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12/19
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Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

DECEMBRE 2019

A Tribute To Mose Allison
If You're Going To The City

Genre musical: Blazzolk!
Label : FAT POSSUM
Distributeur :
SOUNDWORKS     

Pourquoi Mose Allison n’est-il pas plus connu ? « Sûrement parce que j’ai eu de la chance ! » Pianiste de jazz, voix tendre, ambiances after-hours, fameux pour ses satires sociales distinguées, repris par les Who et le Clash, Mose a influencé tout le monde, de Georgie Fame à Tom Waits. Il fut une source vive pour Randy Newman et mourut vieux, en 2016. Sa fille Amy et le producteur Don Heffington veulent renflouer le Sweet Relief Musicians Fund. Ils démarchent des vedettes du blues, de la pop, du folk, du rock pour un album tribute (Taj Mahal, Fiona Apple, Bonnie Raitt, Loudon Wainwright III, Frank Black, etc.). Rien à jeter dans cette procession, ni les audaces ni les pantoufles, à savoir ce jazz d’hôtel au clavier blasé où s’illustre, par exemple, Chrissie Hynde. Du côté des audaces : le sprint cocasse, bluegrass manouche, de Robbie Fulks, qui couvre ‘My Brain’ sur l’air de ‘My Babe’, occasion de rappeler que Mose Allison, natif du Mississippi, gardait toujours une oreille sur le blues. Fat Possum, qui a tourné la page RL Burnside depuis très longtemps, propose ce bel album cosy, swing confidentiel, ironie triste, hormis quelques décrochages comme le rock furieux des frères Dave et Phil Alvin. Mentions spéciales pour Iggy Pop qui chante, d’une voix profonde, ‘If You’re Going To The City’, brillante fantaisie sur une basse synthé, une percu et deux superbes trompettes caquetantes, pour Ben Harper et Charlie Musselwhite sur ‘Nightclub’, palpitation cardiaque dans laquelle se contractent de grosses crampes d’harmo et, pour conclure : ‘Monsters Of The Id’ par le duo Amy Allison / Elvis Costello, sur un tapis de piano qui serait joué par Mose lui-même, ressuscité des morts.
Christian Casoni

Billie Williams
Hell To Pay

Genre musical: Soul, blues
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Spotify, Amazon, CD Baby     

Damn ! Après un premier album acclamé par la critique, Billie Williams délivre une nouvelle sortie qui ne décevra pas son public. L'excellent premier titre 'Damn' a d'ailleurs déjà de quoi accrocher son auditeur ; un riff intense et saturé, qui contraste avec le trémolo de la jolie voix plutôt soul de Billie. La chanteuse et ses acolytes maîtrisent l'intensité avec une justesse qui dénote tout un panel d'émotions. Tous les morceaux sont minutieusement travaillés et pétris d'influences diverses ; les titres se suivent et ne se ressemblent pas. Si la chanteuse avait pour intention de prouver la variété de ses talents, le pari est réussi. Ici on vogue de chansons légères en morceaux à la ligne plus pesante. La dernière composition 'Ten Million Sisters', véritable hymne féministe, prend des airs de gospel avec les chœurs qui l'accompagnent, le rythme qui se répète comme lors d'un rite et la solennité des paroles que l'on scande en espérant les voir se réaliser. L'univers de Billie est riche, et deux albums ne suffiront probablement pas à contenir les ambitions de la chanteuse. Du moins, espérons-le !
Marion Braun

Blues Connexion
The Boy On The Wall

 

Genre musical: Blues inspiré
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.bluesconnexion.com/theboy

Leur premier album Money's Getting Cheaper ne comportait que huit titres et avait été enregistré 'sur le pouce' grâce à un deuxième prix remporté au tremplin des Rendez-Vous de l'Erdre. C'était en 2013. Pour leur second CD, ce sympathique quatuor nous propose un digipack avec une douzaine de morceaux entre compos et reprises bien senties. Blues Connexion, c'est déjà un chanteur, John ‘Snake’ Hillary, à la voix élimée par des centaines de concerts à travers son pays d'origine la Grande-Bretagne. Jouant aussi de la guitare, c'est lui qui tient les parties d'harmonica. Les musiciens qui l'ont accueilli en 2011 au sein du groupe, sont : Gilles Violet le guitariste marqué par le blues anglais qui sait trouver les sonorités qu'il faut pour coller à l'esprit du morceau, par exemple 'When The Levee Breaks' où le p'tit solo de la fin sent aussi l'admiration pour SRV. La basse est tenue d'une main ferme par Bernard Guirao et colle parfaitement aux rythmes du batteur, Fred Duclos. Ces deux-là savent donner la petite pulsion qu'il faut pour ne pas se laisser ramollir, par exemple, sur des titres lents dans lesquels ils excellent, comme avec 'The Boy On The Wall', sur la reprise du fameux 'I'd Rather Go Blind' d'Etta James ou celle de 'How Blue Can You Get' immortalisée par BB King. Un bon point pour la chanson au rythme hypnotique 'The Snake' qui pourrait doubler ses six minutes sans qu'on s'en fatigue. Hommage à Bo Diddley avec un 'Mona' réussi. En ce qui concerne 'Who's That', une belle compo, on sent que l'esprit de SRV plane à nouveau. Voix éraillée, harmonica écorché, guitare puissamment inspirée et section rythmique imperturbable, c'est 'When The Business Is Done'. Assurément ces types s'éclatent car ils ont enregistré dans les conditions du live (avec juste quelques parties de guitare en re-recording) et le mot de connexion dans le nom de leur groupe n'est pas anodin, que celle-ci se fasse entre eux où avec leur auditoire.
César

Doug Duffey and Badd
Play The Blues

 

Genre musical: Bayou blues
Label : Out of the Past music
Distributeur : Amazon, iTunes, Spotify

Sorti un an après le premier, le second album du quartet Doug Duffey and Badd présente neuf titres originaux. La tonalité générale est à la danse, qu'il s'agisse d'une rythmique entraînante ('Have You Ever ?') ou d'un slow ('My Driving Wheel'). Ce sens du rythme prend tout son sens sur un morceau comme le funky 'You Got Dat Sumpin', oscillant entre guitare groovy et accords plaqués avec conviction sur le piano. La voix claire de Doug est rehaussée par des chœurs tout au long de l'album, donnant de la profondeur à l'ensemble. Le disque, bien que composé de morceaux aux sonorités et rythmes différents, a une couleur qui lui est propre. Y sont dépeints des paysages qui nous paraissent à la fois palpables et intouchables, comme une incitation à un voyage que l'on ne peut entreprendre que par le biais de ces chansons. La Louisiane y a posé son empreinte, au même titre que les racines du genre. Les chansons ont pour thème l'amour et la magie, une fascination pour le vaudou et le charme de l'autre. La très belle 'A Memory Left To Lose' clôt l'album avec délicatesse et laisse l'auditeur les yeux fermés et le sourire aux lèvres.
Marion Braun

Frank Berty
Aquablues

Genre musical: Pop française
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
Spotify, Apple music, iTunes

Le DIY (Do It Yourself) à la française a du bon, et la preuve en est ici. Dans la musique depuis 35 ans, Frank Berty a fait partie de groupes divers nommés Vytal, Eat The Dog ou Lagoon Bazar. Ceci est son premier album solo, déjà sorti en 2018, mais, si j'ai tout bien compris, réédité cette année. Ce qui frappe de prime abord, ce sont les titres, constitués de 2 mots au maximum et enchaînés les uns aux autres dans le mixage. L'importance est donnée aux introductions et aux développements multiples. Hormis le titre éponyme, Berty assure tous les instruments. Guitares mises en avant, puissantes, comme dans 'Vampire', titre qui peut rappeler Manset, ou 'Glacial'. Les solos, très nombreux, vont de l'aérien au plus gras. La voix de Berty est par contre mixée plus en arrière, lointaine, comme brumeuse et légèrement voilée. 'Prisonnier' prend des couleurs latines alors que 'Seiduna' orientalise ; sans doute une référence au roman Alamut (1938) de Vladimir Bartol à propos de la secte chiite du XIème siècle, les Ismaéliens et surnommée les Haschichins ou Assassins. Pour le reste une musique pop entraînante, très agréable, rêveuse, aquatique, qui peut même rappeler Pink Floyd période 'The Wall' ('Robot').
Artiste à suivre.
Juan Marquez Léon 

Greenslade
Sundance - A Collection 1973-1975

Genre musical: Rock progressif
Label : ESOTERIC RECORDS
Distributeur : Cherry Red Records

En 1969, l'organiste Dave Greenslade se joint au batteur Jon Hiseman pour fonder le groupe de jazz-rock pionnier Colosseum. L'aventure s'achève à la fin de l'année 1971 lorsque le guitariste Clem Clempson part remplacer Peter Frampton au sein de Humble Pie. Greenslade s'en va monter sa propre formation. Il fait d'abord appel à un ancien complice de Colosseum pour la basse : Tony Reeves. Ensuite, deux éminents musiciens du monde du rock progressif se joignent à eux : Andy McCulloch, ex-King Crimson, se charge de la batterie, et Dave Lawson, ex-Samurai et The Web, des claviers. Fort originalement nommé Greenslade, le quatuor va offrir durant ses quatre années d'existence un rock progressif original, rythmé, puisant dans le jazz. Les morceaux ne sont jamais excessivement longs, les improvisations étant toujours au service de la musique. Leur second disque, Bedside Manners Are Extra est capté en neuf jours de frénésie créative. Le suivant, Spyglass Guest en 1974, atteint la 34ème place des classements anglais, fruit d'un travail intensif de tournée. Tony Reeves est remplacé par Martin Briley en 1975 pour un ultime album : Time And Tide. En 1976, le punk porte l'estocade au rock progressif, Greenslade se sépare. Leur musique délicate et rêveuse mérite d'être redécouverte, à mille lieues des expérimentations crimsoniennes et des concept-albums balourds d'ELP.
Julien Deléglise

Igor and the Hippie Land
Love and Chaos

Genre musical: Rock
Label : DRAGONWHY
Distributeur : InOuïe Distribution

C’est le troisième album d’Igor Stanislas et Emmanuel MacManus, avec Philippe Jeoffroy et Bruno Burtre à la rythmique et des textes de la londonienne Claire Gristwood. Love And Chaos est le bel écrin de douze morceaux somptueux, servis par une production impeccable. Ils convoquent  avec bonheur les fantômes d’un psychédélisme discret, d’un glam altier, d’un métal acéré, dans des ambiances majestueuses ou inquiétantes. La rythmique solide, les guitares heavy, les parties vocales élaborées et les orchestrations soignées contribuent à donner une assise seventies à l’ensemble. ‘Got Lucky’ en introduction, est un tube potentiel évident. Il combine mélodie imparable, guitares tranchantes, rythmique résolue, voix et chœurs pop enchanteurs, et est entrecoupé par un solo de guitare  concis qui porte le morceau vers sa conclusion rapide. ‘Rain’ est une ample ballade gothique qui ne déparerait pas un album vintage de Nick Cave. ‘Flower In The Wind’ se présente en ritournelle acoustique néo-psychédélique country, et précède ‘Skeleton Dance’ et sa voix de goule dandy nostalgique sur motif de guitare répétitif. ‘Tonight’ démarre comme du métal américain à la Blue Oyster Cult pour prendre une tonalité bowiesque tandis que ‘Crystal Star’, barré psychédélique bancal et hanté confirme cette appétence pour le Thin White Duke. Les douze morceaux de ce CD composent une œuvre ambitieuse ancrée dans une période fastueuse et colorée, avec en arrière-plan les ombres de Scott Walker ou du psychédélisme West-Coast américain. Ce lyrisme  ne sonne jamais passéiste ou rétro. Une vraie réussite, un grand disque auto-suffisant qui mérite une carrière internationale.
Laurent Lacoste

Jaypee-Jaypar
Meet Me Again

Genre musical: Blues rock acoustique
Label : Grey Cat records
Distributeur : jaypee-jaypar.bandcamp.com, CdBbaby, Spotify, iTunes

Le son de la guitare est clair et lumineux autant que la voix est rauque et profonde et chargée d’émotion. L’homme est seul avec ses instruments, cordes et percussions. Au début l’ambiance est plutôt mélancolique. Si le folk affleure en douceur, la puissance du rock jaillit par endroit comme une fulgurance. Une part de délicatesse se cache sous la rugosité de l’expression. Jaypee-Jaypar dégage une réelle force, par moments certains titres sont aussi percutants que s’ils étaient interprétés par un band endiablé. L’ensemble ne manque pas de relief et l’album est assez intense. Il y a donc une certaine pression dans cet enregistrement mais également quelques moments plus apaisés. Jaypee-Jaypar interprète 10 compositions de son cru, reprend avec bonheur ‘Hallelujah’ de Leonard Cohen et se réapproprie ‘Where Did You Sleep Last Night ?’ deLeadbelly. A la dixième plage il surprend l’auditeur en chantant en français ‘Dansons’ qui entremêle élégamment finesse et entrain. Il n’y a rien de banal dans cette production qui met en valeur un vrai travail d’artisan. La touche est personnelle et l’interprétation singulière ne manque pas de souffle. Une belle réussite, un disque généreux qui transporte l’auditeur pendant un peu plus d’une heure.  
Gilles Blampain

Jimi Hendrix
Songs For Groovy Children – The Fillmore East Concerts

Genre musical: Blues-rock, funk-rock
Label : Experience Hendrix L.L.C
Distributeur : SonyLegacy

A l'été 1969, Jimi Hendrix tente d'échapper à un ancien contrat signé avec le producteur Ed Chaplin quatre ans plus tôt. La somme réclamée se chiffre en millions, que le guitariste n'a pas. Il finit par réussir à négocier un compromis : un album contre la liberté. La décision est d'enregistrer un album live, dont la caractéristique est de pouvoir être vite enregistré. Quatre concerts sont programmés au Fillmore East de New York le 31 décembre 1969 et le 1er janvier 1970. Le bassiste Billy Cox, qui a remplacé Noël Redding, est déjà dans les parages. Par contre, le fidèle Mitch Mitchell est retourné en Grande-Bretagne. C'est le batteur Buddy Miles qui prend donc en charge les caisses. Bien que ce ne soit que la conséquence d'un groupe assemblé dans l'urgence, ce qui va devenir le Band Of Gypsys est un trio entièrement afro-américain. Tout au long de ce marathon scénique, Jimi Hendrix va littéralement se transcender. Le guitariste pyrotechnique laisse la place à un instrumentiste réfléchi et inventif, puisant dans le blues et le funk pour alimenter une musique en perpétuel bouillonnement créatif. De nouvelles compositions aux atours funk comme ‘Power Of Soul’, ‘Machine Gun’, ‘Who Knows’ font leur apparition. Ce coffret (5 CD) réunit pour la première fois l'ensemble de ces enregistrements, mixé par le fidèle Eddie Kramer, et révèle un moment de grâce musical enfin restitué dans sa totalité.
Julien Deléglise

Johnny Rawls
I Miss Otis Clay

Genre musical: Blues, soul, R&B     
Label : Third Street Cigar records
Distributeur : Amazon, Spotify, CdBaby

Une quarantaine d'années de bonnes relations ne peut laisser de glace un homme qui se voit séparé d'un ami pris par la faucheuse. Otis Clay nous ayant quitté il y a presque quatre ans, son ami Johnny Rawls a décidé de lui dédier son dernier opus. Ce qui doit lui faire environ une bonne vingtaine d'albums à son actif sans compter les innombrables participations aux travaux d'autres artistes. Outre le fait de tenir la guitare rythmique et des parties de clavier, c'est sa voix qui nous fait vibrer. C'est un des plus grands chanteurs de R&B et de soul de notre époque. Ce n'est pas un crieur, disons que c'est un gentleman enchanteur avec du punch, plutôt bien accompagné grâce à des vétérans de la scène musicale de Toledo, Ohio (Larry Gold : guitare, Johnny Newmark : basse, Cadillac Dan Magers : claviers, Scott Kretzer : batterie et le souffle des Toledo Horne) qui nous proposent des arrangements soignés. Une basse bien ronde, un tempo bien marqué, des cuivres à l'unisson et des notes de guitare, de piano, d'orgue qui volettent tout autour de la voix chaleureuse de Johnny Rawls, la classe naturelle personnifiée. Sur chacune des dix compositions cet album de rhythm & soul, il suffit de quelques mesures et on se surprend à taper du pied ou claquer des doigts sauf pour la dernière chanson 'The Wind' une ballade douce qui a tout de la berceuse. Cet album est gouleyant, addictif et dégoulinant de feeling.
César

Lucky Pepper and the Santa Fellas
Rock'n'Roll Attack

Genre musical: Rock’n’roll
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : bandcamp.com, soundcloud.com

C’est bien une attaque en règle. Il y a la puissance des notes et le choc des riffs. C’est simple, efficace et ça déborde d’énergie. Le rythme des mots colle à la musique. Dès la première plage on plonge dans le rock’n’roll originel, celui où le ‘roll’ avait encore toute sa place et une importance évidente. Lucky Pepper au chant, à la guitare et à l’harmonica, épaulé par Thomas Galvan à la batterie et Greg Vouillat à la basse, interprète 8 compositions signées de sa main. Au gré des titres viennent se greffer quelques invités pour ajouter une trompette, un vibraphone, un piano ou un thérémine et quelques chœurs arrivent également parfois en renfort. Si les ombres de Buddy Holly, Eddie Cochran, Carl Perkins, Screamin’ Jay Hawkins ou Link Wray apparaissent comme en filigrane, la personnalité de Lucky Pepper est assez affirmée pour éloigner toute idée d’une pale imitation. La prestation est vraiment originale avec une certaine gaité et un chic exubérant. La voix est claire et bien posée et le son éclatant s’immisce illico dans l’oreille.  Avec un son vintage le band est une redoutable mécanique d’entraînement. Ça pétille, ça émoustille, c’est nerveux, dynamique, enlevé, excitant et surtout bien fini, car pour ne rien gâter, la production est nickel.  
Gilles Blampain

Mighty Baby
At A Point Between Fate And Destiny – The Complete Recordings

Genre musical: Blues-rock psychédélique
Label : Grapefruit Records
Distributeur :
Cherry Records

Le bouillonnant cœur de la capitale anglaise est le point de départ de nombreuses aventures musicales. En 1965, la scène britannique est portée par le blues des Rolling Stones et des Pretty Things, la pop luxuriante des Beatles, et les striures rhythm’n’blues des Who et des Small Faces. Tout le monde tente sa chance, c'est ainsi qu'apparaît The Action, formation Mod. Mais la révolution psychédélique se charge de changer leur destinée. L'arrivée du chanteur et multi-instrumentiste Ian Whiteman et du guitariste Martin Stone se charge de rebattre les cartes. The Action devient Mighty Baby sur les conseils du parolier de Cream, Pete Brown. Leur musique bascule dans le blues-rock psychédélique, davantage inspiré des Byrds qu'ils admirent que de Pink Floyd. Leur saga complexe s'étend entre 1968 et 1972, quatre années durant lesquels ils vont publier deux albums : Mighty Baby et Jug Of Love sur le label Blue Horizon, aux deux extrémités temporelles de leur aventure sonore. Entre les deux, ils enregistrent des sessions en 1970 à destination d'un second disque finalement abandonné : Day Of The Soup. La formation est aussi prolifique sur scène, improvisant à l'envi. Ils s'illustrent sur la scène de la Glastonbury Fayre en 1971. Ce dernier set est proposé dans son intégralité, ainsi que deux autres de 1970 et 1971 (6 CD). Mighty Baby est une formation passionnante, acide, inventive, mélangeant rock, blues, jazz, avec un sens de la mélodie étourdissant.
Julien Deléglise

Mindi Abair and the Boneshakers
No Good Deed

Genre musical: Blues électrique, sax blues
Label : Pretty Good For A Girl Records
Distributeur : Amazon, Spotify, iTunes

Pour leur troisième album studio, Mindi Abair and the Boneshakers ont pour objectif de nous faire décoller du canapé ! La voix de la saxophoniste est toujours aussi impressionnante. Un titre comme 'Who's Gonna Save My Soul ?' met d'ailleurs en avant son chant clair et le saxophone qu’elle manie avec brio, un instrument d’ailleurs trop peu présent dans le genre.Avec une personnalité déterminée et des musiciens provenant d’horizons différents, les influences de l’album se situent entre punk, jazz et blues, flirtant même parfois avec un rock corrosif (comme sur le très bon titre 'Movin' On'). Les dix pistes se succèdent et déclinent dix facettes différentes d’un univers à la fois suave (‘Bad News’)et d’un rock résolu (‘You Better Run’), en accord avec l’image de femme talentueuse et sûre d’elle que renvoie Mindi. La très entraînante chanson éponyme restera en tête après la première écoute, avec son refrain entraînant et son solo de guitare. L'album se termine en fanfare avec le très dynamique 'Baby Get It On'... avant de repartir directement sur la première piste, car une seule écoute n'est définitivement pas suffisante.
Marion Braun

Nico Duportal and The Sparks
Dog, Saint and Sinner

Genre musical: Blues, rock, soul et plus
Label : Music Box Publishing
Distributeur : SOCADISC

Une fois encore Nico Duportal met dans le mille avec cet excellent album plein de bonnes vibrations. On a droit à une création originale pétillante. Sa musique débordant de puissance et de punch, tour à tour soul, rock’n’roll ou country aux échos tex-mex est faite pour se lâcher. C’est étincelant, rempli d’une belle énergie et d’un gros feeling ! Avec une approche subtile et dynamique, Nico Duportal joue brillamment sur différentes guitares (acoustique, électrique, lap steel) et chante de belle manière. Il co-signe les 12 compositions avec quelques noms connus des amateurs comme Mathis Haug, Don Cavalli, Thibaut Chopin, Mig Toquereau, pour n’en citer que quelques-uns. The Sparks, band d’une redoutable efficacité qui illumine chaque note est composé de Pascal Mucci (batterie, tambourin), Antoine Pozzo Di Borgo (basse), Olivier Cantrelle (claviers), Alexis Bertein (saxophone baryton, glockenspiel, accordéon) et Sylvain Tejerizo (saxophone ténor). Ce disque qui sort du lot des productions actuelles est une succession d’ambiances intenses et variées portées par une musique qui transporte l’auditeur dans une dimension supérieure. Tous les titres s’enchaînent avec une belle élégance tant dans le style que dans l’interprétation. Nico Duportal a su au fil des ans séduire un très large public puisque son album sera distribué également aux USA et au Japon.
Gilles Blampain

Rich Deluxe
Glam Shots

Genre musical: Pop rock (très) augmenté
Label : BANG BANG
Distributeur : richdeluxe.bandcamp.com

C’est un genre de pop rock, mais pas tout le temps. C’est parfois plus… ambitieux ? Un genre de songwriting atmosphérique ? Une touche plus intime de jazz beatnick à un moment. De folk à un autre, mais est-ce vraiment du folk ?  Ça peut sonner cabaret rock dans les interstices, avec des mélodies et des arrangements qui échappent à l’idée qu’on se fait du rock. A la fin, c’est parlé sur un tapis mélancolique, comme les Stranglers de ‘Midnight Summer Dream’ ou le Iggy Pop de ‘In The Death Car’. On entend ici des violons, là des graves twangy et des suspensions surf, des élans rocksteady subreptices quand tous les pavillons se rejoignent et que la guitare rythmique hache le tempo, parfois les échos d’une fête foraine. Et quand on dit pop rock, on veut parler de quelle époque ? Rétro surf (‘Angela’)? Kinks? Clash (‘Chinese Burn’)? New wave after-punk? L’album a beau paraître disparate, surchargé, grandiloquent même dans ses contrastes, entre des couplets flottants et le jaillissement coloré des refrains, on garde le sentiment d’une œuvre logique, resserrée sur l’essentiel, parce que les auteurs savent où ils vont, parce que chaque titre semble emporter un souvenir de la chanson précédente, et parce que les plages sont toutes au diapason de la même tristesse. Rich Deluxe, sujet britannique installé à Nancy, était parti sur une évocation des trains anglais, puis il a déraillé sur le Brexit : « The trains are fucked, is England fucked ? ». Pour son troisième envol, le gars surnommé Rich réussit un grand album de refrains, de rock et de regrets, enregistré en trois temps. Donc, beaucoup de monde au générique : des guitares, des batteries, des basses, une contrebasse, des claviers, des trombones, des trompettes, deux violons, Rich lui-même chantant, grattant et faisant quelques extras, harmonica (façon Dylan) et piano. Compliments.
Christian Casoni

The Stooges
The Stooges: 50th Anniversary Super Deluxe Edition

Genre musical: Rock 
Label : RHINO/ELEKTRA
Distributeur :
WARNER MUSIC

Avouons-le, on a un peu de mal avec ces coffrets commémoratifs, qui outre l’album original, proposent en général des versions alternatives ou chutes de studio sans le moindre intérêt. Oui mais… On parle ici du 1er album des Stooges ! Une pièce fondamentale, essentielle, une pierre angulaire, première étape d’une trilogie parfaite (suivront pour rappel Fun House en 70, Raw Power en 73). Tout a été dit, ou presque : album dément(iel), primitif, nihiliste, reptilien, chaotique, cataclysmique… Concassant proto punk, blues démembré, rock ultime. Où de jeunes délinquants sans repères expriment toute leur frustration. Dès l’entame (‘1969’)le ton est donné :  « Another year with nothin’ to do  ! ».  On est à peine remis d’un solo de lave en fusion que déboule le grandiose ‘I Wanna Be Your Dog’ et son intro implacable. ‘We Will Fall’ marque une pause, longue incantation funèbre pour clôturer la face A. Avant le gigantesque ‘No Fun’, véritable bombe thermo-nucléaire, onde de choc dont les effets se font toujours ressentir aujourd’hui. ‘Real Cool Time’ ensuite, dont l’atmosphère contredit l’intitulé. ‘Ann’, quiprend son temps – moins déclaration d’amour que menace persistante – avant une fin apocalyptique. ‘Not Right’, nouvelle décharge d’électricité pure, et enfin‘Little Doll’, variante parfaite du titre d’ouverture. Les versions originales sont bien entendu remasterisées, et la place nous manque pour détailler les boni. Disons tout de même qu’y figure le mix initial de John Cale (qui rappelons-le produisit l’objet), mix rejeté par le groupe, ainsi que quelques alternate vocals et autres bricoles, la plupart s’éloignant assez de l’original pour maintenir l’intérêt. Et quand bien même… Ces titres sont suffisamment fabuleux pour supporter 3, voire 4 écoutes d’affilée. Des quatre voyous de la pochette, trois sont partis ad patres, et j’en connais qui porteront le deuil lorsque viendra le tour de l’iguane. Mais non bien sûr, qu’est-ce que je raconte… Iggy est immortel, tout le monde devrait savoir ça.
Marc Jansen