blues again en-tete
été 22
Chroniques CD du mois Interview: ADY & THE HOP PICKERS Livres & Publications
Portrait: THE ACES Interview: MARJORIE MARTINEZ Dossier: GRAND FUNK RAILROAD
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

DECEMBRE 2021

Alexx & the Mooonshiners
7 - Year Itch

Genre musical: Blues-rock new-wave, pub-rock psyché   
Label : M & O Music
Distributeur :
Differ-Ant

7-Year Itch … Sept ans de réflexion, vraiment ? Déjà sept ans depuis l’album précédent ? Quoi qu’il en soit, revoilà les Mooonshiners, toute artère battante, avec leur blues-rock singulier à connotations new-wave, un mouvement qui prétendait justement purger le rock de son blues. Au risque d’être un peu bourrin dans la présentation des champs magnétiques, mettons que le blues soit apporté par Lionel Riss, grand riffeur devant l’Eternel (c’est-à-dire Wilko Johnson) et soliste exemplaire. Et mettons que la touche new-wave vienne d’Alexx Wokenbouth, ancienne punkette, chanteuse à la voix cloutée et accordéoniste sur le douzième et dernier titre de cet album. Les Mooonshiners sont quatre. Le compte y est avec le bassiste Rico Rajao et le batteur Franck Pierrot. On chante rarement les louanges de la section rythmique, mais Dieu sait que celle-ci le mériterait. Les lignes de force semblent si bien tracées qu’on pourrait presque réagencer 7-Year Itch sur deux faces, l’une blues-rock… Blues-rock, c’est pour faire court. Il y aurait beaucoup à dire de ce rock à tiroirs pleins de surprises, légèrement psychédélique, un peu pop parfois, et beaucoup plus passionnant que le blues bavard de Johnny Winter ou de Joe Bonamassa. L’autre face réunirait les sept covers (sept !), magistralement reprises des Beatles (‘I’m Gonna Sit Right Down And Cry’ à la sauce gospel punk), Pistols, Undertones, Dead Kennedys, Last Resort (des skins arrangés glam növö), Iron Maiden et Nine Inch Nails. On n’a pas pour autant deux disques en un. Ce n’est pas un album bichrome. Aucun antagonisme entre ces deux tempéraments qui s’épousent sans forcer, pour accoucher d’un avatar anguleux, puissant, qui garde du blues quelques shuffles et quelques solos, et du punk, la colère et la vitesse… Une sorte de pub-rock psyché formidable. Et… putain, le solo de ‘My Perfect Cousin’… Quelle reprise épique !
Christian Casoni

Alicia F!
Welcom to My F....World !

Genre musical: Punk, glam, heavy metal
Label : Damnation Records
Distributeur : Bigcartel.com
    

C’est du gros calibre. Un coup de semonce pour l’intro, après c’est cross-fire hurricane. Le rock s’était arrêté dans les jabots psychédéliques et les brandebourgs arty, quand une amazone surgit hors de la nuit, chargée de tous les mythes qui exaltaient son F… World depuis qu’elle avait l’usage de ses oreilles : la chair, le cuir et l’encre des aiguilles. Alicia jette tout dans la bataille de son premier album, et crève ses chevaux : Tony Marlow, Fredo Lherm, Fred Kolinski. Pas besoin d’être cinquante pour tomber les plafonds. Globalement c’est du punk, enrichi par toutes sortes de proximités, un peu de rockabilly, un peu de glam, un peu de heavy metal, le patrimoine d’Alicia la parolière et de Marlow, compositeur et grand guitariste. La jeune Alicia est un personnage anachronique, et son album revendique un âge d’or du siècle dernier. Welcome To My F… World rappelle Welcome To My Nightmare. Le logo en fil de fer barbelé (cette épée plantée dans un cœur) rappelle le logo de School’s Out. D’ailleurs, l’amazone, c’est quoi son prénom déjà ? Elle raconte des histoires intimes de filles (‘Monthly Visitors’) pleines de doigts d’honneur, avec un féminisme agressif de rockeuse, qui trouve son apothéose dans ‘Aileen’, en mémoire de la tueuse américaine Aileen Wuornos. Ce gros bouillon de rock’n’roll juvénile poussé à feu vif pourrait laisser croire qu’il a jailli dans l’urgence, mais non. L’album a été léché pendant deux ans, soigneusement mis à l’équerre. Les chants belliqueux, la boxe des riffs, les solos brillants comme des soudures à l’arc, l’émulsion des chœurs dans les refrains… Notre-Dame du Rock !
Christian Casoni

Aurelien Morro Group
Waiting For Tomorow

Genre musical: Blues bigarré 
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur :
InOuïe Distribution    

Avec ce nouvel album Aurélien Morro qui chante et joue de la guitare de manière souple et déliée nous livre un savoureux mélange riche de diverses sonorités. Avec son approche dynamique, sa musique est chaleureuse et pleine d’énergie. Ne se laissant pas enfermé dans un style formaté il distille des rythmes parmi les plus vivifiants. Le blues est bien la base solide de la structure mais rock, funk et pop s’insèrent çà et là pour donner du relief au propos. La prestation est toujours de qualité. C’est à la fois solide et aérien. Les chansons ont une teinte unique et possèdent un charme indéniable. D’un titre à l’autre les ambiances diffèrent et on passe du vif au mélancolique avec un égal bonheur. Le band interprète 11 compositions originales et reprend ‘Next To Me’ de Tab Benoit. Depuis le disque précédent, la formation a un peu changé, Frédéric Canifet est toujours au piano et à l’orgue, Miguel Pereira à la batterie et aux percussions mais c’est Patrick Gaudron qui tient la basse. Tout est joué avec un bel entrain et le son est superbe. Avec des solos de guitares subtils et aiguisés soutenus par une rythmique inventive, accompagnés de piquantes interventions au piano et de belles broderies d’orgue, le résultat est bouillonnant et raffiné à la fois.
Gilles Blampain

Cripta Blue
Cripta Blue

Genre musical: Doom-metal psychédélique 
Label : Argonauta Records
Distributeur :
Argonauta Records    

Alors que le marasme de l’industrie musicale actuel n’encourage absolument pas l’originalité et la marginalité, voilà que trois Italiens se lancent dans l’aventure du doom-metal. Férus de littérature et de cinéma fantastique, et de vieux heavy-metal millésimé, le bassiste-chanteur Andrea Giuliani, le guitariste Federico Bocchini et le batteur Silvio Dalla Valle ont créé Cripta Blue en 2019. La crise du COVID ne les aura pas fait désarmer, et les voici avec un premier album éponyme particulièrement réussi. On y retrouve la sauvagerie originelle des deux premiers albums de Blue Cheer, et le punch noir des pionniers doom les plus implacables : Saint-Vitus et Witchfinder General. Sur le papier, cela est palpitant pour les amateurs. Mais la formule magique, le parfait équilibre est plus difficile à trouver qu’il n’y paraît pour ne pas se transformer en caricatures, ou en enfonceurs de clous sans finesse. Cripta Blue a trouvé le parfait équilibre entre psychédélie abrasive, et férocité des riffs accordés très bas. Andrea Giuliani possède une voix puissante particulièrement bien adaptée à cette musique, sorte de mage incantant les plus sombres maléfices. Les sept titres du disque sont autant de tombeaux ouverts vers la folie magique d’un vieux film d’horreur italien.
Julien Deléglise

Dionne Bennett
Sugar Hip Ya Ya

Genre musical: Blues, soul, reggae etc
Label : Hunnia Records
Distributeur :
iTunes, Spotify, Amazon    

Britannique d’origine jamaïcaine résidant à Cardiff, Dionne Bennett, autrice, compositrice, interprète, productrice, a commencé à chanter et à monter sur scène à l'âge de 14 ans. Elle s'est déjà produite dans toute l'Europe et a partagé la scène avec des pointures comme Dr. John ou Maceo Parker. Elle a sorti son premier single soul à 15 ans, mais voici son tout premier album. Le choc initial, c’est la puissance vocale. La dame a du punch et du coffre. Puis la surprise vient de la diversité musicale. Elle aborde un large registre de styles avec un égal talent, du jazz au R&B, de la soul au reggae, du funk au rock et plus encore. Dionne Bennett chante huit compositions originales et reprend ‘Tell Mama’ popularisée par Etta James et ‘Yes We Can’ d’Allen Toussaint. On pourrait croire que le son sort des studios de Memphis ou de Kingston car le feeling est là et ça pète le feu, or l’enregistrement s’est fait à Budapest en Hongrie avec d’excellents musiciens locaux. Laszlo Borsodi est à la guitare, Attila Herr à la basse, Lajos Gyenge est le batteur et Matyas Premecz est aux claviers, il y a aussi les cuivres des Jambalaya Horns rassemblant le trompettiste Tamas Sovari et le saxophoniste Zoltan Albert. Le producteur Little G. Weevil quant à lui tient guitare principale. Un grand souffle parcourt cette production qui excite agréablement les tympans.
Gilles Blampain

Endless Boogie
Admonition

Genre musical: Boogie rock / heavy blues
Label : MODULOR RECORDS
Distributeur :
No Quarter/Modulor    

L’histoire commence en 2018, quelque part dans l’archipel de Svartsjö près de Stockholm en Suède, où la bande s’enferme dans le studio de Jacob Sjöholm. Ils y coulent les fondations et finissent d’enregistrer en février 2020 à Brooklyn NYC et Llano Texas. Les sessions s’enchaînent pour la plupart sous forme de jams improvisées, de riffs répétitifs obsédants, de boogies psychédéliques, féroces et inquiétants. Il aura fallu deux ans pour sortir ce cinquième album, Admonitions, mais ces gars là ne sont pas pressés, pour preuve, plusieurs morceaux durent plus de 22 minutes, ce qui fait que la galette ne comporte que sept titres pour une écoute totale de 1 heure 20. Paul Major est au chant et à la guitare, Jesper Eklovw et Matt Sweeney tiennent aussi le manche d’une six cordes, la partie rythmique est assurée par Mike Bones à la basse et Harry Druzd à la batterie. On retrouvera aussi sur ‘Counterfeiter’ leur vieux pote Kurt Ville au résonateur, à la slide guitar, au chant et au synthé.Amateurs d’harmonie, de solos ciselés à la John Petrucci de Dream Theater, passez votre chemin, car dès ‘The Offender’ c’est avec une voix frelatée comme une vodka russe faite maison sortie du fond d’une cave humide, qu’Endless Boogie entame son set. Et attention, ça ne plaisante pas, la voix inquiétante, vieillie en fût de chêne, de Major donne une dimension surréaliste, portée par un riff entêtant, à la fois stressant et déroutant. ‘Jim Tully’, cinquième salve de l’album, sonne comme une marche funèbre sous acides, sinistrement psyché, qui tient à renforcer le côté obscur déjà bien noir… Dépressifs s’abstenir ! On touche le fond des ténèbres avec ‘The Conversation’, poisseux, lancinant, bad trippesque. On sortira de cette torpeur avec ‘The Imcompetent Villains Of 1968’, sorte de salle de réveil musicale, avec pour seul instrument une guitare cradement saturée. Admonitions est à la fois électrisant et hypnotique tel un shoot de LSD, avec ses morceaux de rythmique sans fin et sonorités caverneuses qui pourraient en oppresser plus d’un. Pourtant, malgré ces abîmes sensoriels il ne laisse pas indifférent. Un disque brut, étrangement poignant et hors du temps.
Nine Girard  

Guy Davis
Be Ready When I Call You

Genre musical: Blues, Americana
Label : MC RECORDS
Distributeur :
Continental Record Services    

Artiste aux multiples talents Guy Davis mène plusieurs carrières de front, musicien, auteur, professeur de musique, acteur de cinéma, de télévision ou sur les scènes de Broadway, mais le blues reste sa passion la plus forte. Ce qui doit être son 20ème album présente 12 compositions originales et une reprise de ‘Spoonful’ de Willie Dixon. Il joue de différentes guitares acoustiques, de l’harmonica et du banjo à 5 cordes, soutenu sur quelques titres par une batterie, une guitare électrique, un piano, un orgue, une contrebasse, un violoncelle ou une mandoline. Entre blues et americana, au fil de mélodies légères et aériennes ses chansons distillées de sa voix chaude et grave abordent des thèmes récurrents du blues, les relations homes/femmes, le diable, l’alcool, mais également des sujets plus graves comme avec ‘God’s Gonna’ Make Things Over’ qui rappelle un fait tragique et honteux de l'histoire américaine, le massacre racial de Tulsa les 31 mai et 1er juin 1921, ‘Flint River Blues’ qui est une condamnation des pouvoirs en place qui ont permis l'empoisonnement de l'approvisionnement en eau de la ville du Michigan, ‘Palestine Oh Palestine’ qui évoque le conflit au Moyen-Orient ou encore ‘200 Days’ qui parle de la fermeture d'une usine et de la misère qui en résulte. L’ensemble coule avec une aisance évidente. L’apanage des grands est de nous faire croire que tout cela se fait dans la facilité… encore faut-il avoir la maestria !
Gilles Blampain

Jérôme Pietri
Last Of the Fishung Days

Genre musical: Blues-rock
Label : KEBRA
Distributeur :
SOCADISC   

Sept ans se sont écoulés depuis son précédent enregistrement. S’il n’a pas mis au rebut ses cannes, ses moulinets et ses hameçons pour la pêche à la mouche, par contre il a troqué les cigar-boxes pour de solides Gibson, Fender et Gretsch et a mis fin au one-man band. Il se dit inspiré par l’énergie électrique des groupes des 70’s et, c’est entouré de musiciens qu’il a gravé ce nouvel album. Franck White est à la basse, Chris Boragno et Thierry Domas se partagent la batterie et il y a quelques invités de marque comme Diabolo et son harmonica. Last Of The Fishing Days est une réflexion sur les ravages de la nature causés par l’homme. Le titre ‘Plastic Island (The 7th Continent)’ parle de cette gigantesque et monstrueuse étendue de déchets plastiques qui polluent l’océan Pacifique. Et le visuel du CD est assez explicite à ce sujet. Si le constat est triste l’expression ne manque pas de mordant. Toujours inspiré par le triptyque blues, jazz, rock, Jérôme Pietri laisse entendre un son sauvage et débridé et au milieu de compositions de son cru on trouve une savoureuse reprise de Pink Floyd, ‘Money’, qui pointe la racine de nombreux maux de nos jours. Jérôme Pietri offre une création de belle facture et la prestation de qualité est mise en valeur par une production irréprochable.
Gilles Blampain

Johnny Cash
At The Carousel Ballroom April 24, 1968

Genre musical: Country music
Label : BMG
Distributeur :
WARNER MUSIC    

Pour Johnny Cash l’année 1968 est marquée par le remarquable album At Folsom Prison qui reste une de ses meilleures ventes. Entre l’enregistrement en janvier et la parution en mai, il donne un concert à San Francisco au cœur de Haight-Ashbury. La représentation a lieu au Carousel Ballroom une salle brièvement exploitée durant six mois par un collectif formé par le Grateful Dead, Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger Service et Big Brother and the Holding Company. L’endroit est repris fin 1968 par le promoteur de spectacles Bill Graham qui le rebaptise Fillmore West. Cet enregistrement est donc le reflet d’une époque révolue. Johnny Cash At The Carousel Ballroom April 24, 1968 est un live historique resté jusqu’à présent inédit. A 36 ans Johnny Cash a la pleine maîtrise de son art et sa prestation est excellente. Mais sur scène il n’est pas seul, il y a aussi June Carter et il est accompagné par son band The Tennessee Three, Luther Perkins à la guitare électrique, Marshall Grant à la basse et W. S. Holland à la batterie. C’est Owsley Stanley l’ingénieur du son du Grateful Dead qui capte la performance et le résultat est d’une clarté étincelante. Pendant plus d’une heure sur scène Johnny Cash interprète ses chansons et échange avec son public, et laisse durant la deuxième partie du show le micro à June Carter pour quelques interventions en solo ou en duo. Bien sûr on a droit à de nombreuses perles de l’homme en noir, ‘Cocaine Blues’, ‘Rock Island Line’, ‘Green Green Grass Of Home’, ‘Jackson’, ‘Ring Of Fire’, ‘Don’t Take Your Guns To Town’, ‘I Walk The Line’… Le disque aligne 28 titres et est présenté avec un épais livret rassemblant des textes de John Carter Cash, le fils de Johnny et June, Starfinder Stanley, le fils d'Owsley Stanley, de Bob Weir du Grateful Dead et Dave Schools bassiste et producteur de Widespread Panic, ainsi que de nombreuses illustrations de Susan Archie et une reproduction de l'affiche originale du concert du Carousel Ballroom dessiné par Steve Catron.
Gilles Blampain

Jon Spear Band
B-Side Ofe My Life

Genre musical: Blues, funk, rock, soul
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : CDBaby, iTunes, Spotify, Amazon
   

Dix ans que le groupe de Virginie est actif. Voilà son quatrième album qui décline une palette de blues, funk, rock, soul et americana. Jon Spear est à la guitare et au chant, Dara James chante lui aussi, joue de la guitare et de l’harmonica, Andy Burdetsky est à la basse et John Stubblefield à la batterie. Tous les quatre sont largement très performants, mais ils ont invité Skip Haga aux claviers pour donner une dimension supplémentaire à 5 des 13 titres que comporte le disque. La plupart des chansons sont des compositions originales et le band reprend de belle manière ‘Yellow Moon’ des Neville Brothers ainsi que ‘Darker Side’ signé Bruce McCabe qui était sur le premier enregistrement de Jonny Lang. L’esprit de cette production se veut comme une collection de faces B, comme on en trouvait sur les vieux 45 tours et qui révélaient parfois une chanson au succès inattendu. Mais avec une belle dynamique et un côté flamboyant fait de savoureux solos de guitare la démarche ne tombe pas dans le piège de la copie nostalgique. La prestation est très tonique, le son est accrocheur et l’exécution ne manque de feeling. Il est difficile de ne pas se laisser prendre par la variété de styles tous jouer avec une indéniable dextérité et qui distillent un groove chaleureux.
Gilles Blampain

Little G. Weevil
Live Acoustic Session

Genre musical: Blues trad
Label : Hunnia Records 
Distributeur : iTunes, Spotify, Amazon 
    

Originaire de Hongrie, avec son premier groupe en 1996 il commence à tourner dans les pays européens avant de s'installer dans le sud des Etats-Unis en 2004. Ses concerts réguliers sur Beale Street à Memphis assoient sa réputation. En 2013, il remporte la première place de l'International Blues Challenge dans la catégorie ‘Solo’ et reçoit également le prix du ‘Meilleur Guitariste’. Et si cette récompense souligne son talent d’instrumentiste, notons qu’il y a de de la force et de la passion dans son chant. Avec sept albums à son actif et fort de différentes collaborations, Little G. Weevil refuse d'être catalogué. A travers cette production il revient aux racines en s’inspirant des pionniers du genre, interprétant seul à la guitare un blues à l’ancienne, dans le style du Delta et du Piedmont. Il parle de cette session comme : « Mon travail le plus récent et le plus spontané à ce jour. Je suis entré en studio, j'ai bu trois bières et joué seize morceaux. Il en est ressorti un blues puissant, 100% live, sans montage ». Il interprète majoritairement des compositions de son cru et reprend de vieux standards comme le traditionnel ‘Casey Jones’ ou ‘Poor Black Mattie’ de RL Burnside ou ‘Roll And Boogie’ de John Lee Hooker. Un country-blues de belle facture qui séduira les amateurs d’une expression sans fioritures et d’une simplicité évidente.
Gilles Blampain

Lowland Brothers
Lowland Brothers

Genre musical: Soul country
Label : WITA RECORDS
Distributeur : BACO
    

Quand on a dit country soul, a-t-on tout dit ? Déjà, country, pas celle des cowboys. Et soul, pas celle des shouters de Stax. On peut toujours ajouter une brise louisianaise là-dessus, convoquer les mânes de Roy Orbison et de Curtis Mayfield, on aura encore du mal à cerner le bouquet capiteux de cet album. On écoute une longue extase sentimentale brodée de mélodies raffinées, de chants caressants, orgue, chœurs et trémolos d’amplis surpiqués de coutures twangy, autant de lignes qui cherchent et trouvent toujours, à un moment, le nœud stratégique de la chanson, une sorte de point G mélodique, aussitôt suivi d’un genre de félicité, ce bonheur un peu mélancolique qui imprègne l’ensemble de cette œuvre. Contrairement à ce que semble suggérer ce préambule, le premier album des Lowland Brothers n’est pas mielleux du tout, même quand il frôle la variété, car ceux qui l’ont composé et arrangé ont beaucoup de goût. Il n’est pas non plus évanescent, mais charpenté avec beaucoup de caractère. Et il est intemporel, les cinq musiciens et leurs trois choristes lui donnant cette patine flambant neuve, ce chic paradoxal qui en fait tout le style. Nico Duportal, car c’est entre autres de lui qu’il s’agit, paraît en avoir terminé avec les expériences vintage du temps de Rosebud et des Rhythm Dudes. Pour leur première salve, les Brothers se limitent à huit titres, comme un 33-tours d’antan. C’est bien tout ce qu’il y a de vintage sous cette pochette rétro. Ah oui, la pochette aussi. Duportal a turbiné dans le jump, le R&B, le bon vieux rock’n’roll de l’ancien temps, et maintenant dans cette soul voluptueuse… A-t-il enregistré un mauvais album ? Jamais !
Christian Casoni

Mastodon
Hushed And Grim

Genre musical: Sludge-metal progressif
Label : Reprise Records
Distributeur :
Warner Music Group   

Les plus belles œuvres de la musique sont souvent inspirées de blessures personnelles. Sur ce point, Mastodon évoque régulièrement le destin qui le frappe, le groupe comme ses musiciens individuellement. Ainsi, l’album Crack The Skye de 2009 fut dédiée à Skye Dailor, la sœur du batteur de Brann Dailor, décédée en 1990. Cette fois, c’est en hommage à Nick John, manager historique de Mastodon, emporté par un cancer, que le groupe a enregistré Hushed And Grim. Loin de se focaliser avec pathos sur ces disparitions, les quatre Mastodon les transfigurent en des voyages sonores et lyriques entre la vie et la mort, la lumière et l’obscurité. Premier album en quatre ans, Hushed And Grim est un double album. En 2011, avec l’album The Hunter, Mastodon avait abandonné les longs morceaux à tiroirs pour des pièces plus courtes et percutantes. Hushed And Grim est un retour à un esprit plus progressif, même si le morceau le plus long se limite à huit minutes et trente seconde. Les structures musicales sont quant à elles également plus complexes, bien que Mastodon n’ait jamais versé dans la chanson pop. En ce sens, ce nouvel album est un excellent équilibre entre les deux Mastodon, le progressif et le spontané. Au-delà de sa construction, Hushed And Grim est un excellent album dans une discographie qui comporte très peu de points faibles. Mastodon est un alliage sophistiqué de heavy-metal lourd tirant vers le sludge et le doom, aux nombreux changements d’ambiances, aux mélodies subtiles et aux voies claires. Le bassiste Troy Sanders, le batteur Brann Dailor et les guitaristes Brent Hinds et Bill Kelliher se succèdent au chant selon le climat à donner. Le disque aligne un sans-faute en termes de chansons : ‘Pain With An Anchor ‘, ‘The Crux’, ‘The Beast’, ‘Savage Lands’, ‘Gobblers Of Dregs’… Elles peuvent toutes être citées, créant un véritable ouvrage avec ses chapitres. Cet album est en tout cas un bon argument pour continuer à croire aux bienfaits des guitares électriques.
Julien Deléglise

Memphissippi sounds
Welcom To The Land

Genre musical: Blues hypnotique
Label : Little Village
Distributeur :
Spotify, Deezer, Apple Music, Amazon     

Ils sont deux. Damion Kereem Pearson, alias ‘Yella P’, artiste de Memphis qui crée un son enraciné dans le blues du Delta avec des nuances de soul, de gospel et de hip-hop. Cameron Kimbrough, petit-fils de Junior Kimbrough, légende du North Mississippi Hill Country. Tous deux chantent et jouent de la guitare. Damion souffle dans son harmonica et Cameron est à la batterie. Ils affichent une complicité musicale sans faille. Avec Welcome To The Land ils appliquent à leur musique cet aphorisme de Bobby Rush « Tennessee et Mississippi, quand vous les réunissez qu’obtenez-vous ? Memphissippi ! ». Au fil de 9 compositions originales, ils plongent dans les racines de ce blues vernaculaire hypnotique en y mêlant des sonorités plus récentes et se font les chroniqueurs de leur époque en abordant des thèmes très actuels comme avec la chanson qui ouvre l’album ‘Who's Gonna Ride’ qui parle de la pandémie, de George Floyd et de Black Lives Matter. Un extrait de quelques lignes du livret du CD résume assez bien l’état d’esprit du duo : « Memphissippi, une voix pour le peuple du blues, pour les marginaux, une évasion de la pensée dominante, un son de guérison, un réveil brutal ». Résultat, c’est à la fois brut, simple et bigrement efficace. Avec leur groove si particulier, la pulsation du Mississippi blues est là, lancinante et fièvreuse. Le son est envoûtant, poisseux, mais non dénué de swing. L’enregistrement a eu lieu dans les légendaires studios Sun.
Gilles Blampain

Slim Butler
Bone Deep

Genre musical: Blues-rock 
Label : Eclipse Music
Distributeur :
www.slimbutler.com/get-slim-store/    

Dès la première plage du disque, c’est un dynamisme contagieux et un son très particulier à haute intensité qui vous harponne. Slim Butler n’est plus un débutant, il en est à son quatrième album avec cette nouvelle production. Avec des riffs incisifs et un chant rauque il interprète un blues-rock hargneux comme on l’entendait dans les seventies et dans lequel viennent parfois se glisser subtilement des rythmes latinos. Le band est finlandais et l’enregistrement s’est fait à Tampere qui se trouve à environ 180 kilomètres au nord d’Helsinki. Jarmo ‘Slim’ Puhakka est au chant, aux guitares (acoustique et électrique) et au dobro, Harri Raudaskoski joue également de la guitare, Mikko Löytty tient la basse, et Jartsa Karvonen est assis à la batterie et s’occupe des percussions. Ils sont rejoints par Tapio Ylinen à la guitare sur les titres ‘Ain’t No Excuse’ et ‘Why Doncha’ et Tatu Kantomaa au bandonéon sur ‘C’est La Vie’, une composition aux doux échos venus d’Argentine. Les 10 titres de l’album diffusent une musique exaltante et pleine d’énergie. Jarmo Puhakka a signé toutes les chansons. Une production très soignée. Bon groove, bon feeling, le résultat est puissant, original et captivant.
Gilles Blampain

Spirit
Sunrise & Salvation – The Mercury Anthology

Genre musical: Rock psychédélique
Label : Esoteric Records
Distributeur : Cherry Red Records

Esoteric Records poursuit sa roborative réédition de la discographie du précieux groupe Spirit. Après le coffret It Shall Be – The Ode & Epic Recordings 1968-1972 de 2018, réunissant les premiers albums psychédéliques et celui avec les frères Staehely, voici donc les albums Mercury. En 1972, Spirit n’est plus. Le guitariste-fondateur Randy California, ex-comparse de Jimi Hendrix en 1966 avant que ce dernier ne parte pour l’Europe, s’en est allé après une blessure liée à une chute de cheval et l’échec d’un quatrième album pourtant merveilleux : Twelve Dreams Of Dr Sardonicus en 1970. Il n’est pas le seul à partir : il fut précédé du bassiste Mark Andes et du chanteur Jay Ferguson. Le pianiste John Locke et le batteur Ed Cassidy, également beau-père de California, s’accrochent et embauchent deux frères : John Staehely à la guitare et au chant, et Al Staehely à la basse et au chant. Ils publient Feedback en 1972, qui est un four commercial malgré ses sonorités plus blues-rock. Plus grave, les frères Staehely revendiquent le nom Spirit lorsque Locke et Cassidy veulent se séparer d’eux. Un procès s’en suit, gagné par Cassidy. Pendant ce temps, California a enregistré un premier album solo ultra-électrique nommé Kapt. Kopter And The (Fabulous) Twilry Birds en 1972 avec Noel Redding à la basse. Cassidy et California se retrouvent en 1973, et remontent Spirit en trio. Mark Andes et Barrymore Keene, qui joua avec Frank Zappa, assurent alternativement la basse. En 1975, Spirit a signé avec la major Mercury, et ils publient le double album Spirit Of ‘76. La musique du trio est une explosion de nappes de guitares acoustiques et électriques, et de mélodies acides. Spirit poursuit autant l’œuvre de la psychédélie initiale de San Francisco, que celle de l’effervescence de guitares de Jimi Hendrix, le maître de Randy California. Le guitariste y reprend aussi plusieurs chansons de Bob Dylan, mais toujours à travers le prisme hendrixien, comme la superbe version de ‘Like A Rolling Stone’. Quatre albums majeurs seront gravés : Spirit Of ‘76, Son Of Spirit, Farther Along et Future Games. Le coffret réunit également toutes les démos et inédits possibles, ainsi que deux sets inédits de 1975. Le premier date du 19 juin 1975 à Austin, et le son est acceptable. L’inconvénient est surmonté par l’excellence de la prestation. Le second, à Cleveland, le 30 juin 1975, est excellent, avec de fantastiques versions de ‘Downer’ ou ‘Like A Rolling Stone’. Ce coffret, très complétiste dans l’âme, permet de s’immerger dans l’œuvre rare de Spirit et son principal compositeur : Randy California.
Julien Deléglise




Starlite Campbell Band
The Language Of Curiosity

Genre musical: Blues-rock
Label : Supertone Records
Distributeur : Continental Records Services

Avec ce deuxième album le couple Starlite and Campbell frappe encore un grand coup. L’enregistrement s’est fait comme une virée à travers l’Europe, en Espagne, au Portugal, en Allemagne et au Pays de Galles. Suzy est à la basse mais également aux percussions et au melotron et Simon est à la guitare, au thérémine et au Moog. Ils chantent tous les deux et sont accompagnés par un band à la hauteur. Steve Gibson est à la batterie et aux percussions, Jonny Henderson et Gabriele Del Vecchio sont aux claviers (orgues, pianos, clavinet,) et Maria Saalfeld Reis joue des castagnettes. Le son est très original et la prestation est toujours aussi fougueuse. La qualité est de mise et on retrouve avec un plaisir non feint cette sonorité seventies qu’ils réinventent sans tomber dans le pastiche. Leur style est bien actuel. Avec des riffs chauffés à blanc ils jouent un blues-rock incendiaire de la meilleure espèce et signent 10 compositions qui parlent du monde comme il va, de la vie, du travail, des voyages, des passions, du sexe, de l’argent, de la guerre, des réfugiés… Il se dégage une vraie énergie de cet enregistrement qui ne manque cependant pas de finesse. Une formidable intensité jaillit de ce disque du début à la fin. C’est dynamique, incisif, et le band entraîne l’auditeur dans des ambiances assez chaudes.  
Gilles Blampain

The Ragged Roses
Do Me Right

Genre musical: Rockabilly  
Label : Rootz Rumble
Distributeur : Amazon music

La scène Rockabilly européenne est toujours très active. Rien que pour la France, il est conseiller de se référer aux fameuses compilations 'Rockers Kulture. The French Rockabilly'. The Ragged Roses, eux, viennent de Belgique. A l'écoute, on pense de suite aux Blue Caps de Gene Vincent accompagnant Wanda Jackson au chant. La chanteuse ici se nomme Katrien Van Proeyen. Sa voix sensuelle, tantôt mutine, tantôt rageuse habite littéralement les 12 titres de cet excellent CD. Le guitariste Bart Rico Ulens, joue sur une Gretsch, sans doute une Duo Jet. On retrouve le lyrisme, le vibrato et l'écho de la guitare de Cliff Gallup des 'Casquette Bleues'. La rythmique, contrebasse slappée par Sebi Lee et le groove de la batterie de Jimmy Van Iersel ou de Dennis de Gier (sur 'Tell Me') font le reste, 11 compositions qui vous feront vous lever et une étonnante reprise du 'Runaway' de Del Shannon. Cela fait bientôt presque 70 ans que des groupes jouent cette musique et ce n'est pas prêt de s'arrêter. Le Rockabilly vivra encore longtemps ; on peut compter sur les The Ragged Roses. 
Juan Marquez-Léon