blues again en-tete
12/21
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Portrait: FLOYD JONES Interview: THE SUPERSOUL BROTHERS Dossier: GREEN BULLET
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

NOVEMBRE 2021

Big Daddy Wilson
Hard Time Blues

Genre musical: Blues, soul, etc   
Label : Continental Blue Heaven
Distributeur :
CRS

La voix est toujours chaude et prenante. Elle est impressionnante et ne laisse personne insensible. Au fil de ses enregistrements Big Daddy Wilson n’a jamais déçu. Expressif et touchant le bonhomme a une certaine classe. Il est tout aussi convaincant dans la rugosité que dans la suavité, dans la puissance que dans la délicatesse. Et c’est toujours un immense plaisir de découvrir une nouvelle production de l’artiste. Le talent du bonhomme n’est plus à démontrer. Il fait partie du cercle restreint de ceux qui n’ont pas besoin de faire d’épate, il se contente de chanter et c’est simplement excellent. Il livre cette fois 12 chansons originales (plus une remix ‘He Cares For Me’) dont paroles et musiques sont de son cru ou de ses compagnons Eric Bibb et Glen Scott. Les textes parlent de la misère du monde, des inégalités sociales, du changement climatique, d’amour perdu, d’espoir, l’enrobage musical est comme d’habitude assez varié, blues, soul, R’n’B, country, gospel. Et si le chant est au top niveau, côté instruments, les musiciens sont eux aussi évidemment à la hauteur. Il est manifeste que rien n’a été laissé au hasard, la production est parfaite.
Gilles Blampain

Big Dez
Chicken In The Car And The Car Can’t Go!

Genre musical: Rockin’ blues
Label : KEBRA
Distributeur : SOCADISC
    

Ça fait déjà un quart de siècle que ça dure et on espère que ça ne s’arrêtera pas de sitôt. Big Dez revient avec un 10ème album chargé d’une étonnante vitalité. On constate quelques légers changements dans la composition du band. Phil Fernandez, pilier central, est évidemment toujours à la guitare et au chant, Paco Lefty Hand tient l’autre guitare, Lamine Guerfi est à la basse, Guillaume Destarac est à la batterie, Léa Worms aux claviers et Marc Schaeller à l'harmonica. Le son soul blues, galvanisé par une puissante énergie rock, reste la marque de fabrique inaltérable du groupe. Soutenus par une rythmique solide, les riffs cinglants de Phil Fernandez semblent déchirer l’espace quand l’harmonica et les claviers dessinent de belles volutes sonores colorées. Avec un beat musclé et accrocheur, le style brut et viril s’impose grâce à une interprétation forte, chaleureuse et sensuelle. Le mot qui s’impose est dynamisme. Les 10 titres passent comme une bourrasque emportant tout sur son passage. Il en résulte un album fougueux et brûlant sans aucun temps mort qui s’écoute avec un réel plaisir. Une excellente production qui met en valeur la plénitude du son grâce à l’alliance du feeling et de la puissance.
Gilles Blampain

Billy Jones & Delta Blues Outlaws
Billy Jones & Delta Blues Outlaws

Genre musical: Funky blues 
Label : Delta Blues Records
Distributeur :
Amazon, Spotify    

C’est avec plaisir qu’on retrouve Billy Jones qui s’était fait un peu rare depuis quelques années chez nous. Ouvert à toutes les musiques, son univers sonore qu’il labélise ‘smokin’ hot funky blues’ est bien personnel. Ce natif d’Arkansas qui affirme : « Dans ce foutu Sud on a deux racines, le blues et la country » a bien assimilé cet héritage. Avec un jeu de guitare très maîtrisé et sa voix qui prend aux tripes, il accroche instantanément l’auditeur. Il interprète avec la ferveur qui convient un blues-rock empreint de soul en y intégrant des beats funky. Guitariste créatif, doté d’un phrasé solidement charpenté et non dénué de finesse, il sculpte les sons à grands coups riffs et s’appuie sur une rythmique solide. Le style est à la fois brut et ouvragé. Il met autant d’énergie et d’intensité dans une ballade qu’en se déchaînant dans un solo enflammé. Billy Jones est accompagné par Ricco 'Pocket' Smith à la batterie, Rev. 'Do Dirty' Kendrick à la basse et Corey Bray aux claviers et au chant. En un peu plus d’une heure ils livrent 15 chansons d’une réelle originalité, le son est envoûtant et possède une force émotionnelle incontestable. Tour à tour subtil ou agressif, c’est à la fois sauvage et élégant, et bigrement efficace. L’ensemble est très enlevé et exécuté avec une dextérité incontestable.
Gilles Blampain

Black Sabbath
Technical Ecstasy – Super Deluxe Edition

Genre musical: Heavy-metal 
Label : BMG
Distributeur :
BMG    

La campagne de rééditions en coffrets de l’œuvre de Black Sabbath se poursuit, cette fois avec un premier disque mal-aimé de leur discographie : Technical Ecstasy. En 1976, Black Sabbath sort de presque deux ans d’enfer juridique afin de se séparer de leur ancien manager. Repris en main par le tout-puissant Don Arden, qui règne en maître sur le business des tournées aux USA, le quatuor anglais se remet au travail. Mais il ne faut pas oublier que malgré ces déboires juridiques, Black Sabbath n’a eu que fort peu de temps pour se reposer : déjà six albums publiés depuis leur formation en 1969, et autant de tournées mondiales éreintantes. Lorsqu’ils se retrouvent dans une villa à Miami en Floride, l’ambiance est très détendue : les dettes des procès ont été épongées grâce à la dernière tournée, et Arden leur assure un management solide. Tout le monde va à la plage, sans se soucier que le séjour a pour but de composer un nouveau disque. Tony Iommi, maestro du groupe, prend donc les choses en main, et commence à composer. Un nouveau membre s’est joint : Gerald Woodroffe, chargé d’apporter du sang neuf avec ses claviers. Iommi est souvent seul avec Woodroffe dans les Studios Criteria de Miami, les autres ne venant que pour poser leurs parties sans trop se soucier du ton général de l’album. Toutefois, le chanteur Ozzy Osbourne commence à tiquer : les chansons sont pour la plupart longues et aventureuses, très produites, et tendent vers la mélodie. Iommi a cherché à prouver que Black Sabbath n’était pas qu’une bande de bourrins sans imagination, mais bien un vrai groupe de rock anglais qui mérite son statut aux côtés de Yes, Jethro Tull et Led Zeppelin. Le disque publié le 25 septembre 1976, est trop différent, et très américain dans son orientation musicale. Il est le premier revers commercial de Black Sabbath. La tournée permet toutefois de refaire le plein d’argent frais. Mais des dissensions naissent. Le nouvel album a divisé les musiciens, et les excès de cocaïne et d’alcool depuis plusieurs années commencent à entamer sérieusement les organismes et les esprits. Ce coffret propose l’album remasterisé de frais, un remixage par Steven Wilson éclairant les vraies qualités de l’enregistrement originel, un disque de versions alternatives très intéressantes, et un volume consacré à des extraits de concerts de la tournée mondiale de 1976-1977 assemblé dans le fil d’un show complet de l’époque. Le tout est agrémenté d’un beau livret illustré, de la reproduction du programme de tournée et d’un poster. Technical Ecstasy n’est pas le naufrage artistique tant décrié. Son audace artistique tranche simplement énormément avec ses six prédécesseurs, tous profondément ancrés dans le heavy-metal pur et la violence sonore, même sertis de quelques arrangements de claviers. Hormis l’obus de premier choix ‘Back Street Kid’ en ouverture, Technical Ecstasy explore de nouvelles contrées progressives et mélodiques, alors que les Etats-Unis baignent dans un univers musical composé des scories progressives de Yes et Jethro Tull, du rock californien de Fleetwood Mac et Eagles, et du hard-rock chromé de Blue Oyster Cult, Boston, Journey et Foreigner. Black Sabbath en délivre sa version, brute de fonderie, avec cette maladresse d’ouvriers débarquant dans une soirée huppée. C’est ce qui va faire la perte du disque, car Black Sabbath ne semble pas vraiment à son aise dans ce nouvel univers trop sophistiqué. Mais c’est ce qui fait aussi sa personnalité, car l’identité sonore de Black Sabbath, sombre et mélancolique, règne toujours. On la retrouve sur ‘You Won’t Change Me’, la magnifique ballade chantée par le batteur Bill Ward ‘It’s Alright’, ou sur la sombre excursion nocturne ‘Dirty Women’, avec ses accents à la James Gang/Joe Walsh. Le disque live n’indique encore pas ses sources, mais il est indéniable que le groupe tient encore incroyablement bien la route. Les nouvelles compositions passent bien le feu de la scène, et s’intègrent finalement bien aux vieux classiques. Vivement la réédition du tout aussi mésestimé mais excellent Never Say Die.
Julien Deléglise

Cherry Pills
Blackjack

Genre musical: Rock, rock alternatif  
Label : UnderHouse Records
Distributeur :
InOuïe Distribution    

Inconnus jusqu’à présent ? Pas tout à fait, ils avaient porté début 2020 le projet Cheyenne avec leur fameux titre ‘So Bad’, suivi d’une tournée en France et aux Etats-Unis, et c’est pour revenir en force que le Power Rock Trio grenoblois nous propose le nouvel opus des Cherry Pills : Blackjack. Leur single ‘Short It Out’ avait fait une sortie remarquée au printemps dernier, et c’était au coin de la rue qu’on attendait la naissance de l’album pour confirmer ce qu’ils avaient laissé entrevoir. Déterminés comme jamais, les Cherry Pills ont répondu présent avec une efficacité redoutable. Marine Bruckner assure le chant et la guitare, Christophe Mamola tient la basse tandis que Nicolas Lhenry garantit le tempo. Et on n’a vraiment pas affaire à des ingrats : c’est à grosse dose que le band envoie du son. La galette, composée de 10 titres, alterne les envolées lyriques dans un style Evanescence, comme ’Find A Place’, au rock pur et dur pour les assoiffés de décibels, ‘Self Education’, ‘Glory & Fame’…On pourra y voir des influences allant de Royal Blood à Muse. Les compositions sont modernes et accomplies, avec une basse très en avant qui, telle une DCA, pilonne sans cesse et martèle au napalm à te déchausser les dents du fond. Portés par la voix dynamique et les riffs cinglants de notre rockeuse de choc, les morceaux s’enchaînent en délivrant une bonne énergie. La cinquième piste fait exception au reste de l’album, libérant une chanson douce au titre évocateur, ‘Love’. On fermera l’écoute par ‘Live Yourself’ sur une pointe pop. Le mixage et le mastering sont soignés, avec une production qui n’est pas en reste, menée d’une main de maître au studio d’UnderHouse Records et Metropolis Studios. En sortant Blackjack, nos Frenchies font sauter la banque et s’affirment sans complexe sur le devant de la scène du rock français. Une tournée est d’ailleurs en préparation pour 2022. Alors souhaitons-leur bonne chance et une pluie de bénédictions pour cette lancée sur orbite : que les dieux du Rock soient avec eux !… Ils le méritent vraiment !
Nine Girard  

Circle Of Mud
Circle Of Mud

Genre musical: Hard-blues 
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS    

Il est toujours intéressant de voir un nouveau groupe émerger. Mais si le band est tout nouveau, ses membres ne sont pas des inconnus. Flo Bauer chante et joue de la guitare, Gino Monachello joue de la lap steel et d’autres guitares, la rythmique est assurée par Franck Bedez à la basse et à la contrebasse et Matthieu Zirn à la batterie. Pour eux il est inutile de ressasser de vieilles lunes, ils ne veulent pas rester coincés dans un carcan mais projeter le blues dans le futur. Avec ce premier album ils revisitent les fondamentaux du genre en y incorporant des éléments hard-rock et psychédéliques et accrochent l’auditeur au premier accord. Le résultat est à haut indice d’octane. C’est du brutal, ça pétarade et ça vrombit. Ils interprètent avec fougue 11 compositions originales et reprennent ‘Stayin’ Alive’ des Bee Gees dans une version ébouriffante qui lâche les amarres du disco pour un blues-rock rugueux et plein de tensions. Circle Of Mud qui crée un son très particulier dégage une formidable énergie et fait preuve d’une vraie originalité et d’une authenticité certaine. Feeling et efficacité sont leurs ingrédients majeurs pour une musique exaltante. Ils y vont à fond et leur prestation bouscule quelques codes. L’ensemble d’une redoutable efficacité nous emmène dans une virée sonore assez jubilatoire. Il n’y a rien de banal dans cet enregistrement.
Gilles Blampain

Cuby+ Blizzards (2 CD)
Grolloo Blues

Genre musical: Electric blues, Chicago blues, rhythm & blues 
Label : Continental Record 
Distributeur :
Continental Record Services    

Disparu le 26 septembre 2011 à l’âge de 70 ans, ‘Cuby’ laisse derrière lui un patrimoine musical né avec l’apparition de ce nouveau genre de musique aux Pays-Bas : après l’émergence du blues britannique aux début des années 60, ‘Cuby’ importe la blue note dans son pays natal depuis la petite ferme de Grolloo, devenue à sa mort un lieu de pèlerinage. Elevé au titre de Monument National du blues batave, un musée a pris place là où tout a commencé, sous la direction de la Fondation pour la Préservation du Patrimoine Culturel Harry Muskee. Une statue est érigée à l’entrée du site où des expositions retracent la vie et le parcourt d’un demi-siècle de carrière, le passionné partant pour une « visite d’expérience » avec Harry lui-même comme guide. Afin de célébrer le dixième anniversaire de la disparition du grand artiste, Continental Records nous livre cette collection "hommage" très attendue. Ed Roose, ingénieur du son indissociable du groupe, a puisé dans ses archives puis sélectionné et mixé 24 performances live enregistrées entre 2001 et 2011. Après avoir choisi neuf concerts, il en a sorti les morceaux les plus marquants et créé pour l’occasion cet ultime et mémorable album. On y retrouve bien sûr ‘The Window Of My Eyes’, chanson emblématique qui deviendra un hit national, ou encore ‘Somebody Will Know Someday’. Ça envoie à tous les étages dans ‘I Feel So Bad’, ‘If You Were An Alien’ avec cuivres et orgue, Harry distille ses paroles dans un anglais charbonneux, épaulé par la pointure Erwin Java à la guitare. Coté rythmique, Hans Lafaille assure le tempo tandis qu’à la basse, Herman Deinum et Feico Nijdam délivrent le groove tout au long de ces deux heures de bonheur. Quatre cuivres étincelants et puissants dans ‘Stranger’ et ‘The Sky Is Crying’, complètent cette formation Cuby + Blizzards. Un album-recueil d’une efficacité redoutable, retraçant les dix dernières années de production sur scène, variant du style Chicago angoissé au Rhythm’n’Blues des plus torrides, Harry ‘Cuby’ Muskee a tout donné jusqu’à la dernière heure pour « garder le blues vivant » ! Son héritage ne sera pas oublié.
Nine Girard  

Diane Durrett and Soul Suga
Put A Lid On It

Genre musical: Soul, R’n’B 
Label : Blooming Tunes Music
Distributeur :
iTunes, CDBaby, Amazon    

Chanteuse, autrice-compositrice et productrice basée à Atlanta, Diane Durrett joue de la guitare et du piano et cosigne toutes les chansons de cet album avec l’un ou l’autre des membres de son orchestre. De la calme ballade à des tempos plus excités, la tonalité générale est assurément soul. Le band est composé de Melissa Junebug à la batterie, Yoel B'nai Yehuda aux claviers (Hammond B3, piano), Mike Burton au saxophone, Melvin Jones à la trompette et les bassistes Fuji Fujimoto et Gregg Shapiro, les guitaristes Tomi Martin, Cody Matlock et Ian Schumacher. On note la participation de Tinsley Elis pour une superbe intervention à la guitare sur le titre qui donne son nom à l’album ‘Put A Lid On It’, un rhythm’n’blues musclé. Le disque se termine sur ‘Make America Groove’ qui nous entraîne dans un rythme funky torride porté par des cuivres chauffés à blanc et qui adresse un clin d'œil à Aretha Franklin. Il y a dans cette production de joyeuses sonorités et Diane Durrett chante d’une voix claire et bien posée, portée par de charmantes mélodies et de brillants solos. Un album d’une belle teneur, agréable à écouter mais dont on peut toutefois regretter la brièveté puisqu’en 32 minutes tout est bouclé.
Gilles Blampain

Elly Wininger
The Blues Never End

Genre musical: Blues acoustique 
Label : EARWIG
Distributeur :
Amazon, iTunes    

La tradition a du bon, mais il n’y a aucun intérêt à la reproduire sans y apporter une touche personnelle. Avec son cinquième album la new-yorkaise Elly Wininger reprend à sa façon des compositions de Rosetta Tharpe ‘Let That Liar Alone’, Skip James ‘Special Rider Blues’, Blind Lemon Jefferson, ‘Black Snake Moan’, Leadbelly ‘Old Riley’, ou plus près de nous Tony Joe White ‘As The Crow Flies’, pour n’en citer que quelques-uns. Et sa manière de se les réapproprier donne l’impression qu’ils ont été écrits hier. L’enregistrement présente 9 chansons enracinées dans le passé, des classiques revisités avec un savoir-faire vraiment remarquable, et 4 créations originales. L’influence majeure est le blues bien entendu mais il y a aussi des intonations de cajun, ragtime, old timey, jazz et country, tous ces styles ayant de nombreux points communs. Elly Wininger s’accompagne à la guitare (slide, baryton…) et chante d’une voix mélodieuse soutenue de discrète façon par une contrebasse, une pedal steel, un harmonica un accordéon ou un banjo selon les titres interprétés. L’ambiance générale est plutôt à la mélancolie. L’apparente simplicité de la prestation acoustique met en valeur la finesse et le charme de chaque note et chaque mot en leur donnant une dimension spéciale.
Gilles Blampain

Joe Barr with Breezy RodioSoul For The Heart

Genre musical: Soul 
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS    

Ce n’est plus un novice et on dit de lui que c’est l’une des plus belles découvertes soul de ces dernières années. Joe Barr a fait ses classes de pianiste auprès de pointures commeHowlin’ Wolf, Luther Allison, ZZ Hill, Freddy King... Par la suite il forme le Soul Purpose Band qui anime les soirées du club de Koko Taylor sur Wabash Avenue. Après être monté sur pas mal de scènes de la Windy city, début 2007 c’est au Kingston Mines, dans le nord de Chicago qu’on le voit le plus souvent avec son orchestre. De son côté Breezy Rodio est guitariste au sein du Linsey Alexander Blues Band qui passe chaque mardi au Blue Chicago sur Clark Street. A la fin de la soirée il se presse de filer au Kingston Mines pour assister au dernier set de Joe. Et Joe finit par l’inviter à le rejoindre sur scène. Quelques temps plus tard on les retrouve tous les deux pour une prestation régulière dans un club du South Side et l’idée d’un album commence à se dessiner. En studio entourés par Johnny Reed à la basse, Big Lewis Powell à la batterie et Chris Foreman à l’orgue Hammond B3, ils mettent en boîte 10 compositions piochées dans les répertoires de Ray Charles, Tyrone Davis, Johnny Taylor, BB King, Teddy Pendergrass. Le résultat est un étonnant périple au cœur de la soul music la plus intense. Côté musiciens, c’est du haut de gamme, pour ce qui est du chant, la voix de Joe Barr est chaude et colorée, l’émotion au fond de la gorge et le groove pour enrober tout ça.
Gilles Blampain

Joe Bonamassa
Time Clocks

Genre musical: Rock, pop, etc. 
Label : MASCOT
Distributeur :
PROVOGUE    

L’homme au costard ne chôme pas. Il sort un album chaque année quand ce n’est pas deux. Celui que certains considère comme l’ultime guitar hero est de retour et les amateurs ne seront pas désorientés, Joe Bonamassa a toujours cette puissance de jeu infaillible, très incisif et rapide, tout en sachant rester mélodique, avec un bon groove et une palette musicale assez large. Il équilibre toujours parfaitement technique et sensibilité avec des riffs bien robustes et navigue du rock progressif à une pop mélodique, installant là des riffs heavy accrocheurs, autre part un beat bien marqué ou un blues inspiré. « Ce qui a commencé avec l'intention d'être un disque en trio s'est transformé en mon disque le plus aventureux et le plus impliqué à ce jour » explique Joe Bonamassa. Le groupe est donc composé de Steve Mackey (basse), Lachy Doley (piano), Bunna Lawrie (didgeridoo), Bobby Summerfield (percussions) et Anton Fig (batterie et percussions), ainsi que de Mahalia Barnes, Juanita Tippins et Prinnie Stevens aux chœurs. Les 10 titres originaux sont signés Bonamassa. Et si en tant que musicien il est incontestablement reconnu, côté vocal il ne s’en tire pas si mal. L’enregistrement s’est fait à New York et la production est hors pair.
Gilles Blampain

Kris Wiley
Kris Wiley!

Genre musical: Blues, blues-rock
Label : Continental Record   
Distributeur :
Continental Record Services     

Promise à un avenir étincelant, dixit la presse spécialisée de l’époque, Kris Wiley disparait des radars du blues pendant plus de vingt ans après avoir enregistré deux albums, Old, New, Borrowed And Blue et Breaking The Rules. Elle s’était fait un nom sur la South Bay, puis en Californie du Sud et finalement dans le reste des Etats-Unis de Nashville à Chicago, sa voix résonnant jusqu’en Europe dans les années 90. Originaire de Redondo Beach, California, Kris tire son inspiration des King, Albert, B.B, Freddie, mais aussi d’Albert Collins. Son ascension n’était pas passée inaperçue, « Wiley est la guitariste de blues la plus prometteuse à émerger depuis Bonnie Raitt » selon le Los Angeles Times, quand d’autres n’hésitaient pas à préciser qu’ils avaient bien affaire à une jeune femme dégageant une énergie si forte, au son intense, flamboyant et déchirant, « un vrai amour pour le blues » affirmait même Lou Laurenti, dans Southern California Blues. Pourtant, l’ingénue prodige de la six cordes referme son flight case. Fin de l’histoire ? Non, Kris Wiley revient sous l’impulsion de Carla Olson, productrice au riche parcours, avec qui elle enregistre dix nouvelles compositions Blues-rock variées et surprenantes, comme ’She Dreams’ à la patte Hendrixiènne, ‘Stop Thinking About You’, ballade sentimentale, ou encore ‘Pops’ qui clôture cet opus, aux racines d’un certain Steve. Kris s’ajoute à la longue liste des femmes songwriters guitaristes à la tête de leur propre groupe, comme Sue Foley, Joanna Connor, Ana Popovic, Samantha Fish, ou encore la très jeune Ally Venable. Son jeu brasille dans des arpèges mélodiques et des accompagnements élaborés, parfois country, enrichi d’une technique à faire pâlir les plus férus des gratteux quand il s’agit de martyriser sa Strat. Un ensemble soutenu par un chant puissant à l’apparence étroite de Bonnie Raitt. On notera aussi des pointes jazzy dans son phrasé. Un album peint de douceur mélancolique, frais comme les jours d’automne, mais aussi de morceaux nourris aux riffs sauvages et solos acharnés, à l’image de ‘I Can't Love Without You’ ou encore ‘Hard Lovin' Man’. Le talent et la fougue n’ont pas faibli, les titres défilent comme les paysages d’un road trip long d’un quart de siècle. Un come back puissant, apaisant et réussi : elle n’était pas partie, mais juste assoupie…
Nine Girard  

Les Soucoupes Violentes
16 Positions d'Amour

Genre musical: Rock’n’roll méta-sixties
Label : Nineteen Something
Distributeur : PIAS
    

Cet album de catcheur en béton armé, ils l’ont pondu sans le faire exprès. Pendant le confinement, on leur a demandé de préparer des playlits pour Spotify. Stéphane Guichard, très bon chanteur et très bon guitariste, a repensé à toutes ces reprises que les Soucoupes Violentes avaient enregistrées pendant quarante années d’orbitage, Coasters, Jam, Gene Vincent, Modern Lovers… Le label a trouvé que le résultat avait beaucoup de gueule, qu’il ferait un bel album, et que la mosaïque Spotify, avec son parti-pris rétro, ferait une belle pochette. Un génie du son s’est chargé de remasteriser ce long travelling arrière, étalonnant l’album à partir de ‘Seven Days’, un titre de Fantazio figurant dans le disque précédent. Il a augmenté la force de chaque chanson, son épaisseur, son nerf, gonflé le relief des arrangements et fait du nouvel album un fantastique tapis de bombes. Parmi ces seize bijoux volés et retaillés, plus vifs que les originaux, deux gemmes inédites : ‘Paper Dolls’ des Nerves, et ‘Call The Doctor’ de JJ Cale. Si on voulait faire semblant d’avoir encore un peu d’esprit critique, on prétendrait que ‘Les Roses Fanées’, la chanson de Dutronc, est assez déplacée dans ce déluge de plomb fondu, entre Slade et les Clovers. A part ça, les Soucoupes plongent dans la préhistoire de Lou Reed et lui empruntent ‘You’re Drivin’ Me Insane’, un titre du temps des Roughnecks. Quant à ‘Blue Collar’ de La Marabunta, quesaco La Marabunta ? « Le premier groupe parisien à avoir fait du jamaican R&B oldschool. » Si on dit que c’est du rock garage, et les courses d’orgue le disent un peu, soit, mais c’est du tunning grand sport.
Christian Casoni

Lucas Kiella
Ready For You

Genre musical: Soul-blues
Label : Cypress Road Productions
Distributeur :
iTunes    

Second album de ce multi-claviériste (piano, clavinet, Rhodes, Wurlitzer, Hammond), Luca 'Kiella' Chiellini qui a été primé d'un Blues Music Award en 2019. Sa musique est un brassage de funk, soul, pop, voire Middle Of The Road (autrefois on qualifiait de M.O.R. cette pop américaine que les radios déversaient à longueur de journée), avec sur la majorité des titres une influence très néo-orléanaise. Pour lier cette musique somme toute très agréable, Kiella a fait appel à Aaron Weistrop et Packy Lundholm pour les guitares, Paul Hall pour la batterie, William Baggett pour la basse, Michelle Hallman pour les choeurs, Chuck Bontrager pour les cordes, Mark Mullins pour le trombone et les arrangements de cuivres (le solo de 'Misstep' est à tomber), Bobby Campo pour la trompette, et Brad Walker pour le sax ténor. L'album a été enregistré aux Sound Vault Studios de Chicago, hormis les cuivres qui eux proviennent des Studios Esplanade de la Nouvelle Orléans. Les parties de claviers mêlées à la brillance de la section de cuivres sont de toute beauté. Au final, un disque plaisant que l'on se repassera souvent.
Juan Marquez-Léon

Magma
Eskähl 2020

Genre musical: Zeuhl, jazz-rock symphonique
Label : Seventh Records
Distributeur :
Seventh Records    

La tournée des cinquante ans de Magma de 2020 fut brutalement rompue sur la route menant à Besançon. Dans le bus, le groupe apprend que tout est annulé, que tout est fini, jusqu’à nouvel ordre. Débarquant dans la cité bisontine, ils furent hébergés chaleureusement par l’équipe de La Rodia, pour manger un morceau, et prendre quelque repos. Ils ont enfin assuré leur engagement le 22 octobre 2021 de la plus belle manière, notamment par une version fascinante de ‘Mekanïk Destruktïw Kommandöh’ et de la bien nommée ‘I Must Return’, dédiée à Besançon, ville du naufrage COVID pour Magma. Il semble que rien ne semble atteindre Magma. Malgré le temps, leur créativité et leur capacité à se renouveler ne semblent pas être altérée le moins du monde. Désormais doté d’une nouvelle configuration faisant la part belle au chant avec pas moins de sept chanteurs (Stella Vander, Hervé Aknin, Isabelle Feuillebois, Sandrine Destefanis, Sylvie Fisichella, Laura Guarrato, Thierry Eliez, également claviériste), Magma explore la dimension symphonique de sa musique. Christian Vander a fait délibérément le choix de n’être « que » le batteur, magnifique, avec toutefois une jolie improvisation vocale jazzistique sur ‘Mekanïk Destruktïw Kommandöh’, imitant le saxophone de son idole John Coltrane, jusqu’au placement de doigts sur le manche du micro. Eskähl 2020 est un magnifique témoignage de ce Magma nouveau, toujours aussi inspiré et puissant. Les deux anciens que sont le couple Vander refusent de vieillir : Stella est toujours dotée d’une puissance vocale faramineuse, Christian est toujours ce guerrier maniaque de la batterie pour qui chaque coup de baguette compte. Les concerts font presque deux heures, la furie est là. Il fallait réunir toute cette folie sur un double album, avec des captations forcément limitées. Eskähl 2020 a réussi ce tour de force, magistralement. Le premier disque se consacre à la mythique trilogie ‘Theusz Hamtaahk’, ‘Wurdah Ïtah’, ‘Mekanïk Destruktïw Kommandöh’. La suite explore d’autres horizons, et notamment des reprises. En ces temps perturbés, la musique apocalyptique et lyrique de Magma est plus que jamais d’actualité. Elle est cette fenêtre qui s’ouvre sur de l’air frais et la nature qui chante sereinement, pendant que grondent les imbéciles.
Julien Deléglise

Micke Bjorklof & BlueStrip
Whole ’Nutha Thang

Genre musical: Blues, rock, country…
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC   

C’est en 2006 que le band enregistre Whole ’Nutha Thang au Goldtop Studio à Londres. N’ayant bénéficié à l’époque que d’une sortie en Finlande, une remasterisation en décembre 2020 permet à cette production de connaître une seconde vie. Et si 25 ans sont passés, le son est toujours d’actualité. Micke Bjorklof chante et joue de l’harmonica, Lefty Leppänen est aux guitares (acoustique, électrique, slide), Teemu Vuorela à la batterie, Seppo Nuolikoski au piano et à la basse, Timo Roiko-Jokela s’occcupe des claviers et du vibraphone. Quelques pointures locales ont été invitées, Matt Holland à la trompette et au bugle, Martin Winning au saxophone et Geraint Watkins au piano et à l’orgue Hammond. Les 11 compositions originales puisent avec bonheur dans le blues, le rock, le rhythm’n’blues, la country, le swing. Le groupe possède ce qu’il faut pour sortir du lot. Il est vraiment excellent avec une qualité de jeu irréprochable et une originalité certaine. Il se forge un son bien personnel avec le timbre de voix chaleureux de Micke Bjorklof et crée la surprise avec l’utilisation d’instruments comme le vibraphone ou le bugle. Mélange d’énergie et de passion, l’ensemble riche de différentes saveurs est bien enlevé.
Gilles Blampain

Miss Lady Blues
Moe Betta Blues

Genre musical: Blues’n’soul cuivré
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Apple Music, Deezer, Spotify    

Il faut la voir, Miss Lady Blues, trônant dans son fauteuil doré au pied de l’Escalier des Ambassadeurs ! Il faut surtout l’entendre proclamer son blues gorgé de soul pétrifiante, on jurerait une grenade dégoupillée en robe de gala. La jolie a la plastique spectaculaire et le gène du chant dans les cordes vocales : être née à Tuscaloosa en Alabama, résider aujourd’hui à Atlanta, ça aide. Elle a débuté sa carrière en 2013 puis a sorti quatre ans plus tard le remarquable et bien-nommé album Pieces Of My Soul, qu’elle a ensuite interprété sans relâche sur les scènes américaines. Juste retour de son énergie à promouvoir des chansons de qualité supérieure, une récompense officielle est arrivée au printemps dernier avec le titre de Meilleure Artiste Féminine de Blues décerné aux Alabama Music Awards. Elle revient aujourd’hui en gloire avec ce deuxième opus intitulé Moe Betta Blues, composé de huit morceaux originaux, tous signés de sa main. Elle s’est entourée pour l’occasion de Dexter Allen, ancien guitariste du légendaire Bobby Rush, qui tient ici la quatre-cordes et les grattons, Joey Robinson tabassant les fûts et mitonnant les assemblages aux claviers. Cuivres et chœurs se nichent partout au fil du disque, en introduction, en césure, en conclusion, apportant à l’ensemble une touche Grand Sud qui n’est pas sans rappeler les ébouriffantes productions de Patti LaBelle dans les années quatre-vingt-dix. Le projet s’avère ouvertement émotionnel, basé sur la rythmique et la voix, autant dire que ça carbure : les lignes de basse puisent à la source du blues, langoureuses, compactes à l’envi, tandis que le phrasé de Miss Lady nous bouleverse par sa chaleur humaine et sa précision. Car elle pose les mots en suspension dans l’air, en prolongement des battements de son cœur, avec une grâce et une technique hors du commun, dans la lignée des divas de la musique soul éternelle. Des pièces comme ‘She Ain’t Me’, ‘Loving You’ ou ‘Baby’ sont gravement addictives, incitant au déhanchement des corps, à la danse primitive, version passionnelle clin-foc au vent fou. Le CD se clôt sur un saisissant ‘Can’t Be Love’ tout en lenteur de braise, cadence plombée et chant de velours corrosif, une sorte de mélange indéfinissable, d’une beauté féline, hachuré de place en place par des solos de guitare hyper-pointus, comme autant de soleils rougeoyant sur l’horizon. En revanche il y a une mauvaise nouvelle : cette œuvre ne dure que 28 minutes. Tout le monde se met alors à pester… Grrr
Max Mercier

Natalia M. King
Woman Mind Of My Own

Genre musical: Blues, soul
Label : DIXIEFROG
Distributeur :
PIAS    

Jusque-là elle brisait les barrières mêlant le blues à la soul, au jazz, voire à une pointe de rock. Cette fois le blues est l’axe majeur de cette production même si des inflexions gospel ou des envolées de soul affleurent par moments. Natalia M. King interprète 9 chansons avec cette voix étincelante, fougueuse, sensuelle, chaleureuse, qui laisse passer une réelle émotion. Qu’elle donne dans la puissance vocale ou qu’elle susurre, l’exaltation est toujours là. Deux invités de marque sont venus comme pour donner encore plus d’éclat à cet enregistrement, Elliott Murphy chante et joue de l’harmonica sur ‘Pink Houses’ une reprise de John Mellencamp, et Grant Haua est à la guitare et donne de la voix sur ‘Lover (You Don’t Treat Me No Good)’ du band Sonia Dada. Le disque se termine sur une étonnante réinterprétation de ‘One More Try’ de George Michael. Rémi Vignolo est à la batterie, Raphaël Ducasse tient la contrebasse, Ismail Benhabylès est aux claviers et Vincent Peirani joue de l’accordéon. Fabien Squillante qui a un jeu de guitare affûté a produit l’album et a cosigné la plupart de textes avec Natalia M. King. Toutes les compositions ont une teinte originale et accrochent dès la première écoute. Certaines donnent dans la sobriété, d’autres partent dans une frénésie communicative, les harmonies étant toujours élégantes et subtiles.
Gilles Blampain

Patto
Give It All Away – The Albums 1970-1973

Genre musical: Heavy jazz-rock
Label : Esoteric Recordings
Distributeur : Cherry Red Records
   

Patto est un curieux aréopage issu d’une formation psychédélique anglaise nommée Timebox. C’est en son sein que le guitariste Ollie Halsall, le chanteur Mike Patto, le bassiste Clive Griffiths, et le batteur John Halsey se croisent. Patto veut tenter une carrière solo, les trois autres lui proposent un groupe nommé Patto. Signé chez Vertigo en 1970, Patto propose son premier album la même année. Premier disque, premier chef-d’œuvre : le quatuor offre une curieuse mixture de heavy-rock pionnier et de jazz-rock, deux courants en pleine ascension en 1970. Ollie Halsall est la charnière ouvrière de la musique de Patto : guitariste au jeu jazz, mais aussi joueur de vibraphone, il apporte une patte incroyablement originale à l’ensemble. La voix puissante de Mike Patto survole cette matière sonore, solidement posée sur la rythmique impeccable de Halsey et Griffiths. Les premières merveilles éclosent : ‘The Man’, ‘Time To Die’, ‘Red Glow’, le surprenant et quasi free ‘Money Bag’, le superbe ‘Sittin’ Back Easy’. L’album fait peu d’éclats dans les classements, mais réjouit la critique anglaise comme française. Le second album, Hold Your Fire, sort en décembre 1971. Il offre ce même alliage de heavy-rock et de jazz-rock. Les mélodies prennent un peu plus le dessus, et le résultat est merveilleux : ‘Hold Your Fire’, ‘You, You Point Your Finger’, ‘See You At The Dance Tonight’, ‘Air Raid Shelter’… Le succès commercial n’est toujours pas là, mais le quatuor garde ses rangs soudés, faisant preuve du même humour décalé à la Monty Pythons. Cela les aide à tenir durant les longues et ingrates tournées européennes, entassés dans un petit van Vauxhall. Ils enregistrent un troisième disque nommé Roll’Em Smoke’Em Put Another Line Out en 1972. C’est un nouveau chef-d’œuvre avec du heavy-rock flirtant avec les horizons folk de Traffic (‘Flat Footed Woman’), et ce jazz-rock heavy lié à la guitare particulièrement originale d’Ollie Halsall (‘Loud Green Song’). Le disque autant que les prestations de Patto finissent par attirer les meilleurs promoteurs. Patto assure la première partie des tournées mondiales de Ten Years After et de Joe Cocker. Le quatuor, qui n’a jamais quitté l’Europe, se retrouve devant les publics américains et australiens. Patto fait le carton, et tout semble enfin s’ouvrir pour les quatre garnements à l’humour caustique. Seulement, une variable inattendue fait son apparition : la came. Halsall et Patto s’embourbent dedans. Un quatrième album doit permettre de capitaliser sur les excellents retours des dernières tournées. Mais les egos se crashent. Chacun veut briller, le succès commence à tourner certaines têtes, alors que rien n’est gagné. Maintes fois publié, Monkey’s Bum est cette fois proprement mixé, et révèle toutes ses qualités. Car ce quatrième disque ne verra jamais officiellement le jour. Patto éclatera peu après son enregistrement. Halsall rejoindra le groupe de Jon Hiseman nommé Tempest, Mike Patto deviendra le leader vocal de Spooky Tooth. Ce coffret réunit l’ensemble de la discographie de Patto avec un beau livret, et offre, en une jolie boîte, l’intégrale de l’œuvre d’un incroyable groupe d’une originalité créative folle.
Julien Deléglise

Phillip-Michael Scales
Sinner-Songwriter

Genre musical: Blues-pop-rock-soul
Label : DIXIEFROG 
Distributeur : PIAS 
    

On ne peut pas dire que c’est un débutant, il a traîné sa guitare sur de nombreuses scènes et dans pas mal de studios. Animé pendant de nombreuses années par une passion pour la performance live à la tête ses propres groupes, Phillip-Michael Scales a créé et enregistré sa musique sans mettre en avant le lien qu’il avait avec son oncle… BB King. Mais on n’échappe pas à une filiation aussi prestigieuse. Toutefois faire sa place au soleil avec une ombre aussi imposante que celle du toton n’est pas chose aisée. Et il sera d’autant plus difficile d’assumer la comparaison. Cependant le bonhomme ne manque pas de talent. Il se dit plus inspiré par le blues à présent et distille un son bluesy pop-rock teinté de soul. Une musique qu’il définit comme « Dive Bar Soul » (un dive bar est généralement un petit bar miteux, doté d’un faible éclairage où se réunit une clientèle locale). Mais sa production est riche et lumineuse, avec du cœur et de l’âme et peut toucher un large public. Cet enregistrement est un vrai concentré d’énergie, chaleureux et plein d’enthousiasme avec des tempos dynamiques. Doté d’une voix chaude et douce aux inflexions chatoyantes Phillip-Michael Scales signe et interprète 14 chansons de belle facture dont une en duo avec Archie Lee Hooker, ‘When They Put Me In My Grave’. Un album dans lequel des riffs agressifs et de doux solos plus langoureux expriment aussi bien la sensualité que la fougue au gré des compositions.
Gilles Blampain

Robert Jon & The Wreck
Shine A Light On Me Brother

Genre musical: Blues, blues-rock, Southern rock
Label : Robert Jon Music
Distributeur : Continental Record Services
    

Sur les dix dernières années, Robert Jon & The Wreck est sûrement l’un des groupes de Southern rock les plus prolifiques, avec pas moins de 9 albums au compteur. Outre la quantité, la qualité est toujours au rendez-vous avec des morceaux au son musclé. Tout démarre avec ‘Shine A Light On Me Brother’ au rythme puissant : on est immédiatement happé par cette mélodie joyeuse et refrain entrainant. Le lead guitar Henry James met la barre haut d’entrée de jeu et balance à pleines lampes un solo soutenu de slide électrique. A la guitare rythmique et au chant, Robert Jon Burrison place une voix chaude au timbre du regretté Joe Cocker, rehaussée par les chœurs de Mahalia Barnes, Juanita Tippins et Prinnie Stevens. Steve Maggiora assure les harmonies sur son clavier, tandis qu’au tempo Andrew Espantman frappe les fûts, épaulé par Warren Murrel à la basse. « 'Everyday' est un morceau de jam qui est né de la frustration due au manque de libertés » explique le leader de The Wreck. Notre artilleur de choix se transcende d’un solo langoureux dans ‘Brother’, titre émouvant qui évoque une personne proche du groupe présentant des problèmes de santé mentale. Composition acoustiquesignée par James, ’Desert Sun’, fait la part belle à la mélodie sur un fond country. Il y a des pauses FM comme ‘Ain’t No Young Love Song’ et son coté pop à la Springsteen, puis c’est le retour en force vers un ‘Chicago’ qui ne laisse aucun doute sur leur amour du blues. Formé en 2011, le groupe a peaufiné son jeu dans des salles combles à travers l’Europe et les États-Unis. Le quintet a reçu le titre de « Best Live Band » aux Orange County Music Awards en 2013, ainsi que de nombreux classements dans le top 10 des Charts. Enregistré et mixé par Jeff Frickman chez Sonic Groove Studio, Burbank, Californie, le disque est sorti le 3 septembre et a été suivi d’une tournée européenne avec quelques dates en France. Avec RJTW, le rock sudiste resurgit, brille plus que jamais et se taille un large public au Royaume-Uni et en Europe. Mûri et enregistré pendant cette trop longue période de privation, ‘Shine a Light On Me Brother’ est un album frais qui fait du bien, irrésistible et plein d’âme.
Nine Girard  

Rory Gallagher
50th Anniversary Edition

Genre musical: Blues-rock
Label : POLYDOR
Distributeur :
UNIVERSAL   

Polydor a décidé de se lancer dans la réédition en format coffret super Deluxe de l’œuvre de Rory Gallagher. Fort logiquement pour ses cinquante ans, c’est au tour du premier album de se voir gratifier de ce traitement de toute beauté : quatre CDs, coffret format vinyle, beau livre illustré. En 1970, Rory Gallagher est le guitariste prodige du trio Taste. La formation vient de classer son second album, On The Boards, dans le Top 20 britannique, et elle fait un triomphe sur la scène du Festival de l’Ile de Wight, assurant cinq rappels. En coulisses, les choses sont plus tristes. Taste est managé par Eddie Kennedy, et malgré les ventes très satisfaisantes et les concerts archi-complets, Taste n’a pas d’argent. Le trio assure ses dernières dates, alors que gronde une vendetta entre le batteur John Wilson et Rory Gallagher, qui accapare les droits d’auteur en tant qu’unique compositeur du groupe. Donal Gallagher, frère de Rory, assure alors l’ingrat métier de roadie pour son frère. Il croise un soir un colosse qui lui donne un coup de main bienvenu pour décharger le matériel. Alors que le solide bonhomme demande une bière après l’effort, Donal ne peut que s’excuser, expliquant qu’il n’y en a même pas pour les musiciens. Interloqué, le balaise donne rendez-vous à Rory Gallagher le lendemain à son bureau. Rory et Donal vont découvrir que le colosse se nomme Peter Grant. Il manage Stone The Crows qui jouait en première partie de Taste, mais aussi un groupe en pleine ascension aux USA : Led Zeppelin. En quelques semaines, Grant rompt le contrat avec Kennedy, et sécurise un contrat avec Polydor pour six albums, avec avance et propriété des masters pour l’artiste. Rory s’installe dans un petit appartement au-dessus d’une laverie (‘Laundromat’), et commence à rechercher des musiciens. Il décide d’auditionner le batteur et le bassiste d’un groupe ayant assuré la première partie de Taste : Deep Joy. Le premier s’appelle Wilgar Campbell, le second, Gerry McAvoy. Rory Gallagher met au point un nouveau répertoire dont seul ‘Sinner Boy’, joué lors du set de l’Ile de Wight, date de l’époque de Taste. Rory Gallagher sort le 23 mai 1971, et se classe à la 32ème place des ventes en Grande-Bretagne. Certes, le classement est moindre que le dernier Taste, mais grâce aux concerts, il finira disque d’or, le premier de Rory. Ce premier album est d’une beauté inouïe. La sensibilité poétique de Gallagher s’y exprime avec toute sa force, le blues-rock se mêlant à l’âme mélodique irlandaise. Entre les purs blues-rock que sont ‘Laundromat’, ‘Sinner Boy’ ou ‘Hands Up’, et les beautés mélancoliques que sont ‘I Fall Apart’, ‘Just The Smile’ ou ‘Can’t Believe It’s True’, le disque révèle un véritable songwriter talentueux et instrumentiste et chanteur exceptionnel. C’est aussi sur ce disque que Rory s’essaie pour la dernière fois au saxophone. Il abandonnera, se sentant piètre musicien sur ce cuivre à côté de John Coltrane et Wayne Shorter. Le coffret offre deux disques de versions alternatives, les sessions en direct à la BBC correspondantes à la sortie de l’album, et en prime, un DVD proposant le set complet à la Taverne de l’Olympia filmé par l’ORTF. Il s’agissait du premier concert solo de Rory hors de Grande-Bretagne. La campagne de rééditions s’ouvre magnifiquement, et je n’ai qu’une hâte : la sortie du second volume : Deuce, sans doute le plus bel album de Rory Gallagher parmi d’innombrables merveilles.
Julien Deléglise

Rusty Ends Blues Band
Rusty Ends Blues Band

Genre musical: Rock, blues, etc.Soul, rock
Label : EARWIG
Distributeur :
iTunes, Amazon     

Guitariste et chanteur, il vient de Louisville, Kentucky. Ce n’est pas un apprenti, Rusty Ends a fait ses premières prestations musicales à la fin des années 1960. Certains disent qu’il est le lien entre le rock et le blues des années 50 et 60 et le 21ème siècle. Sur son curriculum vitae on peut lire les noms des Shirelles, des Coatsers, des Drifters, de Koko Taylor, de Bobby Rush, d’Eddie Kirkland… Cet album n’est pas vraiment une nouveauté puisque les séances de studio ont eu lieu en 1996, malheureusement, le label a mis la clé sous la porte peu après, et mauvais coup du sort, l’enregistrement est resté sur une étagère. Earwig Music permet donc à cette production de trouver son public au bout de 25 ans. Rusty Ends est l’auteur des 17 chansons. Avec son groupe il joue une combinaison de rockabilly, blues, soul, jazz, country, de la meilleure veine. Hormis l’inévitable section rythmique on entend dans son orchestre, orgue Hammond, piano, harmonica, trompette et saxophone. Rusty Ends laisse le micro à la chanteuse Robbie Bartlett pour deux titres ‘Blue Shadow’ et ‘Broken Dreams For Sale’. Une création sonore qui fête son quart de siècle mais qui n’a pris aucune ride.
Gilles Blampain

The Hello Darlins
Go By Feel

Genre musical: Americana 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Spotify, Applemusic    

Basé à Calgary, le collectif canadien The Hello Darlins, surnommé « Broken Social Scene Of Americana », a fait ses débuts sur scène au début de 2020.  Né de la rencontre en 2016 de la chanteuse Candace Lacina et du claviériste Mike Little, le groupe est constitué de talentueux musiciens de sessions qui en veulent plus. On trouve notamment Murray Pulver (Crash Test Dummies), Clayton Bellamy (The Road Hammers), Matt Andersen, Dave et Joey Landreth (alias The Bros. Landreth), Russell Broom (Jann Arden) et l'excellent violoniste Shane Guse. Une entreprise musicale qui continuera à évoluer sur scène avec une formation qui pourrait potentiellement comprendre entre cinq et neuf musiciens. Sur Go By Feel, cette incroyable collection de talents a forgé un hybride de country, de gospel et de blues. A travers ses 11 chansons pleines de délicatesses et de feeling le band nous entraîne sans difficulté dans son univers. Un style clair et fluide qui offre une très belle sonorité. L’interprétation ne manque pas de souffle et ouvre sur de larges horizons. Avec leur mélange d'influences canadiennes et américaines et d'harmonies de voix fantastiques, Candace Lacina préfère appeler plus justement leur son ‘North’ Americana.
Gilles Blampain

The Porkroll Project
Papa Didn’t Raise Me Right

Genre musical: Blues-rock
Label : Roadhouse Redemption Records
Distributeur : Spotify, iTunes, Amazon

Le groupe de Philadelphie dirigé par le guitariste, chanteur et auteur-compositeur Neil ‘Porkroll’ Taylor revient avec ce troisième album. Taylor est entouré par Buddy Cleveland à l’harmonica, John ‘JT’ Thomas à la batterie, Walter Runge aux claviers, Anthony Pieruccini à la basse et une section de cuivres composée de Chris Neal à la trompette, Andrew Whisler au trombone et David Renz au saxophone. Paul Matecki invité spécial vient chanter sur deux titres ‘Down In Mexico’ et ‘Dancing With The Angels’. Chevronnés des clubs de blues de Philly, tous possèdent une réelle expérience collective, ayant joué ensemble à différentes occasions pendant plus de 20 ans. Le band joue un blues-rock assez rude avec parfois des accents funk. Si la guitare mène le jeu avec un phrasé soigné et des soli enflammés, mais sans jamais en faire trop, le piano apporte un bonus avec d’excellentes interventions, et les cuivres donnent de la couleur quand l’orgue Hammond crée du velouté. Dans la lignée d’une certaine tradition les onze chansons racontent des histoires sombres, des drames familiaux, des moments difficiles, l'alcoolisme et la rédemption à trouver. La musique du Porkroll Project n’est peut-être pas forcément novatrice mais elle est chaleureuse et dégage beaucoup de bonnes vibrations.
Gilles Blampain




Wee Willie Walker and the Anthony Paule Soul Orchesta
Not In My Life

Genre musical: Soul
Label : Blue Dot Record
Distributeur : iTunes, Spotify, Amazon

« C'est le projet le plus amusant sur lequel j'ai jamais eu l'occasion de travailler en raison de toutes les personnes formidables qui sont impliquées. Je ne pense pas que cela puisse se reproduire un jour. Pas de mon vivant ». C’est par ces paroles tirées de l’ultime interview de Wee Willie Walker que débute le CD. Tous ceux qui ont participé à cet enregistrement ont été choqués d’apprendre que Willie Walker est rentré chez lui après d’heureuses sessions de studio et est décédé dans son sommeil trois jours après avoir terminé, le 19 novembre 2019. Il avait 77 ans. Pas de mon vivant - ‘Not in my life’ – ces quatre mots ont donc donné son titre à l’album. Une voix chaude et puissante, rugueuse et chargée d’émotion, mélange d’énergie sauvage et de tendresse retenue qui provoque le frisson intense, un orchestre de 8 musiciens plus les chœurs, et le légendaire Jim Gaines à la production. L’album, rappelle les ambiances chaleureuses des prestations soul-blues des années 1960. Avec la guitare aérienne d’Anthony Paule, les nappes d’orgue et la section de cuivre aux arrangements élaborés, ces 13 chansons s’inscrivent dans la lignée des plus belles pièces du genre. La tonalité générale riche de belles sonorités, la finesse d’interprétation, tout contribue à l’excellence du résultat.
Gilles Blampain

Whitney Shay
Stand Up !

Genre musical: Soul  
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Whitney nous est vendue comme « un bâton de dynamite aux cheveux de flamme ». C’est essentiellement une artiste de scène, un tigre mondain aurait écrit André Breton. C’est bien par l’amplification des notes et la chaleur des projos que les cheveux de flamme combustent agréablement, ça bouge, ça vibre, ça provoque la communion, ça fonctionne très bien. Mais sur disque c’est une autre limonade. Malheureusement tout est lisse, et même si on monte le volume, une main invisible semble le maintenir à ras du sol, là ou rôde l’ennui et l’envie de zapper sur un vieil enregistrement de Lee Moses, réalisé n’importe comment mais débordant de vie. En live, la voix de Whitney a une raucité vraiment agréable, mais le producteur de l’album l’a noyée dans le Toplexil. C’est propre comme une table de cantine alors qu’on pensait entrer dans un juke joint. Moralité : allez la voir sur scène ! (Elle chante bientôt au Humphreys, à San Diego, CA).
Cranberry Gordy