blues again en-tete
12/22
Chroniques CD du mois Interview: ERIC BURDON Livres & Publications
Portrait: JOHN LEE SONNY BOY WILLIAMSON Interview: SOLOMON BURKE Interview: TONY MARLOW
y
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

NOVEMBRE 2022

Copperhead County
Homebound

Genre musical: Rock sudiste   
Label : Continental Recording Service
Distributeur :
SOCADISC

Actifs depuis 2018, ils ne viennent pas d’Alabama ou de Virginie, ils sont Néerlandais et pourtant ils jouent un southern-rock qui a très belle allure et ils soutiennent avantageusement la comparaison avec les meilleurs groupes US. Ils ont trouvé leur propre style et leur musique est chargée d'émotion et de passion à très haute énergie. Tous les ingrédients sont réunis pour une virée musicale plein Sud. Corvin Silvester est au chant, Robert van Voorden est à la guitare, Alex Stolwijk à la batterie, Johan van Dijk à la basse et Jordy Duitscher est à l’orgue. Et les choristes Ashley de Jong et Marja Boender se joignent à eux pour donner encore plus de puissance aux chansons quand cela est nécessaire. Leur deuxième album, Homebound, aligne 10 compositions aux accents bluesy ou country qui ont de l’épaisseur et du corps. Ça fuse dès le premier titre, le tempo est assuré par une batterie bien marquée et une basse chaleureuse qui mettent en valeur la guitare et la voix qui dialoguent avec en toile de fond un orgue qui donne du volume à l’ensemble. C’est fort, efficace et brillant, avec de belles ambiances. Fort d’une qualité de jeu irréprochable et d’une originalité certaine, propageant un dynamisme contagieux, cet enregistrement plein de tension est plutôt stimulant.
Gilles Blampain

Dave Keyes
Rhythm Blues & Boogie

Genre musical: Blues, boogie et plus
Label : Blues Heart records
Distributeur : Amazon, Spotify, iTunes, Bandcamp 
    

Vétéran de la scène musicale blues, roots, americana, pour son sixième album, le new-yorkais Dave Keyes a creusé au plus profond des racines de sa passion pour le piano qui révèlent les influences de Fats Domino, Dr John ou Professor Longhair pour n’en citer que quelques-uns. Mais le bonhomme ne se contente pas des 88 touches de son instrument de prédilection, il tâte également des claviers d’un Hammond B3, d’un Wurlitzer et d’un accordéon pour cette production chaude et colorée dont les sessions d’enregistrement ont eu lieu à New York, dans le New Jersey et à Memphis. Le titre de l’album Rhythm Blues & Boogie résume très bien l’affaire. Dave Keyes signe neuf compositions originales dont une en collaboration avec Doug MacLeod et fait une reprise singulière de ‘Funny How Time Slips Away’ de Willie Nelson. Des cuivres chaleureux et des riffs de guitare incendiaires soutiennent avec une belle ferveur le piano et la voix de Keyes, ample, claire et robuste. Mélange d’énergie et de passion, rien n’est banal dans cet enregistrement d’une redoutable efficacité qui nous transporte dans une virée sonore des plus jubilatoires. Le disque propage un groove contagieux en distillant avec une réelle allégresse des sonorités exaltantes.
Gilles Blampain

Diamond Head
Lightning To The Nations (The White Album)

Genre musical: Heavy-metal anglais – NWOBHM
Label : Silver Lining Music
Distributeur : Silver Lining Music  
    

Le refrain est connu, mais l’histoire du rock ne retient souvent que les groupes qui ont eu la chance de signer sur un vrai label, que le disque se vende ou non. Le temps fabrique ensuite la légende. Le punk a cependant bousculé cette notion avec sa méthode Do It Yourself consistant à presser et diffuser soi-même les disques aux concerts. La seconde génération du heavy-metal britannique, connue sous le nom de New Wave Of British Heavy-Metal (NWOBHM), s’en inspirera. De nombreux groupes cultes du genre ont ainsi publié des simples ou des albums sous ce même principe. Diamond Head fut de ceux-là avant de signer avec la major MCA en 1981. Le groupe est originaire de Stourbridge, à dix-neuf kilomètre à l’ouest de Birmingham. A ce titre, il est un groupe des Midlands, comme Black Sabbath et Judas Priest, deux des piliers du heavy-metal. Le quatuor est fondé en juin 1976 par deux lycéens : le guitariste Brian Tatler et le batteur Duncan Scott. La même année, le chanteur Sean Harris est recruté, et trois bassistes plus tard, Colin Kimberley prend la quatre-cordes. Fort de ses origines ouvrières, et fidèle à la réputation des groupes de hard-rock et de heavy-metal de l’époque, Diamond Head tourne abondamment, jusqu’à assurer les premières parties d’AC/DC ou d’Iron Maiden à la fin des années 1970 sur Londres. Diamond Head a développé un heavy-metal puissant, rapide et novateur avec des morceaux plutôt longs à tiroirs. En 1979, le vent tourne. Le punk, qui a pris tout l’espace médiatique rock en 1977 et 1978, s’efface.  Les labels s’intéressent à nouveau au heavy-metal, avec ces groupes plus puissants et nerveux. Motörhead et Judas Priest sont devenus les nouvelles valeurs sûres du genre. Cette année-là, Saxon, Iron Maiden et Def Leppard signent sur des majors. Diamond Head est managé par la mère de Sean Harris et son petit ami. Malgré la réputation flatteuse du groupe, rien ne se passe. Ne voyant rien se profiler, le guitariste Brian Tatler décide de financer l’enregistrement d’un premier album, qui servira autant de carte de visite pour signer avec un vrai label que de premier jalon historique dans leur discrographie.

Lire la suite blues 

Emanuel Casablanca
Blood And My Hands

Genre musical: Blues-rock, rock alternatif, soul/groove
Label : Kings Country Blues
Distributeur :
Spotify, Apple music, You Tube music, Deezer     

Déroutant, parfois inquiétant, Emanuel Casablanca étonne par la diversité de ses compositions et par le nombre conséquent des titres présents sur la rondelle. Seize au total, pour pas loin d'une heure d'écoute. Blood On My Hands est le premier album du locataire de Brooklyn. Pourtant Emanuel n'est pas un inconnu dans le milieu, habitué des grands festivals américains et internationaux, son carnet d'adresses rock'n'rollement garni lui permet d'inviter une liste assez impressionnante de pointures à faire une apparition sur son disque, tels que ; Eric Gales guitariste émérite, Kate Riggins à la voix chaude, ou encore l’harmoniciste Felix Slim, pour n'en citer que quelques-uns. Rien que du beau monde pour approuver cette première tentative. Blood est véritablement le fil conducteur de cet opus, où il n’apparait pas moins que sept fois dans les titres de ses chansons. Mais il n'a pas que du sang sur les mains, il a aussi beaucoup de talent, pas une dextérité de dingo, ni de technique Satrianesque, mais un touché et un son particulier, brut sans artifice, une manière de faire cruncher sa guitare, une ingéniosité du riff simple, efficace, authentique, une voix faussement posée sur des textes où il révèle ses faiblesses et démons. Emouvant dans 'Sunday Talks' et 'Like A Pulse', plus rugueux sur 'Thicker Than Blood' et 'Testify', ou encore bien blues sur 'In Blood', notre homme dévoile une à une les facettes de sa personnalité. Blood On My Hands est un véritable laboratoire à émotions. Personnellement, une pure découverte, une petite pépite de sincérité mêlé de sensibilité où un artiste passionné vaut mieux que du mastering survitaminé. Emanuel Casablanca possède un réel talent de songwriter et nous le prouve à chaque instant.
Nine Girard               

Eric Ter
Cousu d'Or

Genre musical: Rock elegant
Label : CHIC PARISIEN
Distributeur :
All Styles Editions    

Chroniquer un album d’Eric Ter est toujours un casse-tête, le énième d’une œuvre cool, étale, toujours belle. Il est difficile d’y répérer un angle d’attaque, un point de départ un tant soit peu spectaculaire. Dans les grandes lignes, c’est en même temps du rock et de la chanson française chantée en français. Chantée… Pas vraiment en fait. Eric Ter groove les textes plus qu’il ne les chante. Difficulté corollaire : l’absence de frime. Tous les éléments du dispositif sont plus ou moins confidentiels, la voix, les guitares, les petits solos, les petits pickings, la plume aussi qu’il ne faudrait pas tenir pour quantité négligeable. Rien n’est appuyé, rien n’est revendiqué, rien n’a l’air important et pourtant tout est décisif. Les lignes se filtrent et s’épousent naturellement, sans jamais se heurter, d’où cette nappe ondulatoire aux lumières douces et aux ombres estompées. Cet album, comme les précédents, est riche de tout, et surtout d’un delay intime. Une écriture simple et cadencée qui exprime beaucoup de choses en peu de mots. Une voix profonde à l’amertume amusée, qui sait faire danser le français. Un jeu de guitare brillant au dandysme discret… ce qu’est finalement notre homme. Il doit commencer à en avoir marre qu’on lui assène toujours les mêmes références, pourtant la voix rappelle immanquablement celle de Bashung, et le swamp qu’il dégage conserve des réminiscences de JJ Cale. Peut-être sa rythmique a-t-elle un peu perdu cette patte funky qu’on entendait dans les albums précédents. Derrière lui, comme sur scène, juste une basse et une batterie. Le bassiste s’appelle Silvio Marie. Deux paires de baguettes se partagent le tabouret, Fabien Meissonnier et Buddy Boy SK. Une surprise, plage 11 (sur quatorze) : une composition de Charlélie Couture, qui donne de la voix à côté d’Eric Ter, et pousse une soufflette d’harmo vraiment surprenante. Eric Ter tel qu’en lui-même donc, discret, digne et élégant. Le péché d’initié du rock français.
Christian Casoni

Erja Lyytinen
Waiting For The Daylight

Genre musical: Blues-rock    
Label : Bluesland Productions
Distributeur : SOCADISC
   

Celle qu’on surnomme The Queen Of The Slide Guitar et qui possède une palette musicale assez large revient avec un nouvel album dans la veinedu prog-rock des seventies avec un son lourd et de belles envolées de guitare. Elle signe 9 compositions originales et son jeu nerveux avec des solos mordants accroche l’oreille tout comme sa voix puissante et bien posée. Dans un tourbillon sonore assez réjouissant elle fait preuve d’une force émotionnelle incontestable. Et elle semble, à juste titre, satisfaite du résultat : « Je voulais faire un album de guitare. Dans certaines chansons, j'ai joué plus de vingt pistes de guitare différentes, et l'ensemble de l'album sonne énorme ».Les sessions de studio ont été enregistrées entre deux tournées avec beaucoup de pré-production avant les enregistrements. Erja Lyytinen explique qu'elle voulait faire un album de groupe. Elle précise : « Mon batteur Iiro Laotien et mon bassiste Tatu Back font un travail fantastique. Nous avons beaucoup répété les chansons avant d'entrer en studio, ce qui s’entend vraiment sur les morceaux. Mon claviériste de longue date, Harri Taittonen, s'est joint à l'album, ce qui est un vrai bonheur ». Un album fougueux et brûlant sans aucun temps mort et qui bouscule tout sur son passage. Une belle production qui a un côté flamboyant.
Gilles Blampain

GA-20
Crackdown

Genre musical: Blues,rock  
Label : Karma Chief records
Distributeur :
MODULOR     

Tu fermes les yeux et tu es illico presto dans les sixties. Nous sommes transportés à une époque où les jeunes groupes qui sortaient du skiffle découvraient le blues et le restituaient sur des guitares électriques et cela donnait le son « rétro » que nous propose GA-20. Une bonne grosse dose de blues, une belle louche de rock et quelques pincées de country et de pop, le tout interprété avec fougue et passion. Voici fournis les ingrédients dont neuf compositions enrichissent la troisième sortie de ce groupe qui, avec du vieux, nous font du neuf. Et ça sonne, ça envoie ! Ce trio de Boston comprend deux guitaristes. Matt Stubbs, qui a accompagné sur scène Charlie Musselwhite pendant quatorze ans, a rencontré Pat Faherty (également chanteur dans cette formation) qui partageait les mêmes goûts pour les musiques d’Otis Rush, Hound Dog Taylor, Junior Wells, Howlin’ Wolf… Plus tard, ils ont choisi de prendre avec eux le batteur Tim Carman pour compléter la bande et donner du coffre à leur musique. Leur technique est simple. Tous les instruments dans la même pièce, on joue dans les conditions du live, avec amplis et microphones vintage, en ayant pris soin d’utiliser des techniques « anciennes » d’enregistrement avec un minimum de micros et… En avant toutes ! C’est ce qui donne cette sorte de son saturé que l’on entendait dans les années soixante où tout explosait. Donc, rien de nouveau, mais il y avait longtemps qu’on avait entendu ça et cela fait vraiment du bien. De la simplicité et du sourire qui rappelle l’insouciance de cette époque. Avec ‘Easy On The Eyes’ on va à l’essentiel, pour ‘Crackdown’, plus dépouillé, tu meurs, ‘Just Because’, c’est le slow-rock qui emballe, ‘By My Lonesome’ et ‘Double Gettin’’ c’est du rock pour blousons noirs et moi, je craque pour ‘Dry Run’ et son ambiance louisianaise. Au fait… GA-20 est le nom d’un ampli de la marque Gibson fabriqué pendant les fifties, cela vous étonne ?
César

Ganafool
Full Speed Ahead

Genre musical: Blues-rock, hard-boogie, sider-rock
Label : Bad Reputation
Distributeur :
Bad Reputation    

Ce qui est bien avec Bad Reputation, c’est que les rééditions se font au gré des envies du patron, et elles sont aussi variées que pertinentes. Bad Reputation a réussi à récupérer les droits pour rééditer le second album de Ganafoul, Full Speed Ahead. L’auteur de ces lignes espère que l’ensemble des albums du trio lyonnais bénéficieront du même traitement, qui le méritent largement, indisponibles depuis les rééditions Spalax au début des années 2000. Ah, c’est chouette de réécouter ce disque entièrement restauré. Cela faisait plus de vingt ans que je n’avais pas écouté cet album, et je me rends compte que ma vie est totalement connectée à cette musique et à ce disque. Ganafoul a la verve de Rory Gallagher, sa rage comme celle de Status Quo. Mais le trio lyonnais ne fait pas dans le hard-rock sans pitié à base de riffs, du moins pas uniquement. L’amour que Jack Bon, le guitariste-chanteur et leader, porte au blues, est totalement perceptible, et donne de la chair à Ganafoul. Cet attachement au blues-rock rageur est aussi directement lié à ses origines géographiques. Ganafoul a vu le jour à Givors, dans la banlieue Sud de Lyon. Le Sud de Lyon, c’est la banlieue rouge de la ville : les usines Berliet à Vénissieux, la pétrochimie à Feyzin, la sidérurgie à Givors. Ganafoul porte d’ailleurs fièrement ses origines, qualifiant leur musique de sider-rock, pour rock de la sidérurgie. Les balbutiements de la formation remontent à 1974. Yves Rothacher en est le batteur et fondateur. Ganafoul est à ses débuts un quatuor avec le guitariste Edouard Gonzalez, le bassiste Philippe « Fourmi » Veau et le chanteur Jean-Yves Astier. Le guitariste Jack Bon vient compléter la formation, et un premier album est enregistré en 1975. Il ne verra le jour qu’en 2020 grâce à Simplex Records. Bon n’a pas encore la main sur le groupe, mais cela se fait avec les défections successives. Rothacher et Gonzalez partent fonder Factory avec le chanteur Yves Matrat, bientôt rejoint par Philippe Veau. Bon et Astier se retrouvent avec le nom Ganafoul, et vont le perpétuer. Dès 1976, Ganafoul est un trio : Jack Bon à la guitare et au chant, Jean-Yves Astier à la basse et au chant. Yves Rothacher revient poser ses baguettes dans Ganafoul.

Lire la suite blues

Gliz
Mass

Genre musical: Pop rock
Label : Youz Prod
Distributeur :
Baco Distribution    

Un groupe pop assez atypique du Jura. Singulier pour le choix des instruments : chant et banjo par Florent Tissot ; tuba, farfisa et chœurs par Thomas Sabarly ; batterie et chœurs par Julien Huet. Et c'est le tuba qui fait office de basse ! Ce choix donne une couleur très particulière à cette pop que je trouve malgré tout assez proche du Fleetwood Mac des 70's, le chant de Florent Tissot rappelant beaucoup celui de Lindsey Buckingham. Les chœurs vont dans ce sens aussi. Sauf que Gliz n'a pas fait le choix d'enregistrer son dernier album dans des grands studios californiens mais dans une ferme du 18ème siècle, le studio la Corbière, perdu dans le Haut-Jura. A la recherche d'un son authentique, la musique du band s'ouvre au mystère et aussi à la poésie de la vie. Je ne connais pas le premier album Cydalima de 2019, mais Mass est une très belle découverte. Quand le groupe décolle cela donne 'Totem', une envolée sur les terres du 16 Horsepower, une de ses influences. A l'opposé, 'All Is Fine', c'est la pureté de cette voix très particulière mêlée au son du banjo. Le disque se clôt sur 'Shadow', titre bouleversant et mélancolique. Une musique qui gagnerait à être écoutée par le plus grand nombre. 
Juan Márquez León 

Ivor SK
Mississippi Bound

Genre musical: Blues colorés
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
cdBaby, Bandcamp     

Installé depuis cinq ans à New Orleans, l’Australien Ivor SK (Simpson-Kennedy) sort ce troisième album proposant 15 titres originaux de son cru dans un style qui semble hors du temps, loin des modes. Inspiré par le blues languide de la Big Easy, il puise aussi dans des rythmes nés dans les Caraïbes ou sur les routes poussiéreuses du Mississippi. L’interprétation pleine de finesse et de sensibilité dégage une réelle force. Ivor SK fait partie de ces artistes dont la présence s’impose immédiatement à l’auditeur. Il chante d’une voix rauque et traînante s’accompagnant à la guitare ou à la cigar-box avec cette maîtrise que possèdent les virtuoses dans un style particulier mêlant à la fois souplesse et nervosité. Etant le seul musicien crédité ce doit bien aussi être lui qui a assuré batterie et percussions qui donnent du volume à sa prestation. S’exprimant à la manière de grands songsters d’antan il rend en quelque sorte hommage aux générations passées tout en apportant une approche personnelle rafraîchissante. Il y a l’impact des notes et le choc des émotions avec un mélange improbable de tendresse et de frénésie. On est accroché dès la première plage de cet enregistrement plutôt savoureux avec ses différentes ambiances sonores.
Gilles Blampain

Jeremiah Johnson
Hi-Fi Drive By

Genre musical: Blues Hi-Fi      
Label : RUF
Distributeur :
SOCADISC    

Jeremiah Johnson a bien changé depuis ses premiers albums qui sonnaient plutôt blues-rock, rock sudiste. La transformation est arrivée tranquillement au fil des albums. Peut-être sur ce coup-ci, a-t-il voulu voir au fond de lui-même ce qui s’y trouvait à moins que ce soit ses deux compères (Paul Niehaus IV – basse, guitare, claviers, producteur et Tom Maloney – guitare, piano, coproducteur) qui l’aient dirigé sur cette voie, aidés par le batteur Joe Meyer. Quoi qu’il en soit, le propos est définitivement blues avec le choix d’une grosse section cuivre (trompette, deux sax, trombone), d’un trio de choristes, d’un percussionniste, tous piochés parmi la crème des musiciens de St Louis. Grâce à sa notoriété reconnue, deux pointures sont venues contribuer chacune à un morceau. Victor Wainwright et son piano participe à ‘68 Coupe Deville’ qui ouvre l’album et balance rock’n’roll. L’harmoniciste Brandon Santini quant à lui s’exprime avec conviction sur ‘Young And Blind’. Le style Johnson prend son envol avec cet album où son jeu de guitare coulé et intelligent vous accroche du début à la fin de ce CD. J’en veux pour exemple ‘Hot Diggity Dog’ à écouter tranquille en « cruisant » bien calé dans la Cad’ en photo sur la pochette ou ‘Hot Blooded Love’ et ses accents Latino. Quel que soit l’une des dix compositions choisie, l’amateur de blues électrique s’y retrouvera. Le chant, la guitare, l’orchestre, les arrangements, la prod font de cet opus un grand moment dans la carrière de ce bluesman qui monte, qui monte, qui monte et qui doit exploser les compteurs en live de par la générosité musicale qu’il dégage.
César

John Lee Hoocker
The Healer

Genre musical: Boogie, blues introspectif 
Label : Craft Recordings - Concord
Distributeur :
UNIVERSAL   

Ce fut l’un des albums saillants du revival de blues qui avait démarré dans le courant des années 80 et s’était achevé au début du IIIe millénaire. Ce fut aussi l’album qui fit passer John Lee Hooker, de la classe moyenne américaine au statut de superstar. Hooker avait trouvé la combine pour y parvenir : jouer de son patrimoine. Sur son disque, il faisait une place à quelques vedettes qui lui pompaient un peu de sa légitimité. En échange, il augmentait son aura en pompant un peu de leur célébrité. Ce fut très bien pour arriver chez MTV. Le disque était sorti chez Pointblank en 1989, il ressort chez Craft Recordings en CD et vinyle 180-grammes. Le totem s’était entouré de Bonnie Raitt, Robert Cray, Carlos Santana, Charlie Musselwhite, George Thorogood, Canned Heat (moins le geek, moins le gros) et Los Lobos. Trente-trois ans plus tard, The Healer reste un bon album, pas que fonctionnel mais très stratégique, la botte que Hooker devait tenter pour changer de fuseau social. Le titre ‘The Healer’ mis à part, boogie latino très réussi, le bluesman nous sert, sans surprise, ses deux spécialités : du boogie tendu et, sur la fin, un bouquet de chansons intimes, sa voix s’avérant particulièrement poignante dans les exercices de tendresse introspective (le magnifique ‘My Dream’). Certains moments sont dispensables, celui avec Los Lobos par exemple, farci de solos blues-rock. C’est parfois trop propre pour du Hooker, ainsi son duo avec Bonnie Raitt. Mais l’ensemble n’est pas putassier du tout. Un bonus pour ‘Sally Mae’ avec Thorogood, à deux guitares : la mère et sa fille !
Christian Casoni

Lil' Red & The Rooster
Keep On

Genre musical: Blues retro moderne 
Label : Blue Heart Records
Distributeur :
Spotify, iTunes, Amazon Music, Bandcamp    

Ils se sont rencontrés il y a plus de dix ans. Finalistes de l'International Blues Challenge en 2019, Lil’ Red, c’est elle, The Rooster, c’est lui. Elle, Jennifer Milligan est Américaine de l’Ohio, lui, Pascal Fouquet est Français de Normandie. Ils chantent et jouent de la guitare tous les deux, avec en bonus pour elle quelques percussions. Leur duo a déjà une reconnaissance affirmée parmi les amateurs de l’Hexagone, mais c’est sur un label US que sort leur deuxième album. L’enregistrement c’est fait à Chicago en compagnie de Kenny ‘Beedy Eyes’ Smith à la batterie et Felton Crews à la basse. Billy Branch pointe le bout de son harmonica sur ‘Keep On Lovin’ You’ et le saxophoniste baryton, Jean-Marc Labbé, apparaît sur plusieurs pistes. Ils jouent une musique inventive, sensuelle et pleine d’énergie qu’ils qualifient eux-mêmes de « Retro Modern Blues Sound ». Une bonne dose de blues, une pointe boogie, une tranche de swing, des éclats jazzy, joués avec un bel enthousiasme et bien sûr un groove bien torride. Et par-dessus tout une joie et une bonne humeur qui s’échappent de chaque morceau. Le CD aligne dix chansons originales et une adaptation singulière de ‘Nobody's Fault But Mine’. Véritable concentré d’énergie cet album de belle facture est un remède contre la morosité.
Gilles Blampain

Malaya Blue
Blues Crédentials

Genre musical: Blues, soul. 
Label : Blue Heart records
Distributeur :
Amazon, iTunes, Spotify, Bandcamp    

Pour ce nouvel album la chanteuse britannique a une fois encore collaboré avec le compositeur et producteur américain Dennis Walker qui a signé la plupart des 12 titres de cette nouvelle production. Malheureusement le bonhomme a disparu en mai 2022 une fois toutes les séances effectuées. Dennis Walker, avait pris Malaya Blue sous son aile pour lui transmettre ses techniques et ses compétences en matière d'écriture de chansons. Et toute l’équipe qui a participé à cet enregistrement dit s’être sentie privilégiée d’avoir travaillé avec lui. Malaya Blue au chant est entourée de Brett Lucas aux guitares, au dobro et aux percussions, Richard Cousins à la basse, John McCullough aux claviers, Sam Kelly à la batterie et Chris Rand aux sax ténor et baryton. Dotée d’un bon feeling, avec sa voix claire et suave non dénuée de souffle ni de nuances, Malaya Blue dégage force et sérénité. Les ambiances varient au fil des plages passant de la quiétude à la vivacité au gré de rythmes enlevés ou de tonalités plus feutrées. Fluide, vaporeux ou grave, l’ensemble possède une certaine élégance en mêlant blues cool et riffs mordants, swing entraînant et velouté d’un mid tempo jazzy. Cette fois encore les sessions se sont déroulées aux célèbres studios Ashwood à Norwich.
Gilles Blampain

Mick Kolassa
Uncle Mick's Christmas Album

Genre musical: Blues for Xmas. 
Label : Endless Blues Records
Distributeur : iTunes, Spotify, Deezer, Apple Music
   

Décidément Mick Kolassa ne se repose jamais sur ses lauriers. Il sort des albums comme d’autres produisent des petits pains. Cette fois de manière anticipée, loin de la froidure et des flocons de neige, cet album de Noël a été enregistré dans la chaleur estivale à Memphis. Il est précisé que tous les participants, musiciens, techniciens et invités sont originaires de la métropole du Tennessee. L'album débute avec la reprise de ‘All I Want For Christmas Is You’ de Mariah Carey d'une manière très blues. Puis arrive ‘Frosty The Snowman’ dans un style Second Line. On a droit évidemment au classique du genre ‘Merry Christmas Baby’ et bien sûr le traditionnel et incontournable ‘Jingle Bells’ interprété dans une version inhabituelle. Quant à ‘Have Yourself A Merry Little Christmas’ autre rengaine inévitable, elle prend une teinte rhythm’n’blues. Avec 8 chansons, Noël se décline avec bonheur dans des ambiances, blues, funky, rock, r’n’b. Le disque se termine avec ‘Beale Street Christmas Jam’ composition de Mick Kolassa et Jeff Jensen (qui est également co-producteur) dans laquelle les musiciens tentent chacun à leur tour et avec talent de glisser une chanson de Noël classique en y insufflant avec subtilité blues et shuffle. Un cadeau de l’oncle Mick à mettre au pied du sapin.
Gilles Blampain

One Rusty Band
One More Dance

Genre musical: Blues rugissant et claquettes 
Label : AUTOPRODUCTIO
Distributeur : www.onerustyband.com
   

Comme le nom ne l’indique pas, ils sont deux. Greg chante et joue parfois de l’harmonica mais surtout de la guitare, fabriquée, quand elle ne sort pas de chez un luthier, à partir de boîtes de cigares ou de radiateur, Léa fait des claquettes sur un rythme trépidant. Le duo fusionne avec un savoir-faire consommé différentes influences pour réinventer un son et un style qui lui est propre. On est transporté par un beat d’enfer explosant dans un tintamarre de puissants riffs rugissants qui soutiennent un chant tendu et dramatique. Maîtres de leur art, ils composent à deux, lui enregistre et mixe, elle s’occupe du graphisme. Ils nous livrent 12 compositions originales et nous disent : « ce nouvel album n’a pour autre ambition que de faire remuer les gens sous la douche ou sur leur canapé ». Un enregistrement d’une énergie impétueuse qui révèle un mélange de blues électrique relevé de fulgurances rock, de funk puissant et de bricolage informel pour une déferlante sonore dévastatrice. C’est renversant, ils y vont à fond et le résultat est vraiment très épicé. Ils ont le style et ce qu’il faut pour sortir du lot avec des airs qui accrochent et évidemment une pêche d’enfer et un feeling du diable. Cette prestation est bourrée de vitalité et met en avant le plaisir manifeste qu’éprouve les deux partenaires.
Gilles Blampain

Paul Cowley
Long Time Comin'

Genre musical: Country blues acoustique 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : Bandcamp
   

Britannique installé depuis de nombreuses années dans le Morbihan, Paul Cowley joue un country blues plein de ferveur. Tour à tour enjoué ou mélancolique. Il chante d’une voix chaude, pénétrante et sensuelle, agréable à l’oreille. Excellent guitariste, avec un jeu d’une technique et d’une finesse remarquable, il maîtrise avec brio l’art du picking, et nous gratifie de splendides slides. La note est fluide et légère et fait naître l’émotion derrière chaque intonation. Pour ce quatrième album, Paul Cowley dont la prestation est assez brillante et originale, est seul avec son instrument à part pour 4 titres où il est rejoint par Pascal Ferrari qui joue de la basse ou des percussions. Avec de séduisantes mélodies, il crée des ambiances singulières dans lesquelles on se laisse emporter sans réticence. Il signe 7 compositions originales et reprend ‘Lost Lover Blues’ de Blind Boy Fuller, ‘Screamin’ And Hollerin’ The Blues’ de Charley Patton, ‘Louis Collins’ de Mississippi John Hurt, ‘Confession Blues’ de Ray Charles et ‘Love Changin’ Blues’ de Blind Willie McTell. L’apparente simplicité et le charme indéniable de cet album nous plonge dans un univers qui dégage une réelle sérénité. Le travail sur le son est impeccable et la production est superbement soignée. Le résultat est très convaincant grâce à l’aisance et à l’élégance de l’interprétation.
Gilles Blampain

Ronny Aagren
Changes

Genre musical: Blues, gospel, rock 
Label : RAA Records
Distributeur :  Indigo Boom 

Considéré par beaucoup comme l'un des meilleurs guitaristes de blues en Norvège, Ronny Aagren dit que ses premières inspirations lui sont venues à l’écoute des pionniers du Delta blues et plus tard des Fabulous Thunderbirds et de Ry Cooder. Au fil des années il a su créer un son bien à lui ce qui lui a valu d’être sélectionné pour représenter la Norvège à l’International Blues Challenge en 2019. Après un premier album, ‘Close To You’, acclamé par la critique en 2017 Ronny Aagren revient avec son groupe et propose 10 compositions originales aux accents blues, country, soul, rock, Americana et gospel. D’un titre à l’autre les ambiances diffèrent et on passe d’un style à l’autre avec un égal plaisir. Ronny Aagren chante d’une voix puissante et son jeu de guitare fait de riffs agressifs et de slides bien coulés est très exaltant. Porté par une section rythmique puissante, il capte son auditoire sans jamais surjouer. Il est accompagné par Alexander Johnsen aux claviers (orgue et piano), Roar Paulsberg à la basse et Ole-Christian Rydland à la batterie. Bien rôdé le quartette livre un son fougueux, robuste, explosif. Fort d’une qualité d’exécution irréprochable et une originalité certaine, avec cette nouvelle production Ronny Aagren offre de fortes sensations sonores.
Gilles Blampain

Rory Gallagher
Deuce – 50th Anniversary Edition

Genre musical: Blues-rock
Label : : POLYDOR 
Distributeur :
UMC UNIVERSAL

En 1971, Rory Gallagher redémarre sa carrière avec un premier album solo : Rory Gallagher. Porté par la réputation de son groupe passé, Taste, ce premier essai devient disque d’or en Grande-Bretagne. Le Rory Gallagher Band, constitué de Rory à la guitare et au chant, de Gerry McAvoy à la basse, et de Wilgar Campbell à la batterie, ratisse l’Europe, et effectue même ses premières dates aux USA. Le guitariste a obtenu un avantageux contrat avec Polydor de six albums négocié par Peter Grant, le manager de Led Zeppelin. Fort de ce premier succès, il veut enchaîner rapidement. Cependant, il veut un disque plus direct, à l’esprit live, moins ouvragé que son premier disque. Ce dernier lui avait permis de reprendre confiance en ses capacités de compositeur. Les concerts lui ont redonné la foi dans le blues-rock rageur. Il veut un côté authentique, immédiat, tel qu’il l’a ressenti lors d’un concert de Hound Dog Taylor dans un quartier noir de Chicago où il décida de s’aventurer pour y écouter le musicien coûte que coûte. Malgré la réputation dangereuse du quartier pour les blancs, Rory y passa une soirée magnifique au milieu du blues authentique et de la population qui l’inspire. En septembre 1971, Gallagher et son groupe rejoigne les Tangerine Studios dans le quartier de Dalston. Le studio est apprécié par les jamaïcains exilés qui y enregistrent les premiers simples de reggae en Europe. Mais le quartier n’a pas spécialement bonne réputation la nuit tombée. Il a aussi une autre spécificité : voisin d’une salle de bingo fréquentée par les personnes âgées, la cohabitation est parfois compliquée entre les cris des participants au jeu, et le rock’n’roll sortant des amplificateurs surchauffés. Le Rory Gallagher Band fréquente donc le studio le soir venu et une partie de la nuit, le matériel disposé comme à un concert. Le trio se lance ainsi dans un marathon sous forme de concert, jouant d’une traite l’ensemble des morceaux. Cependant, les premières prises manquent un peu de pêche. Rory Gallagher, qui supervise l’enregistrement assisté de l’ingénieur du son Robin Sylvester, est un peu déçu de ses prestations. Il n’arrive pas à retrouver totalement la rage du concert, celle qui le voit muter de calme et sympathique garçon en animal de scène.

Lire la suite BLUES

The Boneshakers
One
Foot In The Groove

Genre musical: Blues électrique, rock…    
Label : Take It To The Bridge records
Distributeur :
MODULOR

Non pas « One Foot In The Groove », mais bien mieux que cela. Le groove ? On y saute à pieds joints, on s’y vautre et on est embarqué dès les premières mesures. Du gros son et des musiciens généreux. Sous la houlette du duo Randy Jacobs, guitariste du groupe Was (Not Was) de son état et de la chanteuse volcanique Jenny Langer, c’est une grosse machinerie qui se met en marche du début à la fin de ce CD grâce à un pack de musiciens triés sur le volet. Avec une basse solide, celle de Nathan Brown habituellement avec Coco Montoya que l’on trouve aussi sur cet album, bien sûr avec sa guitare, le batteur choisi est Sergio Gonzales (Keb Mo, Don Was). Autant dire que le groove est déjà en place. On y ajoute Jon Gilutin aux claviers (Aretha Franklin, Patti LaBelle, Bonnie Raitt) et une paire de souffleurs, Joe Sublett au saxophone (Taj Mahal, Kenny Wayne Shepherd) et Mark Pender à la trompette. Autant dire que la partie est gagnée d’avance. Pas mal de reprises parmi les dix titres qui garnissent cet album. Par exemple, ‘Mr Alice Doesn’t Live Here Anymore’ de Bob Dylan que Randy Jacobs a déjà repris avec son groupe. ‘Let’s Spend The Night Together’ qu’on ne présente plus. ‘I Am The Blues’ de 24 Pesos. ‘Ice Cream And Cigarettes’ de la chanteuse Française Million Miles (Sophie Baudry). Tous ces morceaux, malgré des ambiances différentes ont un gros point commun, leur traitement. Mille dieu ! Ça groove terrible !
César

The Rusty Wright Band
Hangin’ At The DeVille Lounge

Genre musical: Blues-rock  
Label : Sadson Music
Distributeur : www.rustywrightband.com, Spotify, iTunes, Distrokid

Rusty Wright, enfant des Grands Lacs à l’Amérique cousue sur le cœur, sait de quoi il retourne lorsqu’on évoque la fanfare du diable : né au milieu des vinyles de son père, nourri aux hymnes gospel du côté de sa mère, il n’a jamais lâché le manche de sa Fender depuis son entrée au collège. Il s’est ainsi frotté au soleil de tous les étés afin de promouvoir le blues-rock qui le consume, y compris dans sa déclinaison vitaminée la plus dure et aux côtés des légendes du style, en studio ou sur scène, recueillant pêle-mêle les encouragements de Buddy Guy, de Charlie Musselwhite, des membres de Lynyrd Skynyrd ou de Molly Hatchet. Il a enfin posé ses valises en Floride en 2004 pour créer son propre combo et mettre sur pistes ses compositions aux tonalités polychromes. Sept disques plus tard, il nous revient aujourd’hui plein de fougue et d’originalité avec 12 titres de son cru enregistrés en compagnie de sa femme Laurie, qui tient la guitare rythmique, du bassiste Billy Agner, du batteur Vail Hayes et d’une volée d’invités talentueux. Après une introduction à demi-psalmodiée sous des accords de piano au fond d’un bouge perdu, les musiciens se lancent dans une petite heure d’album concept qui nous entraîne aux recoins les plus inattendus du blues, quatre temps comme fil conducteur, dans des atmosphères et sur des cadences variées, avec une préférence marquée pour les mid-tempos. Mélodies imparables et solos effilés sont au rendez-vous de façon systémique, version hachoir à viande fatal, version coulé-glissé propice aux rêves diamantins, version tarière de ouf qui trépane sans ménagement nos âmes à la dérive. On trouve du vrai rock’n’roll à base de riffs fouettés sur ‘Burnin’ Precious Time’, ‘Devil In The Details’ ou ‘Devil Man Blues’, ce-dernier délivrant un étonnant parfum stoner bienvenu. Puis il y a aussi la basse plombée dans ‘No One Cares At All’, l’orgue Hammond débraillé et le gratton qui s’envole vers Alpha du Centaure aux deux-tiers de ‘No Man Is An Island’, quelques pirouettes à la Texane que n’aurait pas reniées Stevie Ray sur ‘No Turnin’ Back’, la distorsion hendrixienne tout au long du ‘Devil Music’ terminal. L’ensemble est attisé par la voix souveraine de Rusty, grave à souhait mais pas que. Son chant choral semble habité par une force supérieure qui lui permet d’intercaler des touches animales, enjouées ou intimistes selon les morceaux, avec une mise en valeur récurrente de ce bon vieil Esprit du Mal et des plaisirs de la vie en général. Aucun doute n’est permis, Hangin’ At The DeVille Lounge constitue une œuvre riche et dense qui tournera sur les platines pour les siècles des siècles.
Max Mercier


Tomislav Goluban
20 Years On The Road

Genre musical: Blues, boogie, rock  
Label : Blue Heart records
Distributeur : iTunes, Spotify, Bandcamp, Amazon

Chanteur et surtout harmoniciste parmi les plus formidables de sa génération Tomislav Goluban nous dit : « Ce 14ème album studio commémore le 20ème anniversaire de mon premier concert solo, qui a eu lieu le 16 décembre 2001 dans ma ville natale ». Les sessions ont été captées en direct avec trois groupes de musiciens différents en Croatie et en Autriche. Et un grand nombre d’amis chanteurs ont voulu être de la fête. On retrouve ainsi devant le micro Mark Cameron, Malaya Blue, Ryan Donohue, Kelly Zirbes, Gregg Martinez, Teresa James, Crooked Eye Tommy et Skylar Rogers. Tout ce beau monde nous embarque dans un vrai festival d’énergie et de passion avec blues, boogie, country ou rock. Le disque débute par un instrumental survolté ‘Express Ride’ en compagnie du Tobacco Road Blues Band. Sur les 14 titres toutes les chansons sont originales, à l'exception d'une reprise de Sonny Terry ‘I Love You Baby’, qui termine l’album. Un grand souffle de vitalité parcourt cette belle production. La partition est multicolore avec des pulsions et des rythmes qui éveillent les sens. Festival de virtuosité et d’entrain, l’ensemble, clair et fluide, offre une très belle sonorité. Un enregistrement qui émoustille agréablement les tympans.
Gilles Blampain




Will Jacobs
Goldfish Blues

Genre musical: Blues-funk
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Il a quitté Chicago, sa ville natale, pour s’installer à Berlin en 2016. A à peine trente ans Will Jacobs a déjà pas mal roulé sa bosse. D’abord dans les clubs de la Windy city comme sideman, puis à Memphis lors de l’International Blues Showcase en 2009 où il a fait une prestation remarquée à la tête de son band Dirty Deal. Il aurait pu continuer sur sa lancée, mais il visait encore plus loin, c’est pourquoi il a suivi les cours du renommé Berklee College Of Music de Boston pour se perfectionner. Il a tourné abondamment aux USA puis, depuis son arrivée en Europe, il s’est produit en Allemagne, Pologne, Ukraine, Arménie, Espagne, France. Son jeu est donc bien rôdé et le temps était venu pour lui de sortir son premier album. Guitariste au jeu plein de verve, bien assuré et pétillant, chanteur au timbre grave, il distille un blues-funk des plus piquants. Une expression chaleureuse et pleine d’énergie. Il est entouré de Stef Rosen à la guitare, Brian Sauls à la batterie, Thomas Germann à la basse et Matthias Falkenau à l’orgue. Il signe 9 compositions originales et termine en reprenant avec une teinte originale et très personnelle ‘Don’t Burn Down The Bridge’ popularisée en son temps par Albert King. Une bonne production qui frappe avec autant d’énergie que d’intensité.  
Gilles Blampain

Yates McKendree
Buchanan Lane

Genre musical: Blues, soul music        
Label : Qualified Records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Bandcamp, Amazon

Quand d’autres étaient au jardin d’enfants, lui traînait depuis l’âge de trois ans dans le studio Rock House dirigé par son père Kevin McKendree à Franklin dans les faubourgs de Nashville. Multi-instrumentiste, auteur-compositeur-interprète, Yates McKendree a appris seul à jouer de la guitare, de la basse, de la batterie et du piano. Bien qu'il n'ait que 21 ans, il a une expérience en tant que musicien professionnel de plus de 10 ans, ayant participé à de nombreuses sessions pour différents artistes et en ayant été ingénieur du son pour Delbert McClinton et John Hiatt. On peut dire que pour démarrer une carrière solo le bonhomme connaît bien son affaire. Pour cet album, il est entouré par Steve Mackey à la contrebasse, Big Joe Maher à la batterie, la section des cuivres de Jim Hoke (saxophones), Andrew Carney (trompettes) et Roland Barber (trombones). Les célèbres McCrary Sisters ont assuré les chœurs et McKendree Sr. s’est occupé de la console d'enregistrement et de plusieurs claviers. Les 13 chansons qui se succèdent sur Buchanan Lane, adresse de résidence du père et du fils, sont des compositions originales qui plongent profondément leurs racines dans le blues et la soul music. Tout est bien enlevé et riche de différentes saveurs. Chanteur expressif, Yates McKendree a du style doublé d’un bon feeling et il accroche facilement l’auditeur.
Gilles Blampain