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12/19
Chroniques CD du mois Interview: BOOGIE RAMBLERS Livres & Publications
Portrait: JOHNNY FULLER Interview: THE KOKOMO KINGS Portrait: VULCAIN
 


Dans cette rubrique, vous trouverez une sélection de CD choisis par l'équipe Blues Again.

AVRIL 2011

Black Joe Lewis & the Honeybears
Scandalous

 

Genre musical: Soul Garage....
Compositions: 11 sur 11
Livret : Sobre
Label : LOST HIGHWAY
Distributeur : UNIVERSAL

Avec ce nouvel album Black Joe Lewis impose définitivement comme une évidence sa marque d’entertainer de choc. Le band mélange avec un savoir-faire consommé différentes influences pour réinventer une soul garage qui emporte tout sur son passage. On est transporté par un beat d’enfer explosant dans un tintamarre de cuivres funky façon Stax, de puissants riffs de guitare et un chant tendu et dramatique qui traduit une ambiance de fête destinée à animer les dance floors. Cette énergie débridée fait penser parfois au mariage du funk et du punk. Les titres de cet enregistrement se veulent le reflet des débordements et autres joyeusetés du band, The Honeybears, non seulement sur scène mais aussi dans ses périples de tournées, racontant avec paillardise comme dans ‘Mustang Ranch’ l’arrêt dans un bordel du Nevada (dans cet état c’est légal) ou encore l’histoire de ce ‘Black Snake’ qui n’est pas vraiment un reptile. Cette prestation qui frôle parfois l’outrance mais qui est toujours maîtrisée est  bourrée de vitalité et met en avant le plaisir manifeste qu’éprouve les musiciens. Joe Lewis est Scandalous, mais le véritable scandale serait de rester indifférent à ce disque.
Gilles Blampain

Diemaav + Homecooking

 

Genre musical: Soul Folk
Compositions: 5 sur 5
Livret : Pourquoi pas ?
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.myspace.com/diemaav

Mini-album ? Maxi-EP ? Deuxième pentagramme pour Diemaav en tout cas, augmenté d'un non moins mystérieux Homecooking. Avec ou sans cette extension, Diemaav tient à son mystère et manœuvre sa géométrie variable comme un avion furtif. Il est même difficile de nommer avec certitude les trois humanoïdes de ce combo aux ascendants impénétrables. On sait qu'ils sont de Rennes. Ils comptent Ben Harper, Keziah Jones ou Taj Mahal au nombre de leurs influences, et elles sont effectivement identifiables dans ce mini-maxi-sur-sous-bock. Ils définissent enfin leur style comme un blues tenté par le folk, le jazz et la world. Ils semblent oublier un paramètre de taille : l'acid-jazz, avec ce chant à la soul plaintive et sophistiquée qui peut rappeler parfois Jay Kay. Voilà donc un trio composé d'un chanteur-guitariste à la voix suave mais pas mièvre, au picking plus rythmique que mélodique, un contrebassiste qui déroule la feutrine comme il faut, et un percussionniste équipé d'accessoires… étranges et familiers, bruissant dans une synergie idéale avec ses deux compères. Diemaav pioche dans une pénombre un peu mélancolique mais hantée de moires aux couleurs fantômes, un folk intime (comment dire autrement ?) jamais ennuyeux, contemplatif mais plutôt mobile. Les chansons sont portées par de discrètes lames de fond, orchestrées par trois pilotes étonnants qui ont toujours l'air de savoir exactement d'où ils viennent, à quelle seconde de la chanson ils en sont, et vers quelle issue ils cheminent… Et qui nous abandonnent, mais ce genre de format est étudié pour, avec l'appétit de l'album à venir.
Christian Casoni

Girls With Guitars

 

Genre musical: Soul Rock
Compositions: 10 sur 12
Livret : Plustôt bien
Label : RUF
Distributeur : SOCADISC

Voici trois filles formidables, même jeunesse, même énergie, même niveau technique (élevé) et, apparemment, même goût pour un blues-rock un peu hard sur les bords, mais chanté soul. Elles ont l'air de lycéennes qui auraient décidé de monter un groupe pendant la récré. C'est pourtant par hasard qu'elles se sont rassemblées, alors que chacune exerçait déjà l'honorable profession de brûleuse d'amplis. Deux Américaines : Cassie Taylor à la basse, dont le papa se prénomme Otis, et Samantha Fish, guitariste plutôt rythmique aux solos blues-rock éternel. Il y a aussi une Anglaise, Dani Wilde, plutôt soliste, celle à la wha-wha et aux amplis hurlants. Le premier titre donne le ton général : 'Bitch', version fracassante du standard des Stones, qui inscrit l'album dans une soul-rock à la Sticky Fingers, avec des guitares qui sonnent comme autrefois et, par moment, une petite tentation hard, la conscience que la bande FM s'est professionnalisée entretemps, et que le rock a inventé MTV et le vidéo-clip. Sans quitter la voûte soul-rock sous laquelle elles se sentent bien, l'œuvre des trois pétroleuses évolue sous trois éclairages nuancés : une ouverture coup de poing éclaboussée de wha-wha. Un passage plus tamisé à partir de 'Reason To Stay', avec quelques ballades et Samantha Fish qui relaie Dani Wilde à la guitare solo. Enfin, après une remise à l'heure hard-bluesante, deux titres moins typés, plus commerciaux mais tout aussi excellents, genre 'Night Boat' de Joe Cocker : 'Are You Ready' et le 'Jet Airliner' du Steve Miller Band. Faut-il ajouter une fleur à ce tapis de louanges ?
Christian Casoni

Goodby Joe
Silver and gold in winterland

 

Genre musical : Americana
Compositions : 8 sur 10
Livret : Très bien
Label : GBJ MUSIC
Distributeur : www.myspace.com/zegoobyjoe

Goodbye Joe ? Cinq gaillards de Caen : Philippe Denemours (multi-instrumentiste, textes et compos), Igor Pichon (guitare, chant), Alain Aubert (idem), Thomas Planque (basse) et Anthony Langevin (batteur, chanteur et autres frivolités). Le chroniqueur pantois se retrouve une fois de plus à la croisée des chemins, devant un large spectre de touches mélodieuses. Blues boogie affirment certains, folk et funk objecteront d’autres, country et soul clame-t-on dans l’arrière-ban des commentateurs, et même pop osent quelques aventuriers. On s’en tiendra donc à l’évidence : de claires références rock et blues, une indéniable inclination country. L’interprétation est magistrale. Le titre maintenant : Silver And Gold In Winterland. Il faut chercher l’origine de cette métaphore dans l’œuvre d’Hank Williams, l’icône country, lequel affirmait par là que l’argent ne sauverait pas nos âmes. Goodbye Joe appellerait donc son public à enterrer ces années d’indécence capitaliste éhontée et de mettre les voiles vers un printemps plus moral ? Leur musique navigue entre douceur et énergie, le rythme toujours impeccablement charpenté. Outre leurs compos, les outlaws de Goodbye Joe piochent chez Johnny Cash (‘Folsom Prison Blues’) ou Steve Earle (‘I Feel Alright’). Quel vibrato dans la voix, ce Philippe (‘I Wanna Be Your Guest’) ! Quel beau son (‘The Best I’ve Ever Made’) ! Et tous ces titres ne pèsent encore rien, comparés à mon préféré : ‘Lady Goodbye’ !
Héloïse Prévost

John Primer
All original

 

Genre musical: Chicago Blues
Compositions: 12 sur 12
Livret : Sobre
Label : BLUES HOUSE PRODUCTIONS
Distributeur : SOCADISC

Après trente années passées sur scène aux côtés des plus grands, comme Sammy Lawhorn, Willie Dixon ou Muddy Waters, qui ont donné au blues de la windy city ses lettres de noblesse, John Primer connaît toutes les nuances du genre. Du shuffle au country-blues, note à note ou slide, voilà donc du Chicago blues dans toute sa splendeur. Celui qui remue les tripes et donne le frisson. Swing et feeling sont au rendez-vous dans la grande tradition mais avec des compositions originales comme le titre l’indique. C’est savoureux, puissant et subtile à la fois. John Primer sait faire sortir les sons qu’il faut de sa guitare pour capter l’attention de l’auditeur et sa performance vocale est à l’unisson. On sent la passion et l’authenticité. Entouré d’un band irréprochable avec Michael Morrison à la basse et Vernon Rodgers à la batterie, la partition de Primer est  agrémentée de belles interventions de David Ross à l’orgue Hammond B3 et de Melvin Hinds à l’harmonica. A noter que s’il a tout écrit et composé, John Primer a également produit le disque sur son propre label. Savoir qu’il s’est donné en plus pour mission de former la relève musicale, on se dit que le Chicago blues a un bel avenir.
Gilles Blampain

Kris Dollimore
No Ghosts In This House

 

Genre musical: Folk Blues
Compositions: 8 sur 9 ?
Livret : Apparemant sobre et intime
Label : SUN PIER RECORDINGS
Distributeur : www.krisdollimore.com

Troisième tour de phono pour le bluesman solitaire du Kent, après qu'il eut rock'n'roulé sa jeunesse aux quatre vents de la planète et fait hurler la sono des Godfathers à gorge déployée. Et un pas supplémentaire à l'écart du rock'n'roll, avec une inspiration plus cosmopolite, globalement folk-blues, et l'expression d'une sérénité manifeste. D'où, peut-être, l'intitulé de cet album : No Ghosts In This House, comme si le dernier compte avait été réglé. La chanson-titre est celle du lot qui sonne le plus Delta. Les deux mouvements de l' 'Homage To Blind Joe Death' en disent assez long sur l'inclinaison folk-blues que prend la carrière de Kris Dollimore, au moins durant cette troisième sortie. Blind Joe Death, ainsi s'appelait le premier album mythique de John Fahey, mis en circulation en 1959, voûte porteuse du premier revival. Comme quoi, en cherchant bien, on peut toujours débusquer quelques fantômes dans le fond d'une valise de guitare. Pour le cosmopolitisme : 'Dias De Los Meurtos', superbe instrumental aux arpèges classiques, ou 'Sahara', bouffée d'americana aux volutes orientales, ou encore le bottleneck fondant de 'Khamaj', avec ses ondulations indiennes. L'un comme dans l'autre, Kris Dollimore a soigné l'accompagnement et privilégié la composition plutôt que la verve. Il donne à ses chansons le sang froid que n'avait pas encore l'album précédent, une sorte de sagesse (on n'ose parler de spiritualité sans quête), bref, un plaisir qu'on peut égoïstement se garder pour soi, au chaud dans le casque.
Christian Casoni

Lenny Lafargue
Je ne pense qu'à ça

 

Genre musical: Blues - Boogie
Compositions: 10 sur 10
Livret : Avec parole et photo
Label : VMUSIC
Distributeur : WAGRAM

Lenny Lafargue revient avec son blues toujours empreint des moiteurs du sud. Soutenu par des Moustiques Du Bayou, Julien Bigey (batterie) et Aurélien Gody (basse), au meilleur de leur forme, Lenny Lafargue, toujours aussi brillant dans l’exercice de la guitare, passe du blues au rock avec une aisance évidente et un plaisir contagieux. Il nous offre des textes pleins de verve avec un swing très dynamique, ce qui ravira les amateurs de blues chanté en français. L’écriture est simple mais ne manque pas de saveur et il faut noter que le bordelais fait danser les mots avec une certaine dextérité. Il nous parle du quotidien, des femmes, de l’alcool, du temps qui file, de tout ce qui fait la vie, mais il vrai que sa plume a été guidée par sa libido. Il avoue en effet Je Ne Pense Qu’a Ça, et convenons-en, ceci n’est pas anormal et même assez sain pour un homme dans la force de l’âge. C’est avec une certaine dose d’humour qu’il nous entraîne dans ses histoires au gré de rythmes lents ou chaloupés qu’il maîtrise parfaitement. L’ensemble est chaleureux et bien ficelé. Le disque se termine sur un titre acoustique guitare/harmonica (‘Le Blues Le Dimanche’), exercice de haut vol, dans lequel Lenny révèle toute la finesse de son jeu.
Gilles Blampain

Lonj Trio
Somebody's InTrouble

 

Genre musical: Boogie Rock
Compositions: 5 sur 12
Livret : Très bien
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.lonj.net

On peut toujours renâcler et trouver que l'album ne décolle pas, que ce chant placide et toujours un peu chagrin (mais pas geignard), presque trop tendre, ne fait pas voyager l'auditeur assez loin. Et on se dit fatalement tout ça à un moment ou à un autre. Sauf qu'on n'a pas fini de flinguer le trio qu'on est déjà parti, emmené sans avoir fait gaffe par cet ampli voilé, cette guitare aux shuffles imperturbables, cet harmonica aux lignes épaisses, prégnantes, jamais lourdes ni intrusives, et cette batterie capable de déplacer des armoires en chêne, doucement, presque sans efforts. Tout le monde s'économise, laisse l'histoire s'épaissir d'elle-même et monter en crème. Le Lonj Trio ne sort pas exactement des limbes. Le gars Lonj, c'est son nom, guitare et chant, signait son premier album en 2008. Il a sillonné plusieurs fois le Mississippi, fréquenté les dernières légendes vivantes de l'idiome et moissonné une brassée d'honneurs en France et aux États-Unis. L'harmoniciste Thomas Troussier soufflait pour Ze Bluetones et Denis Agenet caressait déjà les peaux pour Bad Mules, il était aussi l'un des Patient Wolves de la fille Tia. Ils définissent leur style comme du blues/boogie de juke-joints. Ça le fait. Avec la douceur en prime… et un casier judiciaire vierge qui leur donne un look de touristes ! Mais une heure sincère, simple et finalement très enivrante.
Christian Casoni

Lucky Peterson
Every second a fool is born

 

Genre musical: Blues, Soul
Compositions: 11 sur 11
Livret : Sobre
Label : JSP
Distributeur : SOCADISC

Revoilà Lucky Peterson avec un nouveau CD. Etant sur deux labels à la fois, il arrive à en sortir un tous les 6 mois environ. Mais là où d’autres s’enliseraient dans une médiocrité due à la surproduction, lui semble se surpasser en étant toujours aussi créatif et surprenant. Blues, soul, funk, cette nouvelle livraison est une fois encore au top. Peterson nous a habitué à une prestation haut de gamme et il ne déroge pas à la règle. Comme pour Heart Of Pain, paru début 2010 sur le même label, ce disque est à nouveau le fruit d’une collaboration avec le parolier, arrangeur et producteur Steve Washington. Si la culture musicale de Peterson est profondément enracinée dans le blues, le jazz ou la soul du siècle dernier, il ne néglige pas des apports plus récents qu’il intègre dans ses compostions pour que sa musique reste dynamique et évolue en permanence. Entouré d’un orchestre réduit au minimum, guitare, basse, batterie, Peterson chante, joue de la guitare et des claviers, toujours avec brio. Comme sur ses enregistrements précédents, sa compagne Tamara se joint à lui sur deux titres. Il n’est pas difficile de dire du bien de Lucky Peterson, c’est une fois de plus remarquable.
Gilles Blampain

Mannish Boys
Another Blues

 

Genre musical: Blues Soul
Compositions: 11 sur 13
Livret : Textes et photos
Label : MOSAIC
Distributeur : MOSAIC

Avec ce huitième CD le band continue sur sa lancée et nous offre un enregistrement de très bonne facture. Emmené par Mojo Bruno Metregiste au chant et à la guitare et également au dobro ou au banjo, une rythmique solide est assurée par Jeff Cazorla à la basse et Benjamin Naud à la batterie, tandis que Mickael Mazaleyrat à l’harmo, apporte le petit plus qui fait toute la différence. C’est inspiré et structuré. Au gré des titres on retrouve des ambiances propres aux clubs de Chicago, de Memphis ou de New Orleans. Another Blues, peut se prendre dans le sens d’un ‘blues différent’ tout autant que ‘encore un blues’ car le groupe propose une déclinaison du genre à chaque nouvelle plage, country, rock, soul ou swamp, et cela donne un ensemble, riche, coloré et varié. A part deux reprises, ‘In The Evening’ (Leroy Carr), ‘Backwater’ (Bessie Smith), Bruno Metregiste signe tous les titres. Selon l’inspiration, que l’interprétation donne dans le moelleux ou le piquant elle est toujours savoureuse. Bonus, le disque semble se terminer par une ambiance festive façon second line, mais après un blanc d’une minute on peut encore entendre un instrumental qui n’est pas un échantillon mais un vrai 14ème titre caché.
Gilles Blampain

Marcia Ball
Roadside attractions

 

Genre musical: Rock' N' Roll positif
Compositions: 12 sur 12
Livret : Fort bon
Label : ALLIGATOR
Distributeur : SOCADISC

Marcia Ball a trente ans de carrière derrière elle et douze albums à son actif, dont cinq enregistrés pour la maison Alligator. La dame au sourire franc signe ou cosigne les douze titres présentés ici, chacun étant susceptible de faire un hit radio : timings adéquats, production confortable, mélodies solides, énergie positive… Marcia Ball poursuit dans la voie qui l'a rendue célèbre, et continue d'incarner l'Américaine rayonnante, pas bégueule pour un sou mais responsable. L'apothéose d'une femme mûre à la sensualité tranquille, attachée aux valeurs d'une nation que brutalisent les batteurs de monnaie. Bruce Iglauer décrit son style comme de la "roadhouse music". Il s'agit d'un rock'n'roll enjoué pour un dimanche de bal, une sorte de music-hall country (elle est originaire du Texas) gagnée par un tangage louisianais (elle a posé ses valises à la Nouvelle-Orléans). Le titre de l'album est génial, un vrai road-movie. Ni les musiciens, ni Marcia Ball elle-même, excellente pianiste, ne flanchent par mégalomanie quand ils prennent un break. Ils ne s'autorisent aucune frivolité spectaculaire. Le chant circule devant l'orchestre, clair et sans effort, même quand l'accompagnement est chargé. Marcia et ses sidemen accomplissent un remarquable travail de domestication, avec cette habileté mystérieuse qui fait tout le miracle d'une chanson.
Christian Casoni

Red Man
2 Amour

 

Genre musical: Goualantes pleines de blue notes Compositions: 7 sur 10
Livret : Bah !
Label : AUTOPRODUCTION
Distributeur : www.myspace.com/stephanegaudoinfrfr

Première réaction : soubresaut arrière, grimace d'épouvante. Du blues français comme on n'osait plus en cauchemarder ! Grosse voix mourante d'écorché vif, cuite du samedi-soir dans le caniveau, arrangement zéro, le petit solo erratique qu'on oublie toujours de ne pas jouer sur la guitare du copain avant de commencer à l'accorder, la soufflette d'harmo toute plate, jusqu'à l'hommage à Bessie Smith, genre : je suis pas né avec la bonne peau ! Et puis… ‘Monsieur William’, reprise de Léo Ferré qui pourrait donner le départ d'un marathon sprinté loin de la platine mais, même quand on est viscéralement agacé par le vieux chevreau, il faut reconnaître que Red Man incarne un très bon Mr William. C'est alors qu'on change d'avis sur l’homme et son album, et qu'on regrette d'être si con. C'est plus le mot ‘blues’ que l'épithète ‘français’ qui désoblige. Mais si on dit : ‘chanson française’, tout s'emboîte impeccable. On se retrouve avec un très beau moment de sincérité, pas posé ni parodique (ce que laisse toujours craindre la stigmatisation ‘blues français’)… ni désespéré d'ailleurs. Les chansons d'amour sont pétries d’une simplicité qui frise la sainteté, la cuite du samedi-soir est vraiment drôle, il fallait juste laisser ses œillères au vestiaire et remettre ses tympans. Voilà que l'album se met à dégager une humanité dense qui dicte une red-dition (hé hé) sans condition. Red Man est un entier naturel à la candeur culottée. Inutile de spéculer sur ce qu'aurait pu être l'album, comment aurait dû sonner une rondelle de conviction aussi forte. Stéphane Gaudoin et sa chère contrebassiste, Marie Polinari, l'ont sculpté à leur image, personne ne songerait à leur reprocher la couleur de leurs prunelles. Nues et lumineuses.
Christian Casoni

R.J Williams
Reflections of a bluesman

 

Genre musical: Cool, Blues, Soul
Compositions: 11 sur 12
Livret : Bien présenté avec les paroles
Label : VAGH & WIENMANN
Distributeur : AMAZON, MUSICME, MUSIC STORY, TEEMIX

Si le nom ne vous dit rien, la tête du bonhomme sur la photo ne vous est pas étrangère. En effet, avec cette nouvelle production Juju Child revient sous son véritable état civil. Ces réflexions de bluesman, à la fois reflets et pensées, sont multiples et nous entraînent dans un palais des glaces dans lequel les rythmes se télescopent et se mêlent avec bonheur. Le style du musicien est tellement personnel qu’il est difficile à définir d’un seul mot. Disons que funk, blues, soul ou ballade jazzy se dévoilent au gré des titres dans des compositions aux riches mélodies et aux  atmosphères très particulières. Le point commun étant une cool attitude revendiquée, car une certaine douceur émerge de l’ensemble. Si chaque titre mérite une écoute attentive pour de remarquables arrangements et une belle interprétation, une savoureuse reprise, comme aucune autre auparavant, de ‘Baby Please Don’t Go’, et une chanson interprétée en français ‘Je N’ai pas Le Blues’, valent déjà à elles seules l’écoute de ce disque. Original et inspiré, R.J/Juju puise dans le blues et la soul mais s’affranchit d’un carcan pour aller de l’avant et créer son propre univers musical.
Gilles Blampain

The Reverend Peyton's Big Damn Band
The Wages

 

Genre musical: Country déjantée
Compositions: 14 sur 14
Livret : Magnifique
Label : SIDE ONE DUMMY RECORDS
Distributeur : DIFFER-ANT

Voilà un gang de péquenocrates qui sent le poulailler et le pique-nique apostolique à pleins naseaux. Fumet social : le révérend Peyton est à la guitare, à l'harmonica et aux lead vocaux, son épouse Breezy est au washboard, et cousin Aaron Persinger étrille la batterie et tabasse la contrebassine. Un vrai soap ! Fumet lyrique aussi, cf. 'Born Bred Corn Fed'. Fumet musical enfin, obligatoirement : une country familiale et débraillée, naturaliste en diable, punk, tonitruante, énorme, enregistrée au lait cru, les trois cul-terreux from "the hills of Southern Indiana's Brown Country" tous en rond autour du micro, ou guère il s'en faut. Évidemment, personne ne se mouche dans la dentelle chez ceux du Big Damn Band, on ne perd pas son temps à chercher des poils sur un œuf, on répète les figures pour le pogo campagnard du samedi-soir. Est-ce une pochade ou bien l'authentique jacquerie d'une terre qui ne ment pas ? Premier ou second degré, l'album camphre sans discontinuer. La lourdeur du poignet, débitée en rondelles massives par le fil coupant des slides, contraste avec la légèreté froufroutante du washboard. Sous cette furia champêtre, les (pseudo ?) époux Peyton laissent entendre qu'ils n'ont pas commencé à pratiquer à l'occasion de leur dernier barbecue, et que cette manutention instrumentale est l'acquis d'une longue expérience de déménageurs de tornades.
Christian Casoni

The Wild Boars
Bottle or a gun

 

Genre musical: Rock'N'Roll, Blues, Country
Compositions: 10 sur 10
Livret : Quatre feuillets, rien de plus
Label : NEW MODEL
Distributeur : AUDIOBLOG

Des chemins européens qui se croisent au carrefour du blues. The Wild Boars réunit Britanniques et Italiens autour d’une musique américaine aux consonances celtes (‘Out Of Luck’). La mandoline ou le banjo d’Andy Penington, l’harmonica de Stefano Raggi et l’accordéon de Maurizio Spandre nous plongent directement dans les lochs irlandais et écossais. Mais c’est sans compter sur les guitares de Simone Ubezio et Bob Zisa qui arrivent à semer quelques rythmes bluesy et country et ajoutons pour être au complet le nom de Gianmaria Pepi (batterie). ‘Where Credit’s Due’ regroupe à merveille ces différentes sonorités. ‘Vigilante’ nous balade ici et là tout en dénonçant le cirque médiatique qui peut exister de temps à autre autour de sordides faits divers. L’histoire de ce groupe tient d’un heureux concours de circonstances puisque Stefano, Andy et Simone ont chopé le « virus » du blues grâce à leur famille. Pour Stefano, c’est le frangin qui l’a initié aux rythmes country puis blues. Pour Andy, c’est son père qui jouait dans des groupes britanniques, folk et  country. Tendre l’oreille sur ‘Do I Have To ?’ clin d’œil à toute cette ascendance. Et pour Simone, son père était chanteur et guitariste dans Ossidiana, l’un des premiers groupes de country rock d’Italie. Bref, quand l’Europe croise les sons nord-américains…
Tristan Sicard