blues again en-tete
10/21
Chroniques CD du mois Interview: KELLY Z Livres & Publications
Portrait: JIMMY DAWKINS Interview: JEANETTE BERGER Dossier: FIFE & DRUMS
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

OCTOBRE 2021

Altered Five Blues Band
Holler If You Hear Me

Genre musical: Blues-rock-soul   
Label : BLIND PIG
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon

Le band de Milwaukee a enregistré cet album en cinq jours à Nashville, sous la houlette de Tom Hambridge. Ça démarre très fort avec ‘Holler If You Hear Me’ et son rythme frétillant, guitare virevoltante, harmonica vibrionnant, piano sautillant, batterie martelée et basse vrombissante, pour soutenir un chant vigoureux. Et ça ne faiblit pas pendant les 50 minutes du CD. Les 13 compositions originales de blues-rock mordant et de soul torride sont signées, seul ou en collaboration, par le guitariste Jeff Schroedl et mettent en valeur la voix puissante du chanteur Jeff Taylor. La section rythmique est assurée par Mark Solveson à la basse et Alan Arber à la batterie, Raymond Tevich est aux claviers (Hammond B3, clavinet) pour donner tour à tour du muscle ou du moelleux au son du groupe. Invité de marque Jason Ricci illumine 5 chansons avec son harmonica. Le groupe possède une maîtrise instrumentale sans faille qui dégage une belle énergie tout en assurant une réelle finesse d’exécution. Fort d’une qualité de jeu irréprochable et une originalité certaine, avec ce cinquième enregistrement Altered Five Blues Band ancre solidement sa place dans le monde du blues-rock en offrant de fortes sensations sonores. Un son qui déchire, un punch d'enfer, des solos incendiaires et de bonnes vibrations. C’est la beauté du genre.
Gilles Blampain

Brad Vickers and His Vestapolitans
The Music Gets Us Thru

Genre musical: American Roots
Label : ManHat Tone
Distributeur : Amazon, music.apple
    

Entre blues, rock, folk, boogie, jump, cajun, Texas swing, cet album qui sonne comme une production des années 60 présente 12 chansons faites de compositions originales et de reprises comme ‘Take It Slow’ de Jimmy Reed, ‘I’ll Never Let You Go’ de Tampa Red ou ‘When I’m Drinking’ de JB Lenoir. Et cette variété de styles exécutée avec brio est des plus agréables à écouter. Brad Vickers qui a fait ses classes en tournant avec Bo Diddley, Chuck Berry, Pinetop Perkins, Jimmy Rogers, Roscoe Gordon, Odetta, pour n’en citer que quelques-uns, n’est pas un novice. Pour son septième album il est à la guitare et partage le chant avec la bassiste Margey Peters, Bill Rankin est à la batterie, Jim Davis joue de la clarinette et du saxophone ténor. Tous les quatre sont les piliers des Vestapolitans, ils sont rejoints par de nombreux invités : Charles Burnham au violon, Dave Gross et Dean Shot aux guitares, Mickey Junior à l’harmonica, Dave Keyes à l’orgue et au piano, et V.D King à la contrebasse, à l’accordéon et aux percussions. Laissez la musique vous traverser. Cette plongée dans les profondeurs du patrimoine musical américain est des plus réjouissantes qui soient.
Gilles Blampain

Carolyn Wonderland
Tempting Fate

Genre musical: Blues, americana 
Label : ALLIGATOR
Distributeur :
SOCADISC    

Cette artiste originaire du Texas a déjà trente ans de carrière à son actif. Carolyn Bradford pour l’état civil vient de passer trois ans en tant que guitariste principale au sein des Blues Breakers de John Mayall. Autant dire que personne ne peut contester son talent. Elle joue également de la trompette, de l'accordéon, de la lap steel, du piano et de la mandoline. Elle a enregistré le premier de ses six albums en solo en 2001 et a joué partout aux États-Unis, au Canada, au Mexique, au Brésil, au Panama, en Europe et au Japon. Bruce Iglauer dit d’elle : « Carolyn est tout simplement une incroyable joueuse de six-cordes - elle est la première femme guitar hero sur Alligator. Mais elle est bien plus que cela : elle est tout aussi talentueuse en tant que chanteuse, compositrice et interprète sur scène ». Quant au Boston Herald il écrit à son propos « Carolyn c’est comme un bon morceau de Janis Joplin, une tranche de Stevie Ray Vaughan et une grande quantité d'individualité soul ». Il n’y a rien à ajouter. Pour cet enregistrement elle est accompagnée par Bobby Perkins à la basse, Kevin Lance à la batterie et a invité quelques amis à la rejoindre pour certains titres : Dave Alvin (guitare), Red Young (orgue), Marcia Ball (piano), Cindy Cashdollar (lap steel), Jan Flemming (accordéon). L’album aligne 10 chansons, faites de compositions originales et de quelques reprises comme ‘The Laws Must Change’ de John Mayall, ‘It Takes A Lot To Laugh, It Takes A Train To Cry’ de Bob Dylan ou ‘Loser’ de Jerry Garcia’. Un disque éclatant au style novateur et original.
Gilles Blampain

Didier Marty
Mes Etats d'Ame!

Genre musical: Blues, rock, etc
Label : AUTOPRODUCTION 
Distributeur :
Plateformes de téléchargement     

Depuis le temps qu’il arpente les scènes on le connaissait saxophoniste chef de band(e) : Marty and The Gang, Mardi Brass Band, Zoozoos, Dixie Kings, Rolling Dominos. Le voilà en solo, chanteur, mais toujours avec son saxo, sa guitare ou des claviers et entouré de quelques musiciens, compagnons de route de longue date, pour nous offrir de belles sonorités finement exécutées. L’ensemble repose sur une base rythmique impeccable mettant en valeur des solos de guitare incisifs, des slides bien coulés, un harmonica pétillant, un saxophone éclatant, orgue ou piano venant juste quand il faut. Une chose est sûre, c’est réussi. Doté d’une vraie patte d’auteur, avec des textes bien troussés, Didier Marty se révèle être un véritable parolier en signant 10 chansons de belle facture où les mots dansent sur des rythmes bien choisis. Blues, rock, swing, sont de la partie avec des arrangements de la meilleure veine pour des ambiances qui varient au gré des titres. D’une voix chaude et agréable il nous entraîne dans des univers où le réel côtoie l’inattendu. Chronique mordante de la vie qui va, sorte d’autobiographie musicale, l’ensemble est vif, l’écriture est déliée et ne manque pas d’humour. Entre mélancolie et allégresse les chansons s’enchaînent sans faille tissant d’une plage à l’autre comme le fil rouge d’une passion intense. C’est fort, efficace et brillant. L’album a de l’épaisseur, du corps, et possède une âme généreuse.
Gilles Blampain

Ericson Holt
99 Degrees

Genre musical: Americana
Label : Conch Town Music
Distributeur : Spotify, Deezer, Applemusic
    

Issu d'une famille d'artistes, comme on dit (sa mère Annie H. Holt est écrivaine) le jeune Ericson a quant à lui opté pour le piano, puis la guitare dans sa Virginie natale. Emigré à Key West, il propose aujourd'hui un troisième album. Non sans avoir battu le rappel, puisqu'il s'est entouré des sœurs McCary, petites légendes du gospel, aux chœurs, ou de musiciens aussi recommandables que Kevin McKendree (Buddy Guy, Brian Setzer) aux claviers, Dave Santos (The Neville Brothers, John Fogerty) à la basse, ou Kenneth Blevins (John Hiatt, Sonny Landreth) aux drums. Des gens issus d'horizons divers, d'où peut-être ce manque de passion apparent. Le premier titre, 'Walkin' In Our Sleep' propose pourtant une intro accrocheuse, mais l'intérêt faiblit dès la mi-parcours. S'ensuit une collection de titres un peu plan-plan, parfois même vaguement paresseux. Rien de honteux, juste une série de vignettes sans grand relief. Ericson Holt s'inspire de la vie des gens ordinaires, plus ou moins à la marge de la société, mais la plupart du temps ça a été fait en mieux par des gens qu'il rappelle tour à tour, tels Jackson Browne ou Warren Zevon, quand ce n'est pas Chris Rea (ouch !) sur 'Help Us Now'. Jusqu'à ces   'Empty Without A Secret' ou 'Have Mercy' qui évoquent un Springsteen en petite forme. Peu de choses mémorables donc, mais pour les amateurs on épinglera tout de même 'Sweet On You', ballade plutôt touchante, 'Walkin' On Bourbon Street' pour l'authenticité - l'honnêteté du bonhomme n'est pas en cause - ou 'Beautiful World’ et 'I'm Gonna Pay', à la dimension plus épique, joliment soulignée par les parties de clavier.
Marc Jansen

Fabrizio Grossi & Soul Garage Experience
Counterfeited Soulstice Vol.1

Genre musical: Soui, Funk, Blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
iTunes    

Italo-américain, né à Milan, installé en Californie, Fabrizio Grossi, producteur, auteur-compositeur, musicien, a collaboré depuis de nombreuses années avec tout le gratin du rock (Slash, Nina Hagen, Eric Gales, Gary Clark Jr, Billy F Gibbons, Steve Vai, Steve Lukather, Glenn Hughes, Leslie West, Joe Bonamassa, Warren Haynes, George Clinton…). Bassiste au sein de Supersonic Blues Machine, il se lance dans une nouvelle aventure avec Soul Garage Experience. S’inspirant des sonorités des productions des 60’s et 70’s, Counterfeited Soulstice Vol 1 mêle funk/rock/soul/reggae/americana au fil des 11 titres qui composent ce disque. D’une chanson à l’autre Fabrizio Grossi passe du chant à la basse, des percussions, aux claviers, de la guitare au mellotron. Il est entouré par une belle brochette de musiciens, Derek Day assure la plupart des parties de guitare, Bette Smith est au chant ainsi que Diimond Meeks sur 4 titres, Alastair Greene est à la slide guitare, Stephen Perkins, Hermann Matthews et Kenny Aronoff se sont partagé la batterie, Alex Alessandroni Jr est aux claviers, Dylan Meek à l'orgue Hammond, Chris Hansen et Fabio Drusin à l’harmonica, plus encore quelques autres intervenants. Guitares exubérantes et rythmique retentissante, ligne de basse simple mais efficace et harmonica bluesy, tout est là pour un bon groove.
Gilles Blampain

Fred Baretto Group
Moving On

Genre musical: Blues-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
SOCADISC    

Si vous lisez attentivement les notes de pochettes de CD, vous avez déjà lu le nom de Fred Barreto sur les albums d’Archie Lee Hooker dont il est le guitariste. Mais il mène en parallèle une autre vie d’artiste. Si après une douzaine d’années d’existence sur scène son groupe n’est pas novice en la matière, sa musique demeurait toutefois éphémère. Alors le Brésilien a sauté le pas et s’est décidé à entrer en studio pour proposer une trace sonore durable. Entouré de Nadja Prange à l’orgue, Daniel Fastro à la basse et Michael Stein à la batterie, il grave ce premier album qui fait rugir un blues-rock plein de vitalité. C’est une explosion dès le titre d’ouverture ‘Living And Loving’, rythmique bien marquée, guitare en feu et orgue à l’unisson. Guitariste audacieux, Fred Barreto décoche des riffs incendiaires et a la puissance vocale qui va avec. L’album offre 11 compositions originales. C’est fougueux, robuste, impétueux, avec des solos ardents. Du blues-rock à haute intensité qui vous harponne dès la première écoute. Fred Barreto Group fait preuve d’un dynamisme contagieux et possède un son très particulier. Les musiciens envoient avec vigueur une musique exaltante et insufflent énergie et enthousiasme dans chaque titre qu'ils jouent. La musique de Fred Barreto est chaleureuse et pleine de passion. Le résultat est brillant et allègre.
Gilles Blampain

Johnny Tucker feat. Kid Ramos and the Allstars
75 And Alive

Genre musical: Blues multicolores
Label : Blues Heart records
Distributeur :
Spotify, iTunes, Amazon    

Comme son titre le laisse deviner, Johnny Tucker a enregistré cet album lors de son 75ème anniversaire en octobre 2020. Sont présents à ses côtés le guitariste Kid Ramos, le pianiste Carl Sonny Leyland, John Bazz à la basse électrique et à la contrebasse, le batteur Jason Lozano, le saxophoniste Ron Dziubla et l'harmoniciste Bob Corritore. Le répertoire est varié, présentant West coast jump blues, boogie, slow blues ou soul funky. La set list affiche 12 compositions. Des airs inspirés par les styles joués au Texas, en Louisiane et à Chicago. Les musiques sont signées Ramos et les textes sont de Johnny Tucker. Et pour cette production sa technique d'écriture de chansons s’est révélée assez inhabituelle. Les paroles lui sont venues, dit-il, dans le studio en écoutant le groupe et en trouvant des mots se coulant dans leur groove. Il atteste : « Ça me venait comme ça en tête. Je ne savais pas ce que j'allais dire avant que ça vienne. Et c'est sorti magnifiquement, mec. Tout était juste au bon moment, comme si je faisais les mêmes chansons depuis longtemps, et en fait c'est la première fois que je faisais ça ». Chanteur à la voix puissante légèrement éraillée Johnny Tucker qui a débuté dans les années 1960 électrise toujours son auditoire. Une belle production variant habilement les genres. L’ensemble est très dynamique. La prestation est au top niveau.
Gilles Blampain

Mick Kolassa
Wasted Youth

Genre musical: Blues, rock, funk
Label : Endless Blues Records
Distributeur :
Spotify, Deezer, AppleMusic    

Mick Kolassa, natif du Michigan, installé à Memphis depuis quelques décennies est bien connu de la scène qui a vu naître Elvis, puisqu'il est le responsable du label Endless Blues Records et un des membres fondateurs de la Blues Foundation. Surnommé 'Michissippi Mick' il aime qualifier son style de 'Free Range Blues'. Ce nouvel album semble inspiré par la perte en 2020 de nombreux amis et surtout de sa compagne ; 'It Hurts To Let You Go' témoigne de cette douleur. L'album alterne rocks 'Throwing Away These Blues', funky blues 'I'm Missing You', New Orleans blues 'I Can't Get Enough', titres un peu plus pop comme 'Easy Doesn't Live Here' ou le très Claptonnien période Winwood 'Edge Of A Razor' et blues lents 'Feeling Sorry For Myself'. Quant à 'Darkness To Light’, il s'agit d'un medley regroupant 3 titres que Kolosssa adore: 'Slipping Into Darkness' de War, 'Darkness Darkness ' des Youngbloods et le traditionnel 'Wayfaring Stranger'. La cerise sur le gâteau qu'est ce très bel album est 'Pieces Of My Past'. La guitare de Jeff Jensen y est féline, décochant de très sensuels solos. Il faut saluer les autres musiciens, nombreux. La formation de base est, hormis Kolossa et Jensen, Bill Rufino à la basse, Rick Steff aux claviers, la batterie est partagée par James Cunningham et Doug McMinn. Tullie Brae assure les chœurs. Eric Hughes et Branton Santini quant à eux jouent de l'harmonica, chacun sur un titre. Les cuivres sont de Mark Franklin et Kirk Smothers. Brad Webb et Albert Castiglia à la slide guitar. David Julia et Anthony Paule à la guitare. Victor Wainwright au piano. Alice Hasen au violon. Vickey Loveland aux percussions. Tout ce joli monde pour un album respirant la sincérité et à la production très club... in Memphis.
Juan Marquez-Léon

Moonwise
Common Ground

Genre musical: Jazz’n’soul d’Origine Contrôlée
Label : Turn Turn Turn Records
Distributeur :
iTunes, Deezer, Spotify    

Ils sont cinq. Ils ont la passion de la musique boulonnée au cœur, version jazz, funk, pop et soul entrelacés pour le meilleur. Si vous fermez les yeux à la première écoute de ce disque, l’ambiance électrique des clubs de la Côte Est vous calcine la nuque, Baltimore ou Manhattan dans le viseur, impossible de ne pas taper du pied en suivant le beat molletonné de la basse tenue par Maxime Aubouin, tandis que William-Josh Beck chante, compose, met en mots, Samuel Husband joue de la guitare et apporte son expertise en matière de production, Axelle Naulet cajole les touches de ses claviers, Guillaume Linay assoit le tempo à la batterie. Pourtant Moonwise n’a pas le globule amerloc : le groupe est né à Rennes en 2018. Après un premier EP sorti il y a deux ans, tous se sont retrouvés en studio au printemps dernier autour de Seb Lorho, virtuose de l’enregistrement et du mixage, rejoints par des amis musiciens de divers horizons, pour nous proposer ce voyage inclassable au son ciselé, diadème impérial, monument de panache brut, tel un chouchen à danser capiteux en diable. Chaque détail est mis en relief, ici le clapotis du piano, là les soufflettes des cuivres, au premier rang un solo d’Ibanez extragalactique, à l’arrière-fond quelques mélopées évanescentes, la cohérence de l’œuvre se dégageant par la symbiose instrumentale. Puis, au-dessus des nuages, postée à la droite des étoiles, il y a la voix de William-Josh, un brin surhumaine, nocturne, vigoureuse et frêle à la fois, avec quelques délicieux accents d’Al Jarreau sous amphés. A l’évidence, ces artistes ont intégré les leçons des maîtres du jazz, mais pas que, pour créer un univers singulier porté par la cadence qui déferle et conduit l’auditeur dans le grand huit : ruptures, relances, harmonie, énergie, chacun se renvoie la balle et les morceaux ont le bon goût sucré-salé de la fête. Un Bluesagain d’or est décerné à la chanson ‘Antigravity’, mélodieuse, entêtante, brossée sur une structure circulaire à l’efficacité redoutable. Common Ground arrive à point nommé dans l’immense trouble du moment pour nous offrir l’évasion tant attendue, joyeuse, profonde, urbaine par le sang, et, à l’instar de Charlélie Couture il y a un quart de siècle, nous rappelle que les rues « sont emplies de sons, confondus entre mille, c’est la musique des villes ». Alors il est l’heure d’écouter moonwise, encore, encore, et nous envoler pour le pays du Rythme Roi !...
Max Mercier

Polly O’Keary and The Rhythm Method
50

Genre musical: Funky bluesy rocky swing et rumba!
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Bandcamp, Spotify, Deezer
   

A la question de se demander quel serait vraiment l’âge de la maturité, on serait tenté de répondre 50 ! C’est en tout cas ce qui nous vient à l’esprit quand on écoute cet album. Et 50, ça tombe bien c’est le titre de cet album. C’est aussi l’âge de ces trois copains au moment de produire ce sixième album. Maturité de par la voix pleine, chaleureuse, rocailleuse, puissante et rythmée de Polly O’Keary. Dès l’ouverture et ce titre évocateur de ‘Brand New Day’ on note cette sérénité et cette assurance propres aux « quinquas » sûrs de leur fait ! Sur des allants funky, ce premier titre rappelle ces fameux groupes des Undisputed Truth ou The Temptations. Maturité également de par l’habilité que possède ce groupe de passer d’un style de musique à l’autre. Un peu de rock ? Pas de problème si vous tendez l’oreille sur ‘You Better Think’ où son piano virevoltant et surtout sa guitare (celle de Dave Miller plus exactement) n’est pas sans rappeler celle de ce bon vieux Chuck Berry ! Dave Miller montre également ses talents de guitariste rythmique sur ‘Love‘n’Waiting’. On n’atteint certes pas les 50 styles de musique mais cet album, en plus des précédents genres, offre également quelques lucarnes musicales de swing, de rumba, de blues-rock (‘Too Much Like I Care’), de rock pur (‘I’m Not Guilty’) voire de country blues. Et à 50 ans, on se dit finalement que la musique conserve, rend alerte et surtout régale !
Tristan Sicard

Seth Lee Jones
Flathead

Genre musical: Blues, blues-rock
Label : Horton Records 
Distributeur : Horton Records, bandcamp, qobuz 
    

Quoi de mieux pour un gratteux que de fabriquer ses propres instruments !... Luthier qualifié et reconnu, Seth Lee Jones est revenu à ses premières amours après avoir quitté Tulsa très jeune et perpétue une tradition familiale de guitaristes. Parti étudier pendant une dizaine d’années sur la West Coast à Los Angeles, il se formera au classique ainsi qu’au jazz au LA Valley College et sortira diplômé du Musicians Institute d’Hollywood. Back home en 2010, il se met à concevoir, fabriquer et restaurer des guitares, SLJ Guitars, sur lesquelles il prend un grand plaisir à jouer. En parallèle, il compose et se produit régulièrement avec son groupe dans un pub légendaire de sa ville, le Colony. Sorti le 10 Septembre, Flathead est en fait un album de covers Blues Rock composé de 9 titres. On y retrouve entre autres Muddy Waters, ‘I Can’t Be Satisfied’, Ray Charles avec ‘Mary Ann’, sans oublier le légendaire et regretté bluesman, Steve Pryor, idole de Jones, ou encore Roger Miller. Mais notre musicien-ébéniste ne se contente pas de reprendre à l’identique ces monuments, il y met largement sa patte. Et quelle patte ! Seth possède un toucher de cordes exceptionnel et une maîtrise du slide comme personne. Son approche du blues est sans complexe et d’une incroyable aisance. Alternant les solos roots aux intonations rappeuses à la technique d’une autre époque, il n’hésite pas à se lancer aussi sur du tapping, l’invention du géant Eddie Van Halen. En plus d’être un virtuose de la six cordes, SLJ pose une voix parfaite sur ces textes charismatiques et possède un timbre à la Hendrix, chaude et grave. Il est accompagné de Bo Hallford à la basse, Matt Teegarden à la batterie et s’attribue dans ‘Mary Ann’ les services de Mike Satawake, le sublimissime guitariste de Seminole, Oklahoma. Le tout mis en boite en moins d’une journée au Teegarden Studios, directement sur bande sans montage ni overdubs, une performance proche du live. On ressent ce crépitement d’énergie maîtrisée et la spontanéité de chacun. Notre homme des Plaines a pris de grandes libertés et a laissé son esprit ouvert pour nous offrir une perle du genre. Cette tête plate est estampillée du label Horton Records, organisation à but non lucratif basée en Oklahoma. Un album qui a de quoi rassembler un large public et vaut bien plus qu’une simple adaptation inspirée. Une performance ‘made in Tulsa’.
Nine Girard  

Teresa James & The Rhythm Tramps
Rose-Colored Glasses Vol.1

Genre musical: Blues variés
Label : Blue Heart records
Distributeur : iTunes, Amazon
    

Cet album dont l’enregistrement s’est étalé sur plus d'un an et demi en Californie possède un son vraiment fluide. Ce qui va bien avec l’esprit du titre. Rien n’est sombre. Voir le monde avec des lunettes roses. C’est ce que proposent Teresa James et ses Rhythm Tramps. L'expression se veut optimiste, pleine d'espoirs et de rêves. Chaque chanson, 12 en tout, évoque des notions romantiques, parle d'amour, de rédemption, de persévérance, de force et de joie. Teresa James chante de belle manière et joue du piano. « J’aime chanter c’est essentiel pour moi, plus que tout au monde », déclare-t-elle « C'est ma passion. C'est ma thérapie ». La guitare est tenue par Billy Watts sur 8 chansons et quelques experts texans comme Anson Funderburgh, Yates McKendree, Terry Wilson, Johnny Lee Schell, James Pennebaker, Dean Parks, Lee Roy Parnell et Snuffy Walden interviennent à différentes reprises. Terry Wilson (encore lui) est à la basse et les batteurs en alternance sont Jay Bellerose et Herman Matthews. Nicki Bluhm, Michael Starr sont aux cordes et Kevin McKendree aux claviers et Paulie Cerra et Darrell Leonard aux cuivres. Un grand souffle de fraîcheur parcourt cette belle production qui mêle agréablement blues, rock et R&B.
Gilles Blampain

The Ronnie Wood Band
Mr. Luck – A Tribute To Jimmy Reed

Genre musical: Hommage
Label : BMG
Distributeur :
WARNER    

Quand il n’est pas en tournée avec les Stones, quand il ne peint pas, Ron Wood aime rendre hommage aux musiciens qui l’ont inspiré. Après avoir célébré Chuck Berry, voilà un sérieux coup de chapeau à Jimmy Reed, inspirateur de nombreux groupes du British Blues Boom. Le seul bluesman qui a pu compter 22 entrées dans les hit-parades US. Avec son chant indolent souligné par une guitare hypnotique et des traits d’harmonica lumineux son style est parmi les plus aisément reconnaissables du blues. Le concert a eu lieu au Royal Albert Hall le 1er novembre 2013. Ronnie Wood tient la guitare, l’harmonica de temps à autre, et chante, le deuxième guitariste n’est autre que Mick Taylor. Quelques invités se succèdent pour un solo de guitare ou pour chanter. Ainsi Mick Huknall, Paul Weller et Bobby Womack sont de la fête. L’album s’ouvre et se ferme avec deux compositions de Wood à la manière du Maître, enregistrées en studio, et entre les deux on se régale avec un public enthousiaste de ce style non chalant, marque de fabrique de Jimmy Reed, avec les incontournables ‘Honest I Do’, ‘High And Lonesome’, ‘Shame, Shame, Shame’, ‘Big Boss Man’, ‘Bright Lights Big City’… 18 titres en tout pour 68 minutes de plaisir. Cette fois encore Ronnie Wood a illustré lui-même la pochette de l’album avec un beau portrait aux traits simples.
Gilles Blampain

The Supersoul Brothers
Shadow & Lights.

Genre musical: Soul, rock
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS     

Cette fratrie ne vient pas de Memphis mais de Pau. Le Béarn n’est pas le Tennessee pourtant ces six frères en musique ont le même feeling soul que ceux qui jouaient chez Stax dans les années soixante. David Noël a une voix de soulman qui en impose, Pierre-Antoine Dumora est à la guitare, Ludovic Timoteo tient la basse, Fabrice Seny-Couty est assis à la batterie, Julien Stantau s’occupe des claviers (orgue et piano), et Julien Suhubiette souffle dans son trombone. Le band laisse le micro à Claire Rousselot-Paillez pour ‘Shadows & Lights’ qui donne son titre à l’album. Afin de garder chaleur et spontanéité le sextet a enregistré en prise directe avec un minimum d’overdubs. C’est fort et intense. Des riffs qui tuent, une rythmique d’enfer et le chant qui déchire. Dignes héritiers d’Otis Redding, Wilson Pickett ou Sam and Dave, ces Béarnais provoquent une déflagration dont l’onde de choc devrait faire des remous dans le paysage musical. C’est brillant, plein de punch et d’une belle force d’exécution. On est saisi dès l’ouverture avec ‘Don’t Lockdown Your Heart’. Le frisson est garanti. Le groupe propose une douzaine de chansons mêlant compositions de son cru et quelques reprises de haut vol comme ‘Heroes’ de David Bowie qui clôt l’album.
Gilles Blampain

Thorbjørn Risager & The Black Tornado
Best Of - 2 CD

Genre musical: Blues, soul, rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Voilà 20 ans que le Danois est apparu sur la scène blues européenne. Des années jalonnées par plusieurs albums et quelques tournées dans une vingtaine de pays. L’occasion pour cet anniversaire de sortir ce Best Of avec 2 CDs, un par décennie (15 titres – 57 min) et (18 titres – 75 min). Thorbjørn Risager, chanteur, guitariste, auteur-compositeur, dans un style décontracté et raffiné tout à fait original, pratique un mélange des genres des plus savoureux. Il possède force, finesse et feeling. C’est un vrai brassage musical qui va allègrement du rhythm’n’blues au jump avec un détour par le rock et même le jazz. Sa voix grave et expressive a de la force et du grain, de la puissance et de la sensualité. Et the Black Tornado, le band, ne manque pas d’énergie pour mettre chaque titre en valeur. Les guitares sont discrètes ou violentes, les cuivres se font légers ou puissants, l’orgue apparaît de temps à autre pour apporter sa grâce et sa rondeur quand le piano vient marteler un boogie. S’ils jouent avec aisance une musique trépidante, pleine d’allant et de frénésie, Thorbjørn Risager & The Black Tornado savent aussi installer de beaux moments d’émotion avec des rythmes plus doux. Un peu plus de deux heures d’écoute pour apprécier l’évolution d’un artiste de belle envergure.
Gilles Blampain




Tony Holiday
Tony Holiday’s Porch Sessions Vol.2

Genre musical: Blues haut de gamme
Label : Blue Heart Records
Distributeur : iTunes, Amazon

Cet enregistrement est un rassemblement magique de musiciens de grande classe. Tony Holiday a organisé plusieurs sessions avec une pléiade de chanteurs, guitaristes, harmonicistes, occasions de conversations musicales pleines de spontanéité, d'ouverture et de liberté. Les seize titres ont été enregistrés bruts sans overdubs dans les studios de Memphis et Jackson (Tennessee), Bristol (Virginie), Fort Collins (Colorado), Clarksdale (Mississippi), et Anaheim et San Jose (Californie). Ces invités de marque se nomment Victor Wainwright, Willie Buck, Richard Pryor, Watermelon, Slim, Lurrie Bell, James Harman, Bobby Rush, Rae Gordon, Johnny Burgin, Ben Rice, Mark Hummel, Jon Lawton, AJ Fullerton, JD Taylor, Kim Wilson, Vasti Jackson, Kid Ramos, Rusty Zinn… Un casting 4 étoiles ! Si la plupart d’entre eux interprètent des compositions personnelles, Victor Wainwright reprend ‘She’s Tuff’ de Jerry McCain, Watermelon Slim ‘Smokestack Lightning’ d’Howlin’ Wolf et Lurrie Bell ‘Everyday I Have The Blues’ de Memphis Slim. Impossible de dire si l’un est meilleur que l’autre. Tous sont au top et expriment leur blues comme cela se faisait dans les années 1960. Et c’est assez jouissif. On a droit à un véritable festival. On est emporté dès le premier titre. Les voix, l’orchestration, tout est parfait, il en résulte une puissance et une ardeur débordante. Une heure de pur bonheur !
Gilles Blampain

Zac Harmon
Long As I Got My Guitar

Genre musical: Blues variés  
Label : Catfood records
Distributeur : CDBaby, zacharmon.com

Musicien, auteur-compositeur, producteur, en 40 ans de carrière Zac Harmon a abordé pas mal de rivages artistiques, mais il a su se forger une expression bien personnelle. Son style est plutôt sophistiqué et il ne reste pas bloqué dans une seule dimension. Les inspirations sont multiples et les atmosphères varient avec bonheur d’un titre à l’autre. Il va du blues élégant au plus râpeux en passant par le rock, la soul ou le funk et même le zydeco sans négliger quelques accents gospel ou pop. Zac Harmon possède un jeu de guitare assez remarquable et chante d’une voix soyeuse. Il est accompagné par Johnny McGhee à l’autre guitare, Bob Trenchard à la basse, Richy Puga à la batterie, Dan Ferguson aux claviers, sans oublier SueAnn Carwell et Corey Lacey qui font les chœurs. Il résume ses expériences récentes et explique le titre de l’album en déclarant : « Après un an à prendre ma guitare puis à la reposer, je me rends enfin compte que tant que j'ai ma guitare, tout va bien avec mon âme ». L’album produit par Jim Gaines présente 10 chansons dont 7 ont été co-écrites avec le propriétaire du label texan Catfood Records, Bob Trenchard. L’interprétation est pleine de finesse et de sensibilité et grâce à ses nombreux contrastes sonores ce disque est lumineux de bout en bout.
Gilles Blampain