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12/17
Chroniques CD du mois Interview: AUTOMATIC CITY Livres & Publications
Portrait: SCOTT JOPLIN Dossier: ALADDIN RECORDS  
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

DECEMBRE 2016

All Night Long:
Northern Soul Floor Fillers
Can You Feel That Beat:
Funk 45s and Other Rare Grooves
Extra Added Soul:
Crossover, Modern and Funky Soul

Genre musical: Soul, Funk et Modern Soul
Label : NUMERO GROUP (J&D RECORDS)
Distributeur : DIFFER-ANT

BLUES All night longAll Night Long: Northern Soul Floor Fillers
Durant la seconde moitié des années 60, sur la lancée de la découverte des labels Motown, Stax ou Atlantic, les mods ou autres 'tribus' prolétaires du nord de l'Angleterre, se mirent à la recherche d'artistes plus confidentiels. Alors que presque toute la jeunesse s'envoyait les titres de Deep Purple ou Led Zeppelin, les clubbers, eux, via les ports et les marins, continuèrent à dénicher d'obscurs singles de soul music édités par Lujuna, Penny, Col Soul, Tragar, Velgo, Holiday, Dynamic, Way Out, autant de petits labels complètement inconnus de ce côté-ci de l'Atlantique Nord.  J/D Records nous propose dans ce premier volume, The Sensations qui sont de Cleveland et dont leur single 'Demanding Man' aux choeurs magnifiques se négocient autour de 2300€ en édition originale. Le soul singer le plus célèbre de cette compilation est Syl Johnson ; ici en 1965 avec son 'Do You Know What Love Is'. De Chicago, The Notations. Ils enregistraient sur le même label que Curtis Mayfield, Gemico. D'où cette même soul de velours, un peu comme du Temptations période Norman Withfield. Puis The Mystiques. Auteurs d'un single unique ; 'Put Out There'.  Une rareté et une formation au groove délicat, distingué, presque jazzy. Et ce même velouté pour la voix. Eula Cooper quant à elle est d'Atlanta. 'Let Our Love Grow Higher' est une splendeur. De Colombus viennent Royal Esquires, The Chandlers, The Vondors, et leur 'Look In The Mirror'. Encore un One Made Single! Un truc que Bruce Springsteen ou Southside Johnny pourraient interpréter! Splendide. Et puis 'Wait A Minute' d'Eddie Ray. Découvert il y a peu dans les archives de l'Harmonic Sound Studio', ce titre du début des 70's possède une section de cuivres en fusion, un solo de guitare rock en son centre et un batteur surspeedé pour compléter cette merveille. Richard Cook d'Atlanta est dans un style très proche d'Otis Redding avec son 'Somebody Got'A Help Me’. Quant aux Two Plus Two de Detroit, patrie de la Motown, il s'agit d'un quartet vocal. Brown Bombers & Soul Partners et leur 'Just Fun', un instrumental qui annonce déjà la disco naissante. The Tonettes du Texas, un girl group genre The Shirelles vous fera lever du fauteuil dans lequel vous lisez ces lignes. The Chapells de Baltimore, formation qui eût un tube en 1965 (‘Are You Ready?’), ont enregistré 'Help Me Somebody' en 69, vibraphone sur soul classieuse et chanteuses toutes en réverbération. Au final 20 titres, 20 pépites, introuvables pour la plupart sans casser votre compte épargne.

bluesCan You Feel That Beat: Funk 45s and Other Rare Grooves
Et James Brown arriva! Le R&B, la SOUL mutèrent en FUNK : musique de sueur. Argotique, ce terme exprimait/exprime par les Wasp (White Anglo-Saxon Protestant) l'odeur, la transe des noirs sur les dance floors. D'autres y voyaient l'odeur de la femme en Sex Machine....
Dans cette course vers le hit absolu, beaucoup furent inspirés par le 'Godfather Of Soul'. Les Mods du Royaume-Uni suivirent le mouvement vers la danse des samedis soir. C'est ce que nous présente ce second triptyque J&D Rds. L'influence James Brown est confirmée chez The Soul Président (rien à voir avec Obama!) et son 'Get It Right’. Robert Moore, The Young Disciples & Co, Pearl Dowell, tous sont tombés dans le 'Papa Got A Brand New Bag' du grand inspirateur. Il y a aussi beaucoup d'instrumentaux  dans cette compilation, le premier de ceux-ci s'ouvrant sur une intro féroce comme un navire entrant au port par Mickey And The Soul Génération 'Iron Leg'. Duracha  et 'Ghet-To Funk' vont plutôt funker du côté de chez les Meters, plus Louisianais donc. 'The Grade A' de Clifton White, sacrément psychédélique, possède en son centre un superbe solo wah wah. Si vous trouvez le single du Black Sunshine 'The Electric Skunk' sur Kyles Rds, dites-nous à quel prix, tellement le truc est rare. We The People? Ça vous parle? Bin non ce ne sont pas les mêmes! Eux ne font pas du garage rock, mais sont tout aussi toxiques tellement leur 'Function Underground' est lancinant et sombre. Et que dire des chanteuses  Sandy Grave, ou Gail Anderson dans Union? Le très psychédélique Créations Unlimited est à fuzz et brides abattues. Encore une rareté. Mais les grands moments de ce volume sont au nombre de deux. Tout d'abord un bluesman de Chicago, Andrew Brown, 'You Made Me Suffer' sur Bravo Rds, est dans le style du grand Fenton Robinson.  Ensuite, 24-Carat Black. Sans hésiter je qualifierais cette formation de précurseur du trip hop britannique à venir dans les 90's. Auteur d'un seul album vers 1973, tellement pillé/samplé par les DJ's, puis d'un second récemment, Dale Warren, le leader, arrangeait les cordes chez des gens comme Isaac Hayes. Mi-soul, mi-jazz, la modernité de la voix de la chanteuse fait de ce titre un chef d'œuvre. En conclusion, une superbe compilation pour ceux qui aiment leur funk bien épicé.

blues soulExtra Added Soul: Crossover, Modern And Funky Soul
Volume 3 de cette série éditée par J&D Rds, et compilée dans son ensemble, par l'archéologue,  DJ Dean Rudland. Celle-ci regroupant des raretés sorties au mi-temps des 70's et du début des 80's. Pour être franc, il s'agit là de la moins intéressante des 3. La musique des dance floors, ou des boîtes de nuit se parant de violons, de boules à paillettes, de clinquant nous cause de... Disco! Nous ne sommes pas loin de Barry White avec le 'Love Is On The Way'. Le 'Patience' de Rokk fait son Chic, mais en moins bien. Il y a du Edwin Starr chez Elvin Spencer. El Anthony et son 'That's What My Lady Says' tire son épingle du jeu. Parce que plus soul peut-être. Comme le 'Main Squeeze' de Nate Evans.  A noter une curiosité par une formation de Minneapolis : 94 East. L'on y retrouve un certain Roger Nelson, plus connu sous le nom de Prince. Au titre des petites perles, citons Alice Swoboda 'I Think It's Time (You Were Mine)’, une chanteuse folk s'étant essayé au funky groove de bien belle manière. C'est sur Roulette Rds. Et puis en fin d'album, Cosmos Universal Band 'Cosmos Third Eye’. Une soul funk jazzy entre George Benson et Maze! Classe.
En conclusion et en hommage, s'il y avait un volume 4 avec comme thème, la néo soul des années 2000, sans me tromper, Sharon Jones y figurerait. Elle vient de nous quitter à 60 balais. Au revoir Madame.
Juan Marquez Léon

Band of Friends
Repeat after me

Genre musical: Blues rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
www.banoffriends.eu

Fans de Rory Gallagher, bien le bonjour ! Ce CD est fait pour vous. Jugez plutôt. Le trio qui compose ce band est formé de Gerry McAvoy, bassiste qui a accompagné R.G pendant plus de vingt ans et que l'on a vu aussi au sein de Nine Below Zero. Le batteur n'est autre que Ted McKenna qui a joué avec R.G entre 78 et 81 et célèbre pour avoir fait partie du cultissime Alex Harvey band. Le guitariste, Marcel Scherpenzeel, vient d'Amsterdam, a joué avec The Hoax, avec Ron Hacker, il a fait des tributes to Rory et d'après le bassiste, c'est le guitariste actuel dont le jeu se rapproche le plus de celui de Gallagher. C'est le second album de cette formation électrifiée au gros son, formée donc, de vieux routards du blues-rock qui sont totalement dans l'esprit du défunt guitar hero. On démarre avec deux titres solides ‘Don't Ever Change’ et ‘The Man I Am’, on enchaîne avec  ‘Repeat After Me’ sûrement fait pour les radios. Pour suivre nous trouvons deux ballades ‘A Sense Of Freedom’ et ‘Homeland’, viennent après, les trucs qui vont vite et bien dont  un ‘Nothing For Nothing’ sans répit, pour finir avec un acoustique ‘King Of The Street’ afin de calmer les ardeurs. En tout onze morceaux sur cette galette qui donne envie de voir comment cela se passe sur scène.
César

Catfish
Dohyo

Genre musical: Blunk new wave, racines électroniques, ou bien…
Label : TROLL'S PRODUCTION
Distributeur :
MUSICAST

Qu’écoute-t-on là ? Cochons donc quelques cases. Du blues ? Pas vraiment, non. Catfish a décliné l’invitation pour ce deuxième album, mais Amandine Guinchard et Damien Félix ont conservé les bourdons du blunk, son boogie à l’os, et cette formule en duo qui a fait la preuve de son efficacité dans le genre. Voir Hoboken. Voir les White Stripes. Du rock’n’roll ? Indéniablement. Et aussi de la new wave, avec une petite touche electro pour faire rayonner le brasier. Eux, ils citent les Kills et Black Strobe. Les vieux entendent, ici et là, du XTC ou du B52’s, soulevés par de colossales montées de rage qui blindent leur pop comme une forteresse volante. L’ensemble est épatant. La valeur de Catfish jaillit du contraste entre une rythmique dure, abrasive, robotique, et un chant charnel, altier, à la fois autoritaire et vulnérable, une merveille de coffre. Ajoutons que Damien Félix est un guitariste sobre, intelligent, franchement bon, que le duo joue de tout, toms debout, kit au pied, basse, synthé, que les compos sont très bien écrites, bien pensées, bien balancées, que la prise de son est elle aussi remarquable, et que le duo excelle pareillement dans la ballade frappée, toujours étonnante. Et ils ont même des refrains. Il ne leur manque vraiment rien, ni la passion, ni l’humour, ni le glamour. Ah oui, Dohyo. Vérification faite, c’est l’arène sur laquelle s’affrontent les sumos. Il y a sans doute une raison.
Christian Casoni

John Weeks Band
Dark Angel

Genre musical: Blues, blues-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Cdbaby, johnweeksband.com

Des fois, on se demande comment naissent les groupes. Un guitariste né en France (John Weeks), un claviériste résidant en Australie (Dan Haynes), un bassiste venant de l’Ohio (Stephen Whitfiel), un batteur new-yorkais (Robert Fiorino) et cerise sur le gâteau, une chanteuse (Stacey Turpenoff - qui pourrait faire pas mal de jalouses), venant de Saint Louis. Voilà le quintette qui vient d'enregistrer Dark Angel. C'est le deuxième album de cette formation qui à l'origine était un quatuor, maintenant enrichi de la voix tantôt profonde tantôt énergique de Stacey T.  Il est à noter que ces gens ont été retenus pour participer à l'International Blues Challenge 2017 représentant la Colorado Blues Society. Parmi les dix titres de ce CD, on retrouve deux morceaux complètement retravaillés qui figuraient  déjà sur le premier sept titres. Deux titres lents, profonds et intenses retiennent mon attention ‘How Can You Love Me ?’ et ‘Dark Angel’ où la personnalité de la chanteuse additionnée à l'ambiance installée fait merveille. On a affaire à un vrai groupe et non au groupe d'un guitariste qui néanmoins a des chorus ravageurs ‘The Ones’ et des sons quasi blues-rock ‘The Hole’. Egalement gros boulot du claviériste qui fait une liaison heureuse entre les musiciens et qui a écrit quatre des titres présents sur cette galette. Bonne formation à découvrir.
César

Mike Zito
Make blues not war

Genre musical: Blues-rock
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Avec un nouvel album chaque année, on peut dire que Mike Zito est un artiste plutôt productif. Voilà donc sa livraison pour 2016. Comme à son habitude, il balance sans retenue un blues-rock énergique de haute volée qui émoustille les tympans. Il est accompagné pour l’occasion par Rob McNelley à la guitare, Tommy MacDonald à la basse et Tom Hambridge, homme aux multiples casquettes, puisqu’il est à la batterie, qu’il co-signe la plupart des titres et qu’il produit l’enregistrement. Walter Trout est invité sur un titre, ‘Highway Mama’ qu’il enflamme de ses riffs incendiaires. Jason Ricci pointe son harmonica pour pimenter ‘Make Blues Not War’ et ‘One More Train’. L’album laisse entendre 12 titres en 53 minutes, 10 compositions originales et 2 reprises de choix, ‘Bad News Is Coming’ de Luther Allison et ‘Route 90’ de Clarence Garlow. Les sessions ont été enregistrées à Nashville dans les conditions du live ce qui induit un bel entrain communicatif. Mike Zito nous dit : « Je pense que la musique est le remède pour tous les maux. Elle l’a toujours été et le sera toujours », il n’a pas tort et, même si ça sent un peu la nostalgie du flower power, on ne peut qu’adhérer à son slogan Make Blues Not War.
Gilles Blampain

Mississippi Heat
Cab driving man

Genre musical: Blues de Chicago
Label : DELMARK
Distributeur : SOCADISC

Mississippi Heat a été formé en 1991 sous l'impulsion de Pierre Lacocque harmoniciste talentueux qui invite ses musiciens à participer à l'élaboration des titres en amenant leurs idées, autant en studio que sur scène, ce qui donne ce son blues Chicago classique avec une grosse touche de modernité grâce à des colorations de Delta blues, de rythmes latinos, de ballades légères, de cajun et de boogies bien envoyés. Pour ce douzième album, le sixième sur le label Delmark, on retrouve avec bonheur la chanteuse Inetta Visor qui s'exprime sur douze des titres d'un disque qui en comporte seize. Les deux guitaristes, Michael Dotson et Gilles Corey qui étaient déjà présents sur le dernier album offrent aussi leurs voix sur quelques titres. Brian Quinn s'occupe des quatre grosses cordes, soutenu par les baguettes de Terrence Williams. C'est le souvenir de Cab Calloway avec son ‘Minnie The Moocher’ et son style cabaret qui a inspiré Pierre Lacocque pour le titre de cet album. A noter que cet harmoniciste possède également une licence de psychologue, il en résulte des thèmes différents et bien écrits pour chaque titre. En résumé, un blues vif et étincelant.
César

Moaning Cities 
D. Klein

Genre musical: Rock psychédélique
Label : EXAG' RECORDS
Distributeur : http://exagrecords.bigcartel.com/

C'est le grand réveil cosmique. Des Pays-Bas (Jacco Gardner) aux Antipodes (Tame Impala),  des USA (Wooden Shijps, Warlocks...) au Royaume-Uni (Temples), de Perpignan (Limiñanas) à Bruxelles, les sons psyché colorent à nouveau l'atmosphère. A première vue, ces jeunes gens ne gobent pas d'acide au petit déjeuner, mais tous proposent un rock salutaire, le plus souvent concis - on évite donc les dérapages, les pénibles planeries, et certains délires lysergiques issus de la première vague, qui dans ses pires excès allait tout de même déboucher sur l'ignominieux prog rock. Moaning Cities, c'est un combo mixte bruxellois (Valérian Meunier : chant, Tim Sinagra : guitare & sitar, Juliette Meunier : basse, Melissa Morales : batterie), auteur en 2014 d'un premier album remarquable, qui avait tout de même le défaut de sentir un peu trop le patchouli. Cette fois les clichés ne sont que visuels, non plus sonores (oui, la bassiste porte une salopette en jean, et quand le préposé au sitar, pieds nus, empoigne son instrument, il se met dans la position du lotus). Et puis cette fois, on durcit le ton. Si une bonne partie des plages proposées débute dans une brume cotonneuse, bientôt le groupe se lance dans de furieuses envolées ('Born Again', 'Solitary Hawk'). Il s'agit d'un album de guitare, gorgée de reverb sur ‘Expected’, tour à tour cristalline puis cinglante sur 'Sex Sells', furieuse sur 'Oggy Trev'. S'ils évoquent quelquefois les Black Angels ('Vertigo Rising') voire Thee Oh Sees ('Drag'), ils n'ont aucunement à rougir de la comparaison, tant les compositions sont de nature à vous envoyer en orbite. Dernière précision : l'intitulé ne fait pas référence à Dani Klein, la chanteuse de Vaya Con Dios : il s'agit d'un jeu de mots plus ou moins subtil sur l'état du monde actuel...
Marc Jansen

Myles Sanko
Just being me

Genre musical: Adult soul
Label : LEGERE RECORDINGS/DOX
Distributeur : SONY

Comme n’importe quel candidat à la primaire, je pose des questions rhétoriques parce que je connais les réponses. Par exemple : quelle est la différence entre le blues, la soul et le rock ?
C’est très simple : ta femme est partie avec la Livebox, et la bouteille est vide. Le bluesman décrit la bouteille, alors que le chanteur de soul ouvre la fenêtre et regarde les étoiles. Pendant ce temps, le rockeur contemple sa bite son nombril. En ce sens, Myles Sanko est le plus grand chanteur soul actuel. Son troisième album dépasse les deux premiers, alors qu’il semble traverser une période difficile. Son évolution musicale a muté d’Otis vers Marvin. Les grands anciens sont toujours garants du style : Donny Hathaway, Gil-Scott Heron, Bill Withers. Mais Sanko est maitre à bord : written, arranged, produced… d’autres sont passés par la même volonté de contrôle intégral. Seul auteur d’une bonne moitié de l’album, il s’inspire des accords du maître anglais du Fender Rhodes, Tom O’Grady, pour l’autre moitié. La présence sonore du piano à queue sur tous les titres apporte un côté romantique à la Chopin. Le regard de Myles est toujours tourné vers le haut, dans un élan vital, qui culmine avec ‘Empty Road’, le dernier titre, gospel, élégiaque et volontaire, fin d’un cycle et début du prochain.    
Cranberry Gordy

Robert Finley
Age don't mean a thing

Genre musical: Soul blues
Label : BIG LEGAL MESS RECORDS
Distributeur : FAT POSSUM

Si vous vous sentez abandonné, largué par votre moitié, votre patron ou votre banquier, quand votre machine à laver vous lâche, ou quand vous vous prenez un PV, que votre caisse fait des siennes, alors écoutez cet homme : Robert Finley. Sa musique va soigner votre âme.
De Bernice, en Louisiane, le jeune Finley apprend la guitare, puis s'engage dans l'armée à 17 ans. Retour dans le civil où il devient charpentier menuisier. Métier qu'il devra pourtant interrompre après des décennies d'exercice, sa vue étant atteinte d'un glaucome, le rendant quasi 'Blind'. 'Pas besoin de voir, pour jouer ma musique... je la sens' dit-il.   C'est donc à 62 ans qu'il enregistre ce premier disque. Et c'est un petit bijou. Accompagné par des grands musiciens de la scène de Memphis, les Bo-Keys, cette musique empreinte de gospel, d'une vie d'expériences diverses, de maturité, nous réchauffe là où nous avons froid, nous remplit là où nous nous sentons vide. Chaque instrumentiste y va d'accords plaqués avec légèreté et économie, de notes d'orgue suspendues ('Make It With You'). La science de la retenue, est l'apanage des plus grands. L'album est équilibré entre titres soul-blues au groove relevé et cuivré ('I Just Want To Tell You') ou carrément funky ('Come On') et blues sereins ('Age Don't Mean A Thing') ou ballades gospel ('Snake In The Grass'). Voix sensible ou éraillée pour 9 titres comme 9 leçons de savoir-faire. Parfait. L'homme est actuellement en tournée sur nos terres de France, s'il passe par chez vous, n'hésitez pas, car en plus... il sait tenir une scène.
Juan Marquez Léon       

The Rolling Stones
Blues & Lonesome

Genre musical: hé hé !
Label : POLYDOR
Distributeur :
UNIVERSAL

L’affaire n’était pas programmée, ils l’ont pliée à l’arrache et cette frénésie crève les tympans. Même si les deux birbes multicolores n’en signent aucun titre, osons le ridicule, Blue And Lonesome est le meilleur album des Stones depuis Exile. On demandait à Picasso le temps qu’il avait mis à peindre cette toile. « Soixante ans. » A dix ans près, les Stones pourraient en dire autant. Ils ne sont plus une cause aujourd’hui, personne n’attend d’eux le nouveau ‘Jumpin’ Jack Flash’, toutes les illusions ont fini par s’épuiser depuis ‘Angie’, toute l’ironie s’est épanchée, on peut se détendre. Ce n’est jamais qu’un album de reprises sans grand enjeu, les Stones connaissant le blues par cœur et n’étant pas des touristes dans ce pays. Les voilà en famille avec Darryl Jones, leur producteur Don Was, les claviers Chuck Leavell et Matt Clifford, Clapton qui passe en voisin sur deux titres, et Jim Keltner qui pose une percu. A part Little Johnny Taylor, dont la chanson tombe après le swinging London, tous les bluesmen à l’honneur furent des références fondatrices du R&B anglais. Un retour à la source, certes, mais avec cinquante ans d’histoire dans la musette et la caution des rides, un certificat dont ils ne jouissaient pas lorsqu’ils choisirent le titre d’une chanson de Muddy Waters comme raison sociale.
Jagger, qui n’a pas un coffre considérable, s’attaque tout de même à des tuyères comme Otis Rush. La magie du studio règle l’inconvénient. Don Was virilise le chant, mais Jagger rame encore de temps en temps. Sur ‘I Can’t Quit You Baby’ par exemple, il prétend faire du Buddy Guy sans en avoir la puissance ni le vibrato. Avant de tirer le canon à fleurs, la dernière réserve sera pour ‘Everybody Knows About My Good Thing’, trop plan-plan, hors-contexte. Les fleurs. Les Stones collent aux originaux, restent en formation serrée tout du long et Keith Richards, en retrait. Leur humilité marque même cette pochette aux couleurs roboratives. Le lippu pousse l’harmo sans souci des gerçures, les shuffles sont frottés au brou de noix, Charlie Watts frappe comme un sourd, Ron Wood trousse quelques ourlets dans le feu du rythme… Ce grand bond en arrière rachète toutes ces décennies de merde molle. A quand remonte leur dernier rock du calibre de ‘Ride ‘Em On Down’ ?
Pourtant les fans des Stones n’aiment pas Don Was, et les mandarins du blues grincent contre une curée médiatique qui fait si peu de cas des vraies valeurs. Blue And Lonesome n’est pas le disque de blues le plus bandant de l’année, se désole ainsi le collège des docteurs. Tût-tût ! Non seulement Blue And Lonesome est le meilleur album des Stones depuis Exile mais aussi, pour des raisons strictement apostoliques, l’album du genre le plus important depuis Texas Flood. Ça fait mal au cul de l’admettre, mais c’est Stevie Ray Vaughan qui avait lancé le revival des années 80. Polydor a peut-être raison de flipper à l’idée d’avoir à défendre un album des Stones 100 % blues historique, l’album flopera peut-être au-delà de ses craintes, mais il s’en vendra toujours plus que le plus vendeur des blackbusters. Les mandarins peuvent se frapper le front, les Stones auront fait davantage pour la cause du blues, en trois jours de studio, que des décennies de gloses, de malédictions et de militantisme éclairé. Gommons tout entre 1972 et 2016. Voici Exile On Main Street, un triple album dont le troisième miroir, à la tonalité plus urbaine, aligne douze reprises de blues, notamment le dernier succès de Little Johnny Taylor, frais pondu.
Christian Casoni

The Steady Rollin' Men
The flowers of hope

Genre musical: Blues-rock
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
steady.prog@laposte.net

Le groupe continue sur sa lancée et la qualité de la production de ce nouvel album, le 4ème à ce jour, est incontestable. Dignes héritiers des groupes anglo-saxons qui ont marqué l’histoire, The Steady Rollin’ Men possèdent la force et le souffle nécessaires pour atteindre le sommet. Avec une base rythmique mordante, des envolées de guitare vertigineuses et un chant éclatant l’auditeur est accroché dès le premier titre. Xavier Berland chante, joue de la guitare rythmique, de la lap steel et souffle de temps à autre dans son harmonica, Jean-Noël Aunet, lui aussi guitariste, s’occupe des solos et tâte également du banjo, Jonathan Thivillier est à la batterie et Jordan Balssa tient la basse. Et, ils ont convié Wilfrid Paul en renfort aux claviers. En ne proposant que des compositions originales, même s’il est bien ancré dans un rock plutôt âpre, le répertoire du band reste ouvert et offre des ambiances néanmoins variées où une pop mélodieuse côtoie le blues et où des échos de country ou de funk résonnent parfois à l’arrière-plan. Mais il n’y a rien de déconcertant là-dedans, tout en brassant ces genres l’album offre une réelle homogénéité sonore. On se laisse entrainer dans l’univers du groupe au gré d’un tourbillon de notes assez exaltant. Une belle dynamique court tout au long des 12 titres et les 44 minutes du CD passent bien vite.
Gilles Blampain

Tony Momrelle
Keep pushing – Deluxe edition

Genre musical: Soul
Label : REEL PEOPLE MUSIC
Distributeur : BERTUS

Tony Momrelle tourne à travers le monde depuis environ deux décennies et il est paraît-il l’artiste soul le plus en vue de la scène britannique. Par contre, de ce côté de la Manche il est assez discret, alors ce disque pourrait peut-être changer la donne. Voix chaude et suave, les influences de Donny Hathaway et Stevie Wonder se font sentir dans son expression. Musique cuivrée, l’ombre d’Earth Wind And Fire avec qui il a partagé l’affiche se profile également dans son univers sonore. De facture très contemporaine, l’album mêle soul, jazz, piano classique et synthés et le chant est soutenu par des choristes aux voix puissantes. A propos de son enregistrement Tony Momrelle déclare : « Faire ce disque a été un voyage pour l’âme. Je voulais enregistrer un album qui permettrait aux gens de se connecter, un album qui encourage chacun d’entre nous… continuer… persévérer malgré les soucis… keep pushing ». Le disque déroule 14 titres originaux en 56 minutes, tous signés par Tony Momrelle. Avec des pointes funky et chaloupées, l’ensemble coule d’une manière plutôt fluide. L’artiste a une certaine classe, son interprétation est séduisante, et l’ambiance générale est cool. Good vibes !
Gilles Blampain