses disques, on s’étonne toujours de le méjuger à ce point, lui qui chante si dense et retient rarement son punch. Avec ce nouvel album, fait de quelques compos et de nombreux hommages, Guy semble lancé sur la piste de ses inspirations. Il reprend de l’apocryphe, du traditionnel, du très vieux et de l’un-peu-plus-récent, Tommy Johnson, Mississippi John Hurt, Willie Dixon, Dylan ou Donovan, et commente ses choix dans les pages du livret. L’impression générale incline encore du côté folk, un folk riche, dynamique et coloré, guitares sèches et électriques, banjo, mandoline, harmo, piano, orgue Hammond, basse acoustique et batterie, avec quelques transes orchestrales (‘Bumblebee Blues’), de jolies ballades rugueuses (‘Wish I Hadn’t Stayed Away So Long’, ‘Lay Lady Lay’), et des braquages inattendus comme ‘Wear Your Love Like Heaven’ de Donovan, sur une belle tournerie ska-folk. Certaines reprises sont en-dessous de l’original, comme ‘Cool Drink Of Water’, mais celle-là c’était une gageure de toute façon. On retrouve le Guy éternel au verbe haut et aux rudes harmonies, accompagné, selon les titres, des harmonicistes Charlie Musselwhite et Fabrizio Poggi, des guitaristes John Platania et Chris James, Professor Louie : claviers, Mark Murphy : basse et violoncelle et Gary Burke : batterie. Ben Jaffe place un coup de tuba sur ‘Kokomo Kidd’ qui titre l’album, et quatre autres invités tiennent les chœurs. Ça commence à faire du monde pour un album de folk. Une sorte de big band beatnik en jubilation contrôlée.
Christian Casoni

Heather Crosse
Groovin' at the Crosse Roads

Genre musical: Country-rock chic et swing
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC

Heather Crosse est jeune et jolie. Elle chante avec beaucoup de feeling, comme une chanteuse de country qui ferait du music-hall. Elle est aussi, depuis une paie, la bassiste du groupe qui l’accompagne sur l’album : les Heavy Suga’ & the Sweetones. Voici son/ leur premier album, dont le titre dit assez qu’Heather intéresse davantage Ruf que l’ensemble de l’orchestre : Groovin’ At The Crosse Roads. D’ailleurs on ne voit que sa chevelure lumineuse, son sourire sexy et ses mollets toniques dans le livret. Heather a vécu une partie de sa vie en Louisiane, une autre en Arkansas, elle s’est fixée un temps à Clarksdale mais, malgré ces points de repères géographiques et l’allusion au carrefour, son genre n’est pas le blues dur du coin. Heather fait plutôt dans un rock distingué, bien joué et bien construit, un peu jump, un peu jazz avec, de temps en temps, un chic funky cool tirant sur le country-rock, pour un album harmonieux, lustré, agréable. Le label a quand même porté ses faire-valoir au générique, tous excellents musiciens. Lee Williams : batterie, Mark Yacovone : claviers, Dan Smith : guitares, Sandy Carroll et Vicki Atkins : chœurs.
Christian Casoni

Joe Bonamassa
Live at Radio City Music Hall
CD + DVD

Genre musical: Blues, rock, folk
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

En janvier 2015 Joe Bonamassa réalisait un rêve de gosse en donnant 2 concerts sur la scène prestigieuse du Radio City Hall de New York. Et bien entendu les deux soirées ont eu lieu à guichets fermés. Vous n’y étiez pas, qu’à cela ne tienne, la prestation a été captée. Résultat, un superbe CD alignant 13 titres pour 71 minutes + un superbe DVD de 1h45mn présentant 15 titres et 45 minutes de bonus. Le mec est doué et il vous épatera une fois encore. On a droit à quelques standards plus deux inédits. Les connaisseurs seront en terrain connu, Bonamassa équilibre toujours parfaitement technique et sensibilité avec des riffs bien robustes, des funks torrides et bien cuivrés, de puissants shuffles et quelques rocks d’enfer. Son jeu est toujours très incisif et rapide, sans pour autant négliger le sens de la mélodie. Il apaise le tempo par moments avec quelques titres acoustiques d’une agréable et touchante simplicité. C’est savoureux, puissant et subtile à la fois. Joe Bonamassa sait faire sortir les sons qu’il faut de sa guitare pour faire frissonner son auditoire et d’après le retour de salle qu’on peut entendre à la fin de chaque titre l’assistance est aux anges. Entouré d’un band irréprochable Bonamassa sort ses tripes et atteint des sommets, la prestation est brillante. Le disque a du peps et du charme.
Gilles Blampain

BLUES

Joe Louis Walker
Everybody wants a piece

Genre musical: Blues, rock, funk
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Joe Louis Walker doit en être (a vue de nez) à son vingt cinquième album. Avec pas mal de kilomètres au compteur, il a amené une certaine dose de nitrométhane au blues dans les années quatre-vingts et il continue à entretenir la machine. Certes, Joe Louis Walker est un très très bon chanteur charismatique, mais côté guitare, on atteint des sommets. Il suffit d'écouter son ‘Gospel Blues’, instrumental dans lequel, après une petite intro à l'orgue, la guitare vous tient en haleine jusqu'à la fin, pas besoin de paroles, la guitare cause. On trouve un hommage à BB King avec la reprise de ‘Man Of Many Words’ qui balance bien, soutenue par une belle section cuivre. Puisqu'on en est au rayon reprises, ‘One Sunny Day’ de Fleetwood Mac est interprété d'une manière puissante et inspirée. Avec ce nouvel album, on oscille entre funk ‘Wade In The Water’», rock ‘Buzz On You’ et bien sûr blues avec un harmonica suraigu pêchu ‘Do I Love Her’ et ‘35 Years’. Quel que soit le style abordé, toujours plein de peps et de sourire dans les compositions et des sonorités tellement différentes entre chaque titre qui font qu'on ne s'ennuie pas une minute avec Joe Louis Walker. Il est à noter que cet album sort en CD et double vinyle.
César

Keith Richards
Crosseyed Heart

Genre musical: Rock, blues...
Label : UNIVERSAL
Distributeur :
UNIVERSAL

Vingt-trois ans… C’est ce qu’il aura fallu à Keith-Richards-l’indestructible pour proposer une suite à Main Offender et donc accoucher d’un troisième album en solo. Entretemps bien sûr il y eut une autobiographie monumentale, des tournées plus que lucratives avec le groupe de Charlie Watts, puis quelques albums studio des mêmes, à l’intérêt franchement discutable – sans oublier l’exploitation à outrance d’un catalogue historique. Mais bon, de toute façon on pardonne tout au vieil outlaw… Aucune surprise ici : il ne s’est pas mis à l’electro, il n’a pas soudain hérité du timbre de voix de Marvin Gaye. On est en terrain connu, et ce n’est sans doute pas plus mal. Le roi de l’open tuning revisite toutes les étapes d’un parcours quelque peu chaotique, intègre tous les styles qu’il chérit. ‘Crosseyed Heart’, qui ouvre l’album, est un blues acoustique dans la tradition la plus pure. ‘Suspicious’ et ‘Robbed Blind’ (Larry Campbell à la steel guitar) des ballades émouvantes – elles figurent en nombre sur l’album – ‘Lover’s Pea’ rend hommage à la soul music. Il y a aussi du blues rock (‘Something For Nothing’, ‘Blues In The Morning’) et quelques reprises (‘Love Overdue’ du reggaeman Gregory Isaacs, ou encore ‘Goodnight Irene’ de Lead Belly). Seule concession à la modernité, un duo avec Norah Jones, pour le tendre ‘Illusion’. Un album imparfait bien sûr, parfois bancal, mais d’une honnêteté désarmante. A noter que Netflix propose à ses abonnés un film réalisé par Morgane Neville, auteur de documentaires centrés sur Muddy Waters, Stax Records ou encore Johnny Cash. 
Marc Jansen

Kim Simmonds and Savoy Brown
The Devil to pay

Genre musical: Blues-rock et plus
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC

Une Epiphone Emperor déchire le vide par ses lamentations. Puis arrive la voix de Kim Simmonds, là, toute proche du micro. Ainsi commence cet album, sur un magnifique blues lent ('Ain't Got Nobody'), tout en retenue et avec cette maîtrise du silence propre aux gens d'expérience. Pat DeSalvo à la basse, Garner Grimm aux drums, ferment ce trio à la précision d'une mécanique horlogère. Enregistré très rapidement en studio, pour marquer les 50 années d'existence de Savoy Brown, c'est la spontanéité qui prévaut de l'ensemble. Le mixe par contre a dû demander plus de temps tellement le son est énorme ; c'est simple, on a l'impression que le trio joue dans votre salon. Les titres vont de blues dans le plus pur style de Chicago, à des blues rocks de haute tenue, en passant par du swing blues,  et un instrumental ('Snakin''). Sur 'Oh Rosa' on croirait que c'est Slim Harpo qui est revenu d'entre les bayous pour souffler avec les poteaux. 'The Devil To Pay' possède une petite touche country tandis que pour 'I've Been Drinking' c'est la Gibson 335 qui est de sortie au saloon pour un slide à la ZZ Top. Le meilleur est pour la fin ;  ce 'Evil Eye', menaçant, malsain, appuyé sur un groove d'enfer, par une guitare nerveuse et saturée. Savoy Brown réussit également au final, à préserver ce côté british hérité de l'époque du 'Blues Boom' qui le vit naître en 1965. With sincerity.
Juan Marquez Léon

Lisa Doby
So .....French

Genre musical: Ballades soul...
Label : DOKO-DIXIEFROG
Distributeur : HARMONIA MUNDI

La voix est belle et claire, la diction est parfaite, l’accent à peine discernable. La belle de Columbia chante en français en hommage à son pays d’adoption et ça fait mouche. Il se dégage de cet enregistrement un doux parfum de charmante poésie. Entre soul et ballades folk avec quelques touches de french pop, sur des textes pleins de sensibilité Lisa Doby interprète 11titres comme on effeuille la marguerite, un peu, beaucoup, passionnément… Amours, volupté, espoirs et regrets, rêves et révoltes, ombre et lumière. Mélange de sagesse et de folie, Lisa séduit, Doby captive, et nous capture en douceur dans ses rets pour nous entrainer dans un univers où des rêves lumineux prennent forme entre deux doux prénoms, « ma p’tite France, ma p’tite Caroline, ta présence ton absence, mon exil mes racines, a french touch for an american dream ». Les repères s’estompent derrière un mirage musical, les souvenirs surgissent, la nostalgie affleure, sentiments fleur bleue et inspiration blues, « c’est la fin du film c’est la fin du rêve, la nuit efface les couleurs, puis le vide total la vérité fait mal, la suite reste un mystère ». La passion et l’émotion s’immiscent entre chaque mot, entre chaque note et Lisa Dolby fait passer le frisson, soutenue par un band de haut vol. Entre tendresse et révolte les 35 minutes du CD passent vraiment trop vite.
Gilles Blampain

R&B Hipshakers
Bossa Nova and Grits

Genre musical: Jump R&B, early soul
Label : VAMPISOUL
Distributeur : DIFFER-ANT

‘Tu dois choisir entre moi et le vin à la cerise’ prévient Little Esther, future Esther Philips. Dans les deux cas, le taux de glycémie s’envole. Camille Howard de son coté, n’hésite pas à balancer ‘tu ne vaux pas mieux qu’une taupe’. Titus Turner met tout le monde d’accord en concluant : je vais tenir bon jusqu’à ce que les boulettes de viande rebondissent’. Dans les années 50, la métaphore permet de délivrer les messages les plus crus, ‘l’art nait de la contrainte’ comme disait Wynonie Harris (à moins que ce soit Juanita Nixon). Tout ça pour dire que c’est l’exaltation de tous les sens qui domine cette bondissante collection, à commencer par les oreilles : la qualité sonore est bluffante, au point qu’on s’y croit. Chaque instrument, chaque voix lead, chaque choriste prend forme et vie devant nous, surgissant d’un monde perdu, allant jusqu’à suggérer parfums, goûts, transpiration. Ça donne faim, soif, et tout le reste. Une putain de Time Machine, qui transmet une énergie et un optimisme qui semblent inépuisables : c’est sûr, Khrouchtchev va entendre raison, Kennedy va arranger tout ça. Remet nous donc Young John Watson : son ‘Space Guitar’ a un son tellement cosmique !
Cranberry Gordy

Shaggy Dogs
Bababoomba

Genre musical: carmagnoles pub-rock
Label : FIRST OFFENCE
Distributeur : SOCADISC

Les Shaggy sortent désormais un album de compos tous les ans, avec un style qui devient leur privilège exclusif. Partis d’un tribute à Dr Feelgood, ils ont gardé le juteux du pub-rock, quelques rythmiques à la Wilko, quelques foyers d’harmo à la Brilleaux, les double-stops de Peter Gunn et la prédication scandée de Bill Hurley. En soi, c’est déjà mieux que bien. Devenus intrépides, ils ont ajouté tout le reste, la joie, les carmagnoles du rock alternatif, et leurs propres bouches à feu, des mélodies de combat haute tension et des barouds d’honneur à défaut d’espoir. Terribles sont les Shaggy. Pour le fracas le plus évident de la bordée : un chant de plus en plus tyrannique aux vibratos de plus en plus menaçants, une guitare aventureuse et fine dans les ballades, puissante dans les charges. L’album est peut-être plus massif que les précédents, les chansons roulent sur une mitraille plus serrée. Le grand Al Scott supervise toujours la production, mais le son est modelé par Jake Rousham maintenant, l’homme de l’album Wilko/ Daltrey, celui des Strypes, etc. Rousham n’est pas plus coulant qu’Al Scott, il les a tordus comme des cartables, intraitable jusqu’à la prononciation, derrière ses « Great ! Hum… One more, please ». Les Shaggy sont maintenant cinq sur scène : Red, Jacker, Toma, Guillermo et Ben Clavier à l’orgue depuis peu. Trop tard pour le disque. Ici, on a toujours Steve Broughton aux claviers, Laurent Bourdier aux textes et Oncle Red pour la touche Flamin’ Groovies de la pochette. Ils sont tous revenus. D’ailleurs ils reviennent toujours, avec un dan supplémentaire et une prise qu’on ne leur connaissait pas.
Christian Casoni

Thorbjørn Risager & the Black Tornado
Songs from the road

Genre musical: Blues-rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Libérez les frontières ! Il y a bien longtemps en tout cas qu'en matière musicale on a ouvert les vannes, et qu'on accueille à bras ouverts des musiciens de toute origine, qu'il s'agisse de blues malien, ou bien alors de funk nippon. Sans que se pose la question de la pertinence... Risager nous vient de Copenhague avec déjà un sacré bagage : neuf albums en dix ans ! Succès relatif, jusqu'à la sortie en 2014 de Too Many Roads, accompagné donc de son Black Tornado. Pluie de récompenses, tournée mondiale (des Etats-Unis à Mumbai, India). Le moment était  idéal pour mettre cela en boîte, ce qui fut chose faite au début de l'année, précisément à Bonn, en Allemagne. Ce qui est proposé ici, c'est un copieux CD live (78 minutes), plus le DVD du même concert, avec quelques titres en bonus. Songs From The Road, c'est d'ailleurs un titre générique, où ce label teuton propose, selon le même principe et un intitulé identique, Luther Allison, Canned Heat ou encore les Spin Doctors - à un prix avantageux, ce qui est à souligner. Risager et son genre de big band (sept musiciens, plus deux frétillantes choristes) livrent des compositions d'une excellente facture, ne s'éloignant jamais bien loin des limites du blues-rock, mais le teintant à l'occasion de nuances funk ou soul, avec pour valeur ajoutée une section de cuivres omniprésente. Bien commode pour le petit chroniqueur, le choix des reprises, qui permet de situer l'enjeu : 'Baby Please Don't Go', 'Let The Good Times Roll', on voit tout de suite à quoi on a affaire. Manifestement c'est sur les planches qu'ils donnent toute la mesure de leur talent, ce que le DVD tend à confirmer. L'auditeur en sera ravi, mais le plus dur reste à faire : retenir - et prononcer -  le prénom du bonhomme...
Marc Jansen

Tommy Castro
Method to my Madness

Genre musical: Blues-rock et plus
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC

Avec ce 15ème album plein d’énergie, Tommy Castro enfonce encore le clou d’un blues-rock musclé et fonceur. Résultat : 50 minutes sans temps mort. L’ensemble, assez torride, est brut et nerveux comme du rock, bestial et lascif comme du blues, mais la soul qui n’est jamais loin apporte ce qu’il faut de profondeur et de moelleux. Tommy Castro possède une belle technique et ne manque pas de feeling, la soixantaine venue, son tonus ne faiblit pas et, entouré par les Painkillers, Michael Emerson (claviers), Randy McDonald (basse) et Bowen Brown (batterie), il balance chaque morceau comme un uppercut et ça laisse des traces. Il signe (seul ou en collaboration) 10 des 12 titres du CD et termine en beauté avec ‘Bad Luck’ de BB King. Avec un beat funky, des riffs accrocheurs, un son puissant et dynamique, la voix qui a du grain et l’interprétation qui ne manque pas de ressort, voilà un album plein de force, de vitalité et de bonnes vibrations. Cette production à la qualité irréprochable et à l’originalité certaine a été enregistrée au Laughing Tiger Recording studio à San Rafael, Californie. Un enregistrement dont la dynamique nous emmène dans un univers sonore assez jubilatoire. Difficile de résister à tant d’impétuosité musicale.
Gilles Blampain

Vintage Trouble
1 Hopeful Road

Genre musical: Blues Rock
Label : BLUE NOTE
Distributeur :
DISCOVERY, UNIVERSAL MUSIC

 Don Was a travaillé avec tout le monde, de Brian Wilson à Bob Dylan. Producteur de nombre d’albums des Rolling Stones, il a aussi été l’artisan du son de la soirée ‘The Night That Changed America’, réunissant Paul McCartney et Ringo Starr. Il est aujourd’hui patron de Blue Note. Il fait ce qu’il veut. Il signe Vintage Trouble. Et tente le crossover. Elargir l’audience, sans trahir l’esprit. Rester fidèle à la fan base, les auto-proclamés Troublemakers, et conquérir le grand public. Ty Taylor, le chanteur du groupe, va les chercher un par un tous les soirs. Il fait face dans tous les stades du monde à 50 000 fans de AC/DC, dont Vintage Trouble assure la première partie. Et, très physique, il provoque, stage dive, convainc. Don Was apporte un son propre, clair, et ne change rien d’autre. On retrouve dans cet album quelques anciens titres, et plein de belles mélodies, comme Doin’ What You Were Doin’, premier single. La musique de l’ensemble offre toujours ce mélange de soul cross rock n’roll, comme le définit Ty. Exutoire sans manière de cet effort : ‘Angel City California’, partage des litres de sueur avec Thin Lizzy, sans qu’on comprenne le lien entre les palmiers du Pacifique et les pubs de Dublin.  
Cranberry Gordy

Walter Trout
Battle scars

Genre musical: Blues-rock
Label : MASCOT
Distributeur : PROVOGUE

Ce nouveau disque de Walter Trout est l’album de la résurrection. Le titre fait directement référence à son combat contre la maladie après une transplantation du foie en mai 2014. Trout livre 12 titres inspirés par cette redoutable expérience pour finir sur une virgule musicale où son rire éclate. « Je suis très heureux de cet album, de ma vie et de ma musique. Je renais en tant que compositeur, chanteur, guitariste et être humain. J’ai une nouvelle chance pour être le meilleur musicien et le meilleur homme possible. Et je suis incroyablement heureux et reconnaissant à la vie. ». Son talent et son punch ancré dans le blues-rock n’ont en rien été entamés par les épreuves. Toujours inspiré et novateur, son style demeure incisif, et accrocheur et la voix prouve que l’artiste a retrouvé toutes ses capacités. La passion est intacte, sa musique déborde encore d’énergie et contient une vitalité contagieuse. « A présent quand je prends ma guitare, c’est libérateur, et joyeux comme s’il n’y avait pas de limites. Je me sens comme si j’avais 17 ans à nouveau. ». Bonnes vibrations et feeling à fleur de peau, et bien sûr interprété avec une dextérité incontestable, ce nouvel enregistrement de Walter Trout ravira les fans et confirmera encore les progrès de la science en matière de greffe.
Gilles Blampain